Violences sexuelles faites aux enfants : faire parler ne suffit pas, il faut pouvoir protéger et rendre justice
Le constat de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) est sans appel : 160 000 enfants seraient victimes chaque année de violences sexuelles en France, soit un enfant toutes les trois minutes, deux enfants dans chaque classe, de la maternelle au lycée. En juin 2026, la CIIVISE rappelait que la mise en œuvre de ses 82 recommandations reste très incomplète.
Dès lors, une question s’impose : que faisons-nous de la parole recueillie ?
Les personnels de l’Éducation nationale sont déjà en première ligne. L’École réalise chaque année près de 88000 informations préoccupantes et signalements à la justice : elle est le premier lieu de repérage et d’alerte. Mais les personnels ne peuvent pas être les seuls maillons d’une chaîne de protection qui, trop souvent, se rompt ensuite faute de moyens.
Il manque des infirmières et infirmiers scolaires, des médecins, des assistantes et assistants de service social, des psychologues, des personnels formés et disponibles pour accueillir la parole, évaluer les situations et accompagner les enfants. Il manque aussi des professionnels dans les services de protection de l’enfance, la police, la gendarmerie et la justice pour enquêter, protéger, poursuivre et juger. Faire émerger davantage de signalements sans renforcer massivement les capacités de traitement serait prendre le risque de créer de nouvelles attentes sans pouvoir y répondre. En outre, les réalités des territoires ultra-marins doivent faire l’objet d’attention renforcée tant les enfants y sont vulnérables.
L’UNSA Éducation refuse ce choix impossible entre le silence et l’impuissance. Nous demandons que toute évolution du questionnaire s’accompagne d’un véritable plan de protection des enfants, avec des moyens humains, des procédures claires, une formation de tous les personnels et une articulation effective entre Éducation nationale, protection de l’enfance, santé, police et justice.
Il faut également regarder la racine du problème. Les viols et violences sexuelles ne sont jamais de simples « dérapages » individuels : ils s’inscrivent dans des rapports de pouvoir et de domination, largement structurés par les inégalités entre les femmes et les hommes. Lutter contre les violences faites aux enfants implique donc un changement de paradigme collectif : combattre le patriarcat, déconstruire les stéréotypes de genre, éduquer au consentement, à l’égalité et au respect de l’autre.
C’est tout le sens de l’Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS). Prévenir les violences, ce n’est pas seulement savoir les repérer lorsqu’elles ont déjà eu lieu. C’est donner aux enfants et aux jeunes les connaissances et les repères qui leur permettent d’identifier une situation anormale, de connaître leurs droits, de poser leurs limites et de demander de l’aide.
Oui, il faut permettre aux enfants de parler. Mais lorsque la société leur demande de parler, elle doit être capable de répondre. Pour l’UNSA Éducation, écouter les enfants est un devoir. Les protéger est une responsabilité collective. Leur rendre justice est une exigence politique.

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