Masculinisme : quand les réacs investissent les réseaux…

Refus de la mixité en EPS, propos violemment hostiles à l’homosexualité, fascination pour le virilisme, l’autorité ou la violence… voici certains signaux qui commencent à alerter dans les établissements scolaires. Qu'est-ce qui se cache derrière l'essor du masculinisme sur les réseaux ?

L’École n’est pas épargnée

Encore difficiles à identifier pour les personnels, les discours masculinistes sont largement diffusés en ligne auprès d’une partie de la jeunesse à travers les réseaux sociaux. Une étude de la Dublin City University publiée en 2024 montre ainsi qu’il suffit en moyenne de 26 minutes pour qu’un utilisateur se voie recommander des contenus masculinistes sur TikTok ou YouTube Shorts, un délai encore plus court pour les jeunes garçons. L’École n’est évidemment pas imperméable à ce qui traverse la société. Par conséquent, elle prend de plein fouet les dérives de ces modes de communication et doit bien souvent gérer les conséquences de phénomènes qui la dépassent.

 Un symbole du mouvement réactionnaire

Il serait pourtant dangereux de ne voir dans le masculinisme qu’une nouvelle tendance numérique ou la simple expression d’un sexisme qui aurait changé de visage en se numérisant. À ce titre, le rapport (Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes) de la délégation aux droits des femmes du Sénat, présenté par Béatrice Gosselin, Olivia Richard et Laurence Rossignol et déposé le 23 juin 2026, est éclairant. Le masculinisme y est décrit comme un mouvement désormais social et politique, dont l’influence grandissante doit être prise au sérieux. Son discours repose sur un renversement simpliste qui prétend que les progrès de l’égalité auraient fait des hommes les nouvelles victimes. Autrement dit, le féminisme aurait rompu un ordre qu’il conviendrait de restaurer.

Dès lors, comment ne pas percevoir les passerelles avec l’extrême droite ? On y retrouve la nostalgie d’un ordre perdu, la dénonciation du « wokisme » mais aussi une certaine vision de l’autorité et de la virilité. À cela s’ajoute une hostilité aux avancées féministes et aux droits des personnes LGBT+. Les deux mouvements ne se confondent évidemment pas, mais force est de constater que leurs convergences idéologiques sont aujourd’hui clairement établies.

 

Une nouvelle modalité de diffusion des idées d’extrême-droite

Ce phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il révèle aussi une transformation des modes de diffusion des idées réactionnaires. Une partie de la fachosphère a parfaitement compris la puissance de TikTok, Instagram ou YouTube pour toucher les plus jeunes. En cette période de campagne présidentielle, les jeunes sont devenus un véritable enjeu électoral, en particulier les primo-votant·es. Ils adoptent ainsi leurs codes humoristiques ou parfois provocateurs et affichent des centres d’intérêts communs (sport, réussite, rapports femmes/hommes). Il s’agit d’installer des représentations politiques sans toujours en avoir l’apparence.

Le Rassemblement national a lui aussi investi massivement ces nouveaux codes. La communication de Jordan Bardella en est sans doute l’illustration la plus connue. Il ne s’agit plus seulement de diffuser un programme ou un discours politique mais surtout de créer de la proximité, de susciter l’adhésion et de banaliser une certaine vision du monde… La bataille électorale se joue donc bien en amont des élections, dans une bataille culturelle qui cherche à jouer sur les représentations.

 

Pour l’UNSA Éducation, ce constat nous oblige. Il ne suffit pas de condamner les discours masculinistes une fois qu’ils ont pénétré nos établissements. Il faut donner aux personnels les moyens de les identifier. Il est tout aussi important de permettre aux jeunes de les comprendre pour mieux leur résister. L’égalité filles-garçons, l’EVARS, l’éducation aux médias et à l’information ou la formation de l’esprit critique prennent ici tout leur sens.

Face à ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour fragiliser les principes d’égalité et polluer les consciences, l’École doit plus que jamais rester le lieu où se construit l’émancipation. Il faut qu’elle puisse bénéficier des moyens pour mener à bien cette mission essentielle.

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