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Comportements hostiles subis au travail : les fonctionnaires, et notamment les éducateurs, particulièrement touchés

Article publié le jeudi 3 juillet 2014
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22% de salariés ont déclaré avoir subi un ou des comportements hostiles au travail. Ce chiffre monte à 24,4% chez les fonctionnaires. Parallèlement, la publication d'une étude de la DEPP pour l'Éducation nationale montre que ses personnels sont, davantage qu'ailleurs, touchés par les menaces ou les insultes. Ce qui prouve, au demeurant, que les fonctionnaires, notamment dans les ministères éducatifs, sont loin d'être les privilégiés qu'on présente parfois.

Il faut donc utiliser tous les leviers possibles: ceux qui sont directement liés à la santé au travail et aux conditions de travail, mais aussi, pour l'institution scolaire, cet indispensable travail de fond qui a pour nom «Refondation de l'École» parce qu'une École inclusive est une condition nécessaire au «mieux vivre ensemble», loin des souffrances, des ressentiments et des frustrations que produit, pour tous, le système actuel.

22% de salariés ont déclaré avoir subi un ou des comportements hostiles au travail, selon une étude récente de la DARES (direction des analyses, de la recherche et des statistiques du ministère du Travail). Ce chiffre monte à 24,4% chez les fonctionnaires. L’étude de la DARES montre une aug­men­ta­tion de 5% des signa­le­ments de ces com­por­te­ments hos­ti­les depuis la der­nière enquête en 2003.

L’UNSA a pour objectif l’amélioration des conditions de travail des agents de la Fonction publique. C’est le sens de notre signature de l’accord fonction publique sur la prévention des risques psycho-sociaux (RPS) et des exigences que nous formulons dans la préparation de la négociation sur la Qualité de vie au travail dans la Fonction publique.

Pour l’UNSA il s’agit de négocier pour obtenir une nouvelle approche du travail dans la Fonction publique qui reconnaisse la professionnalité des agents et implique une organisation du travail respectueuse des personnels.

Éducation nationale : une plus grande exposition
aux menaces et insultes

Dans l'Éducation nationale, une autre étude de la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) met en évidence une exposition aux menaces et insultes nettement supérieure d'un tiers à celle des autres personnels en situation d'emploi (quel qu'il soit). Ainsi, 6 % des personnels de l’éducation nationale déclarent avoir fait l’objet de menaces au moins une fois, et 16 % déclarent avoir été victimes d’insultes, toutes circonstances confondues. L’ensemble des autres catégories de personnes en emploi déclarent respectivement 4 % et 12 % de faits de violence du même type.

Les chefs d’établissement, les conseillers et assistants d’éducation sont les plus exposés : en moyenne annuelle, 16 % d’entre eux déclarent avoir été menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier.

Les auteurs des menaces ou des insultes à l’encontre des professeurs des écoles sont des adultes dans sept cas sur dix, le plus souvent des parents d’élèves. Dans trois cas sur quatre, ce sont des élèves eux-mêmes qui sont à l’origine des menaces ou des insultes à l’encontre des professeurs de collège et de lycée.

Les personnels les plus jeunes sont particulièrement exposés : 14 % des enseignants de moins de 30 ans sont menacés ou insultés chaque année, un résultat à mettre en relation avec la difficulté des débuts de carrière. Les femmes, en revanche, ne sont pas plus menacées ou insultées que leurs collègues masculins.

Des réponses multiples,
des réponses systémiques aussi

La question de la santé au travail est une question centrale. Il est significatif que 14% des personnels ayant répondu au question du Baromètre UNSA des métiers de l'éducation (voir p. 23) aient évoqué la Santé au travail dans l'une des trois priorité possible.

Que le résultat global — dans le contexte de gel salarial qu'on connaît — ait fait apparaître le pouvoir d'achat, les perspectives de carrière et la charge de travail n'est pas étonnant. Mais, quand un collègue sur sept (un sur sept!) le ressent si fortement, cela devrait interroger — et interroger d'abord l'employeur public.

Il y a sans doute en la matière des approches diverses. Certaines relèvent à l'évidence des mêmes questions que pour les autres salariés, fonctionnaires ou non et peuvent d'ailleurs conduire à la saisine des CHSCT¹:

  • organisations du travail,
  • gestion des produits dangereux ou les environnements à risque (comme dans les laboratoires ou pour des équipes de maintenance),
  • sentiments de déstructuration et de dépossession professionnels (les personnels Jeunesse et Sports, entre autres situations, y ont été confrontés au sein des directions départementales interministérielles mises en place dans le cadre de la réorganisation de l'administration territoriale de l'État),
  • sans compter les plus traditionnelles (hélas!) situations d'autoritarisme ou de harcèlement professionnel sur le lieu de travail.

Mais, dans les mécanismes qui conduisent à une expression de violence à l'École — et de violences contre ses acteurs —, on paie aussi le prix d'un système de distillation fractionnée reposant sur une sélection sociale autant que scolaire et sur des mécanismes d'exclusion. Des questions comme la formation de l'ensemble des personnels, le travail d'équipe ou en équipes pluriprofessionnelles, l'approche «inclusive» qui doit être celle de l'École sont des réponses de long terme.

Le sentiment du délitement social s'y ajoute: le quotidien Les Échos — qui n'est pourtant pas le chantre du gauchisme le plus échevelé — admettait, dans son édition du 2 juillet 2014 que «Pauvreté et inégalité augmentent depuis la crise» en s'appuyant sur une récente publication de l'INSEE.

Si rien n'excuse des attitudes inacceptables vis-à-vis des personnels, cela les explique. Or, au-delà des mécanismes de réaction immédiate et d'appui aux personnels (y compris dans le soutien — ou pas — de l'institution elle-même), on sait que les seuls changements qui vaillent sont les seuls changement de fond susceptibles d'opérer passent par la nécessaire transformation de cette École.

C'est bien pourquoi l'UNSA Éducation n'entend pas voir la refondation s'enliser. Si certains font un fonds de commerce de la déploration (et du rêve impossible à un prétendu âge d'or, à une époque où le nombre de bacheliers représentait entre 2% et 5% d'une classe d'âge), c'est une dynamique de (re)construction que nous entendons promouvoir. Même si nous avons que c'est une œuvre de longue haleine et qu'elle n'exclut pas d'agir, comme disent les sportifs, «dans tous les compartiments du jeu».

C'est bien pour cela que nous ne voulons pas exclure ce compartiment-là: il est aussi un élément du «mieux vivre sa profession» en exerçant son métier.

¹ CHSCT : comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail.


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