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Davantage de fonctionnaires, vraiment ?

Article publié le mercredi 23 avril 2014
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Une note de l'INSEE sur le nombre de fonctionnaires fin 2012 provoque à nouveau titres sensationnels et commentaires ravageurs chez ceux dont le sport favori est «Haro sur les fonctionnaires!» Regardons-y de plus près: derrière leur sécheresse ou leur apparence éthérée car mathématique, les chiffres cachent ce qui fait la réalité et la noblesse de la Fonction publique: les missions de service public et les personnels qui ont à cœur d'en assurer la mise en œuvre.

Tout est bon pour nourrir le dénigrement anti-fonctionnaires (en franglais d'arrière-cuisine, fonctionnaires bashing), même une note à la fois anodine et habituelle de l'INSEE.

Rien à redire d'ailleurs sur la note de l'INSEE, qui avec la rigueur statistique et le professionnalisme qu'on lui connaît, se livre à un exercice habituel pour elle: analyser et présenter les données sur un secteur qui représente cinq milions et demi de salariés. Le sous-titre de ce numéro est d'ailleurs parfaitement clair: l'emploi a bien baissé dans la Fonction publique de l'État et s'est accru dans les autres versants (Fonctions publiques territoriale et hospotalière).

On a pourtant vu fleurir les raccourcis hâtifs pour info prédigérée sur Il y a plus de fonctionnaires; or, quand on ne précise pas, l'auditeur ou le lecteur peu au fait des choses (y compris quand il est lui-même agent de la Fonction publique) peut légitimement penser: il y a plus de fonctionnaires à l'État. Et l'on voit tourner, de plateau de télévision en studio radio, tel chronique ou telle spécialiste autoproclamée dont la seule obsession est de s'attaquer à la Fonction publique sur tous les plans: missions, statut et, naturellement, effectifs.

En ces temps où tout doit se résumer en une formule lapidaire pour tweet ou bandeau défilant d'une chaîne d'information continue, où l'on se borne, dans tous les sens du terme, au flash — cet éclair instantanément apparu et disparu —, tout est dans la formule «Plus de fonctionnaires» (au sens de des fonctionnaires en plus même si d'aucuns rêvent à désormais zéro fonctionnaire).

Que la progression globale représente 0,3% des effectifs ne saurait présenter évidemment, dans ce contexte, qu'un intérêt mineur... quand bien même une diminution de 0,3% se traduirait sans doute par: «Le nombre (excessif) de fonctionnaires se maintient globalement (malgré une légère baisse de trois malheureux millèmes des effectifs).»

Ne généralisons évidemment pas. Le quotidien économique les Échos, qui ne passe pourtant pas comme l'organe de presse d'une officine marxiste, énonce avec clarté les choses sous le titre «Les collectivités locales poussent encore l'emploi public à la hausse» en précisant très clairement:

«En 2012, l'Insee a décompté 15.000 fonctionnaires de plus. La fonction publique d'Etat a pourtant supprimé 25.500 postes.»

Et il souligne d'ailleurs que l'essentiel des créations vient des collectivités territoriales, dans un mouvement où ces créations, pour les deux tiers, concernent des emplois contractuels et non des emplois statutaires.

La note contient d'autres informations intéressantes. Ainsi, s'agissant des changement de statut (en restant dans le même «versant» de la Fonction publique), ils ont concerné 121 000 personnes. Dans 80% des cas, cela correspond au passage du statut de non-titulaire à titulaire. Le fait qu'une «poche de non-titulaires» se reconstitue dans la Fonction publique territoriale est préoccupant, d'autant plus que la catégorie C (où le recrutement sans concours est possible à l'échelle III) représente les trois quarts des effectifs.

Catégories FP État FP territoriale FP hospitalière
Les catégories dans la Fonction publique fin 2012
Catégorie A 52,1% 8,8% 29,8%
Catégorie B 24,2% 12,9% 20,1%
Catégorie C 22,2% 75,7% 50,1%
indéterminés 1,5% 2,6% 0%

Le poids de la catégorie A dans la Fonction publique de l'État s'explique par l'importance des enseignants dans ce versant.

Baisse à l'État : les effets de la RGPP modèle Sarkozy

Fin 2012, les effectifs de la Fonction publique de l'État (hors contrats aidés) avaient baissé de 1% (— 25 000 personnes), soubresauts d'une RGPP (révision générale des politiques publiques) qui aura coûté globalement quelque 150 000 emplois à l'État, dont environ 100 000 dans le champ de l'éducation.

Reste que, derrière leur sécheresse ou leur apparence éthérée car mathématique, les chiffres cachent ce qui fait la réalité et la noblesse de la Fonction publique: les missions de service public et les personnels qui ont à cœur d'en assurer la mise en œuvre.

Oserons-nous dire que, au-delà d'une fierté légitime, les agents de la Fonction publique sont en droit de demander une non moins légitime reconnaissance? Et pas seulement par la fin de dénigrement aussi simplistes qu'injustes...


Voir aussi INSEE Première (n° 1496, avril 2014): «L'Emploi dans la Fonction publique en 2012» (ici: pour un acces direct à la version PDF).

À propos de cette note, on peut aussi se reporter à cet article de blog du chercheur Émilien Ruiz: «des fonctionnaires moins nombreux et moins payés?» sur le site Penser-Compter — Fabriques et Usages des nombres (XIXe-XXe siècles).




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