Analyses et décryptages

Hongrie : du changement pour les politiques éducatives, aussi !

En Hongrie, le conservateur Peter Magyar et son parti Tisza "Respect et liberté" ont remporté une large victoire, contre le premier ministre sortant, Viktor Orban, qui avait accaparé le pouvoir pendant 16 ans avec son parti Fidesz, et mené une politique dite "illibérale" s'attaquant notamment aux libertés publiques, à l'indépendance des médias et plus largement à l'état de droit. Dans l'éducation, les premières nominations et les premières mesures ont été bien accueillies par les syndicats enseignants. Retour sur ces 3 premiers mois de nouvelle ère avec Erszebet Nagy, du syndicat PDSZ, avec une interview écrite pour notre magazine trimestriel "Educ'mag".

Educ’mag : Qu’est-ce qui a changé dans le secteur de l’éducation depuis l’arrivée du nouveau gouvernement ?

Erzsebet Nagy (PDSZ) : Pour l’enseignement public hongrois, la création, à nouveau, d’un ministère de l’Éducation indépendant constitue une avancée majeure. À sa tête a été nommé un chercheur reconnu dans le domaine de l’éducation, avec lequel le Syndicat démocratique des enseignants (PDSZ) avait déjà collaboré dans le cadre d’une étude sur la charge de travail des enseignants.

Par rapport aux années précédentes, un changement important est perceptible : le ministère et les responsables de l’éducation ne considèrent plus les syndicats et les organisations professionnelles comme des adversaires. Un dialogue a été engagé et de véritables consultations ont commencé.

Toutefois, nous ne sommes qu’au début du processus, et de nombreuses réformes restent à mener.

Retrouvez ici un article de notre site qui revenait sur la politique éducative de Viktor Orban, en 2023.

Quel est le programme éducatif du nouveau parti au pouvoir?

Le parti TISZA, qui a remporté les élections législatives avec une majorité des deux tiers, a formulé de nombreuses promesses en matière d’éducation. Les syndicats travaillent actuellement pour que ces engagements se traduisent par des mesures concrètes.

Parmi les premières décisions figure la suspension immédiate du système d’évaluation des performances des enseignants, largement considéré comme humiliant et excessivement subjectif. Par ailleurs, des modifications législatives sont en préparation afin de restaurer l’autonomie professionnelle des équipes pédagogiques. Les établissements pourront à nouveau décider de leur projet pédagogique et de leur règlement de fonctionnement. Ils retrouveront également le droit de donner leur avis sur les candidatures et les nominations des directeurs d’établissement.

Ces mesures constituent des premiers pas importants vers le rétablissement de la démocratie au sein des écoles. De nombreuses questions demeurent néanmoins ouvertes. Aucune décision définitive n’a encore été prise concernant l’avenir de la gouvernance et de la gestion des établissements scolaires.

Un point important de l’héritage du précédent gouvernement qu’il reste à démanteler?

L’avenir de la Chambre nationale des enseignants fait également l’objet de débats. Cette structure corporatiste avait été créée par le gouvernement précédent. Le PDSZ souhaite sa suppression définitive, mais le gouvernement hésite encore sur la marche à suivre.

On constate également certaines hésitations au sein de la nouvelle administration. Il apparaît clairement que l’ampleur des tâches à accomplir est considérable, alors que les ressources humaines et l’expertise disponibles restent limitées. Le gouvernement souhaite agir rapidement et obtenir des résultats visibles, mais il ne dispose pas encore partout du nombre suffisant de spécialistes et de l’expérience nécessaire. Les syndicats s’efforcent d’apporter leur soutien à ce processus, même si les modalités de coopération sont encore en cours d’élaboration.

Nous souhaitons que les consultations soient aussi nombreuses et substantielles que possible, et qu’elles débouchent sur des changements concrets perceptibles dans la vie quotidienne des établissements scolaires. Pour les enseignants, des avancées réelles seraient notamment le paiement des heures supplémentaires jusqu’ici non rémunérées, la réduction de la charge d’enseignement, l’allègement des tâches administratives et la mise en place d’une gouvernance scolaire plus démocratique et plus transparente, mettant fin aux pratiques de direction autoritaires.

Dans l’ensemble, la situation est aujourd’hui plus favorable qu’elle ne l’était il y a quelques mois. L’évolution est encourageante, mais la rénovation du système éducatif hongrois sera un processus de longue haleine. Beaucoup de travail reste à accomplir, et un dialogue social constructif sera indispensable pour atteindre les objectifs fixés.

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