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L’enfance de l’âge

Article publié le mercredi 23 décembre 2015
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Longtemps l’enfance n’aura pas eu d’âge. Ou plus justement il n’y aura pas eu d’enfance. Juste un temps de latence avant l’âge de raison, avant l’âge d’être adulte…

Et même si, la révolution de 1789 –dans l’esprit des philosophes des Lumières- puis le XIXème siècle, poseront les premiers éléments de protection des enfants, il faut attendre le 20 novembre 1989 pour que la Convention internationale des Droits de l'enfant* voit enfin le jour.

Si l’enfance a « gagné » (au travers d’avancées et de reculs successifs) sa place sociale, il n’en demeure pas moins que la maltraitance, le travail, la prostitution… continuent à toucher aujourd’hui, des millions d’enfants à travers le monde. Des enfants sans voix (« in fans »), des enfants sans droits.

Dans nos sociétés occidentales (dites « développées »), on parle volontiers de « l’enfant-roi » pour signifier l’importance accordée à cette génération des « petits d’Hommes ».

Prescripteurs économiques, ils sont devenus de bons vecteurs communicationnels pour faire vendre ici du lait, là des voitures… S’ils ont leurs émissions -mêmes leurs chaînes- de télévision, nul doute que de nombreuses publicités tentent d’y faire « bon usage » de leur temps de cerveaux disponible.

Paradoxe de notre époque, l’enfant –enfin reconnu- est sommé de grandir plus vite, toujours plus vite.

Depuis une vingtaine d’années, niant les caractéristiques de la petite enfance, les programmes de l’école maternelle s’étaient transformés en une préparation accélérée à l’école primaire multipliant des pré-mathématiques, pré-lecture, pré-écriture au détriment du jeu, de la découverte du corps et de l’espace, de la vie avec les autres. (De manière bien venue les nouveaux programmes de l’école maternelle de cette année corrigent cette dérive).

À l’autre bout du temps de la scolarité obligatoire, le collège –vécu comme un pré-lycée- invite trop souvent à quitter l’enfance le plus rapidement possible pour devenir –longtemps- un « jeune » que l’on peine à définir.

Adolescent à 10 ou 11 ans, pré-adolescent à 7 ou 8, l’enfant tend –à nouveau- à disparaître.

Puisque la période de Noël est identifiée comme la fête des enfants, elle pourrait être l’occasion utile pour s’interroger sur la place donnée, faite, laissée… aujourd’hui aux enfants. Se demander par exemple si les activités, les jouets, les vêtements qui leurs sont proposés –et finalement imposés par les codes sociaux- sont bien adaptés à leur âge.

Au-delà de l’approche marketing, la prise en compte et le respect de l’âge est aussi –et surtout- une question éducative. Quels adultes de demain « fabriquons-nous » en leur refusant de vivre et de rêver comme des enfants ? À –de nouveau- les faire endosser trop tôt le costume des adultes, ne les privent-on pas d’un imaginaire et d’une liberté qui leur manqueront –qui nous manqueront- plus tard.

Il ne s’agit, certes pas, de les enfermer dans une période abêtissante, coupée du monde et de ses réalités. L’actualité, avec son lot de violences, les atteint suffisamment pour qu’ils soient tôt lucides sur les difficultés des humains à vivre ensemble en harmonie et dans la paix.

Respecter l’âge de l’enfance, les faire progresser et découvrir à leur rythme, avec leurs regards, leurs points de vue, leur permettre de dire le monde avec leurs mots, leurs images, leurs musiques, c’est construire un équilibre pour ces êtres d’avenir.

« Prendre un enfant par la main, pour l’emmener vers demain » chantait Yves Duteil.

Oui, mais ne pas l’y emmener trop tôt, trop vite !

 

Denis ADAM, le 23 décembre 2015


* après 11 ans de travail sous l’égide de l’ONU. À ce jour, elle n’est ratifiée que par 192 pays. (Ainsi les États-Unis ne l’ont pas ratifiée et n’ont supprimé la peine de mort pour les enfants que depuis 2005 !)




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