Outre-mer : l’École ne peut pas être la même partout pour être égale partout
La rentrée scolaire ne se vit pas de la même manière à Papeete, Cayenne, Pointe à Pitre, Saint-Denis de La Réunion, Fort de France ou à Mamoudzou. Les difficultés rencontrées par les personnels et les élèves ont des points communs, mais elles prennent aussi des formes singulières liées à la géographie, au climat, aux conditions sociales, au coût de la vie, à l’organisation des territoires ou encore aux difficultés de recrutement.
C’est précisément pour cela que l’UNSA Éducation porte une exigence simple : l’égalité républicaine ne peut pas consister à appliquer partout les mêmes réponses. Elle doit permettre à chaque territoire de disposer des moyens nécessaires pour garantir la même ambition de service public d’éducation. Cette conviction est notamment portée sur les adaptations au dérèglement climatique, qui a des conséquences bien différentes du territoire hexagonal.
Des réalités territoriales qui imposent des réponses adaptées
En Polynésie française, l’immensité du territoire et son organisation en archipels rendent particulièrement visibles les limites d’une approche uniforme. Les 4 500 personnels d’État ne disposent toujours pas d’une instance permettant de traiter leurs conditions de travail, tandis que des agents doivent intervenir depuis Tahiti dans des archipels éloignés.
En Guadeloupe, l’allocation des moyens doit tenir compte d’une réalité archipélagique que les seuls indicateurs démographiques ne permettent pas de mesurer. Les difficultés de logement et de déplacements inter-îles pèsent également sur l’attractivité et la fidélisation des personnels, notamment à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.
À La Réunion, les personnels continuent d’alerter sur une sous-dotation chronique en personnels administratifs, sociaux et de santé, ainsi que sur un nombre insuffisant d’établissements relevant de l’éducation prioritaire au regard des réalités sociales et de la pauvreté d’une partie importante de la population du territoire. La rentrée 2026 a encore accentué la pression sur des personnels confrontés à l’empilement des tâches, à la désorganisation du travail et à la dégradation de leur santé physique et psychique.
En Guyane, les enjeux d’attractivité et de fidélisation des personnels sont directement liés à la nécessité de construire un véritable vivier local de recrutement et de formation. Le territoire est également en première ligne face aux conséquences du changement climatique. L’UNSA Éducation demande notamment un protocole « fortes chaleurs » et un plan pluriannuel d’adaptation du bâti scolaire aux réalités climatiques guyanaises.
En Martinique, la déprise démographique est forte, la population vieillissante, et les personnels souhaitent être associés aux réflexions prospectives menées par le rectorat pour envisager la transformation du système éducatif.
Quant à Mayotte, les conditions de travail et d’études sont de plus en plus dégradées, car le cyclone Chido a durablement détruit les habitations mais aussi le bâti scolaire et la démographie scolaire est sur ce territoire toujours en hausse. Les ruptures d’égalité devant les heures d’école dont bénéficient les enfants mahorais sont flagrantes : triple rotation des classes dans une même journée pour pouvoir assurer 3h d’école par enfant dans le 1er degré !
Porter la parole du terrain jusqu’au ministère
Ces exemples ne constituent pas une addition de situations particulières. Ils révèlent un même problème : des politiques nationales qui peinent encore à intégrer pleinement les réalités ultramarines dans la répartition des moyens, les politiques de recrutement et de mobilité, les conditions de travail, l’éducation prioritaire, la formation ou l’adaptation climatique des établissements.
C’est pourquoi l’UNSA Éducation a choisi de faire entendre directement la parole de ses représentants territoriaux. Le 15 septembre, les délégations de Polynésie française, de Guadeloupe, de La Réunion, de Guyane, de Martinique et de Mayotte ont porté auprès du ministère leurs constats, leurs revendications et des propositions concrètes. Elles ne demandent ni exception ni privilège : elles demandent que les politiques éducatives soient construites à partir des réalités vécues par les personnels et les élèves. Le cabinet et les directions du ministère ont déjà apporté des éléments d’explicitation des problématiques et des réponses. Le dialogue social se poursuivra avec les rectorats des académies concernées, en lien avec les responsables nationaux de l’UNSA Education.
L’UNSA Éducation revendique ainsi une véritable politique prioritaire de l’Éducation nationale pour les territoires ultramarins : des moyens humains adaptés, des politiques de recrutement et de fidélisation prenant en compte les contraintes locales, une reconnaissance des situations sociales et géographiques, des établissements mieux adaptés aux réalités climatiques et des réponses concrètes aux conditions de vie et de travail.
L’Outre-mer ne doit plus être considéré comme une déclinaison particulière d’une politique pensée depuis l’Hexagone. Les territoires ultramarins doivent être pleinement pris en compte dans la conception même des politiques éducatives.
Pour l’UNSA Éducation, l’égalité ne signifie pas donner partout la même chose. Elle signifie donner à chaque territoire les moyens de garantir les mêmes droits et la même ambition pour ses élèves et ses personnels.
Légende image: école primaire sur l’ile de Moorea, Polynésie française

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