Le CSEN publie ses recommandations sur les usages de l’IA en éducation
Cette conférence a réuni des chercheuses, chercheurs et experts internationaux afin d’éclairer les effets de l’IA sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques et les modalités d’évaluation. Elle s’inscrit dans un contexte d’irruption et d’évolution rapide des outils d’IA générative dans les usages quotidiens des élèves et des personnels, sans que l’institution ne dispose encore d’un recul suffisant.
Le document du CSEN rappelle à ce titre que ces outils, malgré leur apparente efficacité, ne reposent pas sur une compréhension réelle des contenus mais sur des traitements statistiques, ce qui pose des questions spécifiques pour l’enseignement et l’apprentissage.
Des recommandations dans la continuité du cadre existant
Les recommandations formulées par le CSEN s’inscrivent globalement dans une logique de prudence déjà présente dans les cadres institutionnels existants relatifs au numérique éducatif et à l’IA. Elles ne constituent pas, à ce stade, un enrichissement substantiel de ces orientations, mais plutôt une mise en cohérence et un rappel de principes déjà identifiés.
Le CSEN insiste d’abord sur la nécessité de ne pas céder à une adoption précipitée des outils, en appelant à une évaluation rigoureuse de leurs effets sur les apprentissages.
L’usage de l’IA doit rester conditionné à l’existence d’une plus-value pédagogique démontrée.
La formation des personnels est également présentée comme un levier central. Elle doit permettre de comprendre le fonctionnement des systèmes d’IA, d’en identifier les limites et de développer une capacité d’analyse critique des contenus produits.
Enfin, le CSEN souligne la nécessité d’adapter les pratiques pédagogiques, notamment en renforçant les activités qui mobilisent explicitement le raisonnement, la verbalisation et la réflexion critique, afin d’éviter le risque d’une délégation excessive des tâches cognitives à la machine.
Des questions pédagogiques remises au centre
Au-delà de leur caractère relativement attendu, ces recommandations ont le mérite de remettre en lumière des questions pédagogiques fondamentales.
L’une des préoccupations majeures concerne le risque d’illusion d’apprentissage, lorsque l’élève obtient une réponse correcte sans avoir construit les connaissances correspondantes.
L’IA interroge ainsi directement la nature de ce qui doit être appris et évalué. Elle conduit à reposer la distinction entre processus et résultats, et à s’interroger sur les conditions qui permettent un apprentissage réel.
La question de la motivation est également centrale, le document souligne que la curiosité et le désir de comprendre reposent en partie sur l’incertitude et l’effort de recherche, dimensions susceptibles d’être affaiblies par la disponibilité immédiate des réponses.
Ces éléments confirment que l’enjeu principal n’est pas technologique, mais bien pédagogique.
L’avis de l’Unsa-Éducation
L’Unsa-Éducation considère que l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation doit être abordée avec mesure et lucidité, en évitant à la fois les effets d’annonce et les logiques de diffusion non maitrisée.
Nous rappelons que les évolutions numériques s’inscrivent dans des transformations plus larges du système éducatif, qui doivent être pensées au regard des finalités du service public d’éducation et des conditions réelles d’exercice des personnels.
Dans ce cadre, l’IA ne peut être qu’un outil parmi d’autres et ne saurait se substituer à l’acte pédagogique. L’Unsa-Éducation met en garde contre toute forme de standardisation ou de mécanisation des apprentissages.
Nous insistons surtout sur un point déterminant : la qualité de l’enseignement repose d’abord sur la formation des personnels. Une formation pédagogique exigeante, articulant connaissances disciplinaires, didactiques et compréhension des processus d’apprentissage, demeure le levier principal d’un enseignement de qualité, avec ou sans IA.
L’appropriation des outils d’IA suppose donc un accompagnement réel des personnels, inscrit dans une politique de formation ambitieuse et continue.
Pour aller plus loin
La conférence du 25 mars 2026 a donné lieu à plusieurs interventions, dont certaines très éclairantes, que nous vous recommandons particulièrement ici :
– vidéo 2 Jean-Gabriel Ganascia – Le chat GPT parle-t-il vraiment et doit-on lui donner sa langue ?
– vidéo 5 Table ronde – Penser l’intégration de l’IA en classe : vers des recommandations pour les pratiques
– Et pour les professeurs de mathématiques tout particulièrement : vidéo 7 Stéphane Mallat – Réintroduire des TP de mathématiques avec des défis d’IA

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