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L’aménagement du territoire scolaire comme réponse aux « exclus » de l’éducation prioritaire ?

Article publié le samedi 13 décembre 2014
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L’actualité éducative de ces dernières semaines est essentiellement occupée par deux dossiers d’importance et fortement médiatisés –voire instrumentalisés.

L’évaluation -caricaturalement réduite au « pour ou contre la suppression des notes »- et l’éducation prioritaire, là encore limitée à « être ou ne plus être en REP ».

Envisagée ainsi d’ailleurs, la perte de moyens financiers et humains supplémentaires, entretient la mobilisation des personnels et des parents, l’agitation de certains syndicats, le tout relayé par la presse.

Le dossier est important et complexe. Il convient donc de l’aborder sans faux-semblant ni simplisme. Il n’y a pas d’égalité des territoires. Ni dans le domaine économique, social ou culturel.

Donc, il n’y a pas non plus d’égalité scolaire des territoires. 

La solution trouvée pour y remédier est celle du zonage, conduisant à définir des zones prioritaires dans lesquelles les pouvoirs publics appliquent la discrimination positive « donner plus à ceux qui ont moins ».

On pourrait débattre sans fin de l’utilité, l’efficacité et l’impact d’une telle démarche, le fait est qu’elle est une réalité et que toute réforme venant la remettre en cause se heurte à ses défenseurs –qui sont souvent ses bénéficiaires- et ranime ses détracteurs.

La réforme actuelle de l’éducation prioritaire, remplaçant les ZEP par des REP et REP +, se faisant dans une enveloppe contrainte, implique que pour faire entrer de nouveaux établissements, il faut en faire sortir d’autres.

La chose pourrait être vécue positivement. En effet, sortir de l’éducation prioritaire pourrait être la preuve que les mesures d’exception ont porté leurs fruits et que cela correspond à une réelle amélioration des conditions sociales du territoire et des résultats scolaires. Ne plus être identifié comme un établissement relevant d’un accompagnement spécifique pourrait même être une bonne nouvelle, la preuve d’un réel progrès. Mais force est de constater que ce n’est nullement vécu ainsi. Tout d’abord parce qu’il semble y avoir davantage de zones en difficultés que de réelles évolutions. Ensuite parce que les nouveaux critères bénéficient plus aux établissements des banlieues urbaines que des territoires ruraux isolés –présentant pourtant parfois de réelles difficultés. Enfin, parce que –comme dans toute démarche à moyens constants- les effets de seuil sont considérables.

Le Ministère de l’Education nationale a beau annoncer des mesures de baisse progressive, la perte de moyens supplémentaires inquiète.

Là encore, la médiatisation met en avant le nombre d’élèves par classe. Mais comme le montre justement François-Régis Guillaume dans une tribune libre sur le site de l’OZP sur ce « que « perd » une école qui sort de ZEP ? », « l’écart entre les REP et les autres écoles est de deux élèves par classe (entre 3 et 4 pour les REP+). Donc les alarmes prédisant un passage de 22 à 30 élèves par classe dans les écoles sont sans fondement ». Et il ajoute, « surtout, l’attribution des moyens « proportionnelle à la difficulté sociale » supprimera les effets de seuil entre écoles selon qu’elles font partie ou non de l’éducation prioritaire. La ministre vient d’annoncer qu’elle s’appliquerait dès Janvier 2015 avec effet à la rentrée de septembre. »

En effet la solution envisagée est –à l’image de la convention en œuvre depuis plusieurs années dans le département du Cantal- de conditionner les moyens en fonction des caractéristiques sociales de chaque territoire et de geler les suppressions de postes dans les zones rurales en contrepartie de structuration des écoles isolées en RPI (regroupements pédagogiques intercommunaux).

Car comme le précise également la chronique, « les moyens de l’éducation prioritaire ne sont pas d’abord destinés à faire baisser le nombre d’élèves par classe mais à permettre la prise en charge de tous les élèves par une évolution des pratiques professionnelles, un accompagnement et une formation continue ». A la logique du « donner plus à ceux qui ont moins » s’est substituée, heureusement, celle « de faire plus et mieux pour ceux qui sont menacés par la relégation sociale ».

C’est donc davantage une question pédagogique qui est ici posée. C’est aussi une question de conception même de l’Ecole. « La présence de nombreux enfants des classes populaires n’est pas une anomalie et que l’école de la République doit aussi pouvoir les faire réussir ».  Ce qui est en cause est moins « le label » ou la baisse du nombre d’élèves par classe, que la capacité à faire évoluer les pratiques professionnelles et pédagogiques, la vie des établissements, leurs relations avec leur environnement, avec les autres acteurs éducatifs, avec les parents…

Si cela constitue l’aménagement des territoires scolaires, si cela est la base d’une nouvelle contractualisation entre l’Etat et les acteurs des territoires, si cela fait sens avec la mise en œuvre de la globalité éducative portée par les PEDT, alors le débat sur la remise à plat de l’éducation prioritaire peut participer à la démarche de refondation de l’Education.




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