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Front républicain contre Front national

Article publié le samedi 29 avril 2017
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Gilles Candar, historien, Président de la Société d'études jaurésiennes, répond à l'UNSA Éducation sur la nécessité du front républicain.

Le front républicain ne doit pas être invoqué à tort et à travers. Il signifie simplement un accord sur les règles essentielles de la confrontation, l’organisation du débat contradictoire légitime et nécessaire pour faire vivre nos sociétés. Controverses, désaccords et compétitions sont encadrées par les lois de la République sur les libertés d’expression, de réunion et de manifestation, certes perfectibles et parfois malmenées, mais néanmoins globalement assurées.

Cette ardente obligation s’est imposée aux inventeurs de la «défense républicaine», ou discipline ou front, selon les époques, conscients de la nécessité de lutter contre les tentatives de restauration monarchique et impériale, puis de dérive autoritaire et césarienne d’une République dénaturée.

Le Front national se proclame légaliste et certains de ses partisans, nombre de ses électeurs, sont certainement convaincus de leurs bonnes intentions. Il n’est pas question de l’interdire. Il n’est même pas forcément insensé qu’il soit confronté à l’exercice démocratique par une représentation élective.

Mais son accession au pouvoir suprême serait d’une extrême dangerosité, favorisant toutes les potentialités de coercitions, de violences, d’exclusions, de racismes et d’agressions généralisées dans notre pays, surtout à la faveur d’une constitution connue pour les moyens importants qu’elle accorde à l’exécutif.

La règle est simple : il ne faut confier la république qu’à des républicains. Ceux-ci peuvent être de gauche ou de droite, conservateurs, libéraux ou progressistes, réactionnaires ou socialistes, insoumis et autres, mais ils ont en commun de respecter les libertés publiques.

Ce choix était jadis celui des plus révolutionnaires. Sous la IIIe République, anciens de la Commune, socialistes révolutionnaires, libertaires même, faisaient le choix de défendre la république, même «bourgeoise», «opportuniste» et compromise dans des scandales contre le danger nationaliste et antisémite. Les rares qui ne le faisaient pas… finirent en général eux-mêmes à l’extrême-droite, abandonnant la révolution après la république.

Pour parler d’aujourd’hui, il est permis de détester le candidat Macron, de refuser sa politique, voire de le comparer au président Casimir-Perier, jeune arrogant et financier prédateur. Mais pour mener son combat sans concession contre ce président, Jaurès suit les règles du combat républicain. Et aux élections présidentielles, il ne s’abstient pas, mais vote pour le plus républicain des candidats possibles. En l’occurrence, face à Casimir-Perier, Jaurès a soutenu le laïque mais très « centriste » Henri Brisson. Et Casimir-Perier lui-même restait pourtant malgré tout dans le cadre républicain, puisque trop contesté, il donne vite sa démission.

Il faut savoir sérier ses combats et agir selon les nécessités de chaque moment. Quand il reste deux candidats, dont l’un est l’héritière de toute une tradition extrémiste, autoritaire et nationaliste, on vote tout simplement pour l’autre.

Notre revue Questions de Société - Le FN est-il un parti comme les autres ?




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