Analyses et décryptages

Améliorer l’attractivité du métier enseignant, un enjeu européen

La pénurie d’enseignants et de personnels éducatifs n’est plus un phénomène ponctuel : elle fragilise durablement le fonctionnement des établissements et la continuité des apprentissages. En France, les difficultés de recrutement, le recours accru aux contractuels, les postes non pourvus et les démissions en début de carrière témoignent d’une perte d’attractivité du métier. Le baromètre de l’UNSA Éducation confirme ce malaise dans chacune de ses 14 éditions : les personnels restent attachés au sens de leur mission, mais dénoncent une rémunération insuffisante, une dégradation des conditions d’exercice et un stress croissant. Qu'en est-il dans les autres pays européens ?

La situation française s’inscrit dans une tendance européenne. La Commission européenne et l’OCDE ont publié plusieurs études depuis 2024 qui s’intéressent à ce phénomène : TALIS 2024, Eurydice, le rapport « Investing in education 2026 ». Toutes ces études soulignent que les pénuries d’enseignants affectent la capacité des systèmes éducatifs à garantir la qualité et l’équité scolaires. L’enjeu consiste donc autant à recruter qu’à retenir les personnels expérimentés.

C’est l’objet de la campagne lancée dernièrement par le comité syndical européen de l’éducation, dont l’UNSA Education fait partie, pour obtenir des mesures de revalorisation à l’échelle européenne. La commission européenne prépare un nouveau paquet législatif, le « teacher agenda », qui doit justement relever le défi de la pénurie de personnels éducatifs qui concerne plusieurs pays européens. A cette occasion, le CSEE remet en avant ses propositions pour l’attractivité du métier enseignant (voir notre article ici ) et mènera dans tous les pays européens une campagne pour une meilleure reconnaissance des métiers éducatifs, autour de la bannière « trust the teachers », d’ici novembre 2026.

Des salaires enfin compétitifs

La première condition de l’attractivité est matérielle. A ce titre, l’étude « Investing in Education 2026 » est très intéressante. Dans la plupart des pays de l’Union européenne, les enseignants gagnent moins que les actifs diplômés d’un niveau comparable. En moyenne, le salaire statutaire de début de carrière dans le premier cycle du secondaire (équivalent du collège) représente 58% des revenus des travailleurs de même niveau d’éducation.

Ces écarts envoient un signal contradictoire : la société affirme l’importance de l’éducation, mais ne rémunère pas toujours à la hauteur des qualifications, des responsabilités et de la charge émotionnelle exigées. En France, la revalorisation des débuts de carrière constitue une avancée, mais elle ne saurait suffire. L’attractivité suppose une politique salariale lisible sur l’ensemble du parcours professionnel : progression plus rapide, reconnaissance de l’expérience, indemnités adaptées aux missions et compensation des contraintes liées aux territoires les plus difficiles.

La progression salariale est également déterminante pour fidéliser les personnels. Dans certains pays européens, atteindre le sommet de la grille peut demander plus de trente-cinq ans. À l’inverse, le Danemark et les Pays-Bas permettent une progression beaucoup plus rapide. Ces écarts montrent qu’il ne suffit pas d’augmenter le salaire d’entrée : il faut offrir de véritables perspectives professionnelles. Les enseignants doivent pouvoir évoluer, grâce à des fonctions de mentorat, de coordination pédagogique ou de formation, accompagnées d’une reconnaissance financière.

Réduire le stress et la charge de travail

Le salaire ne compense toutefois pas une organisation du travail épuisante. Les données de l’enquête TALIS 2024 montrent qu’environ un enseignant sur cinq déclare ressentir « beaucoup » de stress au travail. En France, la proportion d’enseignants déclarant un stress élevé a augmenté depuis 2018. Les tâches administratives, la correction, la préparation des cours, la gestion de l’hétérogénéité et les relations avec les familles s’ajoutent au temps d’enseignement.

La discipline constitue un autre facteur majeur. En moyenne, 45% des enseignants déclarent que le maintien de l’ordre en classe est une source importante de stress, une proportion qui atteint 55% chez les débutants. Les enseignants confrontés à des intimidations ou à des violences verbales de la part d’élèves sont deux fois plus susceptibles d’envisager de quitter le métier dans les cinq années suivantes.

Améliorer les conditions de travail implique donc de redonner du temps au cœur du métier. Selon la Commission européenne, la satisfaction salariale augmente d’environ sept points de pourcentage la probabilité de choisir à nouveau le métier enseignant. Mais le stress au travail la réduit d’environ cinq points, tandis que la qualité de l’environnement professionnel et le sentiment d’être reconnu l’augmentent de trois à quatre points.

Le Comité syndical européen de l’éducation (ETUCE) s’appuie d’ailleurs sur ces constats pour appeler à une politique ambitieuse en faveur des enseignants. Le CSEE rappelle que « des salaires compétitifs ne suffisent pas à attirer et retenir les enseignants » et réclame des gouvernements et des institutions européennes un investissement massif non seulement dans la rémunération, mais aussi dans des conditions de travail décentes, l’autonomie professionnelle, le développement continu et un dialogue social significatif. Réduire la charge de travail et le stress, garantir un environnement scolaire soutenant et valoriser socialement le métier sont des leviers aussi déterminants que la rémunération.

L’attractivité du métier enseignant ne se résume donc ni aux campagnes de communication ponctuelles menées occasionnellement par les gouvernements ni à une hausse ponctuelle des recrutements. Elle repose sur un pacte professionnel : des salaires compétitifs, des carrières valorisantes, du temps pour enseigner et un environnement protecteur. Pour la France comme pour l’Europe, investir dans les enseignants revient à investir dans la cohésion sociale, la réduction des inégalités et l’avenir démocratique. La pénurie actuelle doit être considérée non comme une fatalité, mais comme le symptôme d’un choix politique à réorienter.

Les ressources de la campagne « trust the teachers » sur le site du comité syndical européen de l’éducation

Un article du CSEE sur le projet de « teacher agenda » préparé par la commission européenne

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