Risque suicidaire : L’UNSA Éducation rappelle l’employeur à ses obligations !
Risque suicidaire : le constat !
Les données présentées à la F3SCT ministérielle font état de 80 actes suicidaires recensés en 2025 : 49 suicides, 29 tentatives de suicide et 2 situations de propos suicidaires.
Trois enseignements majeurs ressortent de ce bilan :
- Une forte surreprésentation des hommes : ils représentent 26 % des effectifs mais 53 % des suicides recensés. Leur taux de suicide atteint 8,3 pour 100 000 agents, contre 2,6 pour les femmes.
- Une concentration des situations chez les agents de 45 à 64 ans : plus de 70 % des suicides concernent cette tranche d’âge, marquée par l’usure professionnelle et les difficultés de fin de carrière.
- Une exposition particulière de certaines catégories professionnelles : les personnels de direction et d’inspection présentent le taux le plus élevé, avec 10,2 suicides pour 100 000 agents.
Pour l’UNSA Éducation, ces chiffres ne peuvent être réduits à une simple statistique annuelle. Ils doivent amener à plusieurs actions rapides :
- Mieux comprendre les causes : nous avons demandé qu’une analyse approfondie des facteurs professionnels susceptibles d’être en cause soit menée et que les enquêtes réalisées après chaque acte suicidaire soient présentées aux F3SCT compétentes avec remontées aux F3SCTMEN
- Tirer des enseignements concrets : les conclusions de ces analyses doivent déboucher sur la mise en œuvre de mesures effectives de prévention afin d’éviter la répétition de situations similaires.
- Assurer un suivi dans la durée : nous avons demandé que ces données soient communiquées sur plusieurs années afin de permettre des comparaisons dans le temps, d’identifier les évolutions et les tendances de fond, et que cet exercice de bilan soit reconduit chaque année.
Reste la question de la prévention. Cette instance a été l’occasion pour l’Unsa Education de rappeler notre employeur à ses obligations.
Un employeur qui refuse de prendre ses responsabilités
Au-delà des chiffres préoccupants présentés lors de cette F3SCT ministérielle, les débats ont également mis en lumière les limites persistantes de la politique de prévention du risque suicidaire menée par l’employeur.
L’UNSA Éducation a rappelé qu’un travail important avait pourtant été engagé dès 2021 au sein des instances de santé, sécurité et conditions de travail. Les représentants des personnels avaient alors contribué à l’élaboration d’un guide ministériel de prévention du risque suicidaire. Cependant, alors que ce guide aurait dû constituer un outil structurant de la politique ministérielle de prévention, son déploiement a connu plusieurs années de retard. Retravaillé en 2025, pour une diffusion en cours d’année scolaire, sa distribution a été restreinte aux personnels d’encadrement et aux préventions, réduisant son appropriation par les services et les personnels.
Enfin ce guide est principalement centré sur la prévention secondaire et tertiaire, c’est-à-dire sur le repérage et l’accompagnement des agents lorsque les situations de souffrance sont déjà installées. Il apporte peu de réponses sur la prévention primaire, indispensable pour agir en amont sur les causes professionnelles de la souffrance au travail : charge de travail excessive, dégradation des collectifs, perte de sens des missions, insuffisance des moyens, communication dégradée ou encore difficultés organisationnelles.
Cette situation illustre plus largement les difficultés rencontrées par les instances de dialogue social pour faire progresser durablement la prévention des risques psychosociaux.
L’UNSA Éducation a ainsi rappelé que les F3SCT ne doivent pas être réduites à un simple rôle d’observation ou d’analyse des situations de crise. Elles doivent être pleinement associées à la définition des politiques de prévention et disposer des moyens nécessaires pour agir sur les causes organisationnelles des risques professionnels. La prévention du risque suicidaire ne peut en effet se limiter à la gestion des conséquences ; elle suppose une véritable politique de prévention primaire permettant d’améliorer durablement les conditions de travail des personnels.
Les suicides récents d’enseignants et d’autres personnels de l’Éducation nationale ont profondément marqué l’opinion publique. Plus personne aujourd’hui n’ignore le nom de Christine Renon et de Caroline Grandjean-Paccoud. Plus personne aujourd’hui ignorent que les personnels dans l’Education Nationale vont mal.
Faire comme si le problème n’existait pas ne le fera pas disparaître. Refuser de regarder la réalité en face ne réduit pas le risque. Cela l’aggrave.
La question centrale est celle de la responsabilité de l’employeur :
- Responsabilité de ne faire de la prévention primaire en matière de risques psychosociaux alors que les conditions de travail se dégradent continuellement ;
- Responsabilité de ne pas respecter la législation en matière de prévention, notamment l’absence de DUERP actualisé intégrant pleinement les RPS ; avec un plan annuel de prévention
- Responsabilité d’un traitement RH souvent défaillant des situations individuelles.
Trop souvent, les obligations réglementaires existent sur le papier mais ne se traduisent pas dans les services ou les établissements.
Un collègue en difficulté n’est pas intrinsèquement « fragile » ou « suicidaire ». C’est l’absence de réponses adaptées, le silence de la hiérarchie, l’empilement de démarches administratives complexes qui ne mènent à rien ou, pire, l’hostilité de son employeur qui le fait basculer dans la détresse profonde.
À cela s’ajoutent les carences chroniques de la médecine de prévention : nombre insuffisant de médecins du travail et de psychologues du travail.
Les obstacles systématiques opposés par les services à la reconnaissance des accidents de service liés aux RPS, et le refus fréquent de la présomption d’imputabilité, infligent une double peine aux agents : la souffrance au travail, suivie de la souffrance administrative, parfois jusqu’au déni du statut de victime.
Les actes suicidaires ne sont pas des gestes isolés de personnes psychologiquement fragiles. Ils constituent bien souvent l’aboutissement d’un long parcours de souffrance, où l’agent, épuisé par des mois de difficultés non traitées, ne voit plus d’autre issue.
En définitive, notre employeur ne se contente pas de manquer à ses obligations de prévention du risque suicidaire : il y contribue indirectement par son inaction, par un management générateur de RPS et par un traitement RH déshumanisant.
Les revendications de l’UNSA Éducation
L’UNSA Éducation a demandé solennellement en instance :
- Le respect strict de la législation en matière de prévention des risques professionnels, avec la mise à jour immédiate du DUERP intégrant un volet RPS complet, donnant lieu à un plan annuel de prévention ;
- Le renforcement et la sensibilisation de la médecine de prévention au risque suicidaire ;
- Une véritable politique de prévention primaire en matière de RPS et de santé mentale des agents ;
- Une refonte profonde des méthodes de management. Les approches purement libérales et comptables sont toxiques pour le service public. La DGRH ne gère pas seulement des budgets et des statistiques, mais des êtres humains. Elle doit en assumer pleinement les responsabilités.
Nous exigeons également :
- La fin de la culture de la méfiance dans le traitement des accidents de service et l’application effective de la présomption d’imputabilité ;
- Une réaction rapide et concrète à tout signalement d’alerte émis par un membre de la formation spécialisée, conformément à la législation ;
- Une gestion RH responsable qui ne laisse pas pourrir les situations complexes en espérant que l’agent « finisse par partir » pour régler la situation ;
- Que l’employeur fasse preuve, à l’égard de ses agents, de la bienveillance et de l’humanité qu’il revendique pour les usagers.
Aujourd’hui, il n’en a souvent que l’apparence et le discours. Il manque le cœur et des actions en adéquation avec ses paroles.
