Agir avec vous

Budget 2026 : État d’urgence pour la solidarité internationale 

Le secteur humanitaire connaît des difficultés profondes, dans notre pays et au-delà. Les coupures budgétaires opérées ces deux dernières années, l’instabilité gouvernementale, l’instabilité géopolitique, notamment dans les pays du Sahel, ont de nombreuses conséquences sur les politiques de coopération. Il en est de même sur l’emploi associatif, où un cinquième des emplois du secteur humanitaire a été supprimé en 2025. Les conséquences sont aussi terribles dans les pays les plus pauvres du monde, où les actions de développement représentent une part importante du financement des systèmes éducatifs et des systèmes sanitaires.

Le retard du principal bailleur de fond du secteur humanitaire, l’Agence Française du Développement, pour soutenir de nombreux programmes qui devaient être lancés en 2026, met en difficulté de nombreuses associations et Organisations non-gouvernementales. L’UNSA Education soutient l’action lancée par Coordination Sud, qui rassemble les acteurs du monde de la coopération, pour dénoncer cette situation et repousser avec force de nouvelle coupes budgétaires. Alors que l’aide publique au développement a connu une baisse de 59% entre 2025 et 2026.

Retrouvez ici l’article de Coordination SUD sur les coupes budgétaires et leurs conséquences désastreuses https://www.coordinationsud.org/communique-de-presse/six-mois-de-blocage-des-credits-par-le-gouvernement-les-organisations-de-solidarite-internationale-face-a-une-menace-existentielle/

Cliquez ici pour soutenir les actions de solidarité internationales de Solidarité Laïque, dont l’UNSA Education est membre fondateur https://soutenir.solidarite-laique.org/b/mon-don?cid=1&_cv=1

Retrouvez ci dessous la lettre du président de Coordination SUD qui dénonce les coupes budgétaires opérées par le gouvernement

Lettre ouverte à l’attention de Monsieur Sébastien Lecornu, Premier ministre, sur les engagements de la France à travers son aide publique au développement et sa société civile

Monsieur le Premier ministre,

Depuis deux ans, votre gouvernement et vos prédécesseurs sont responsables d’un désengagement massif de la France en matière de solidarité internationale. Notre pays affaiblit ses capacités d’action et recule sur ses valeurs humanistes. Les réductions budgétaires massives qui ont déjà eu lieu, et qui s’ajoutent notamment à celles des États-Unis depuis l’arrivée de M. Trump, font prendre le risque à elles seules de causer plus de 3,5 millions de décès supplémentaires1 d’ici à 2030. Elles contribuent de plus à accélérer dangereusement divers déséquilibres mondiaux ; nous en percevons déjà les prémices, notamment à travers la gestion de l’épidémie d’Ébola.

Le 29 janvier dernier, le Gouvernement a fait adopter des crédits budgétaires publique au développement (APD) de 3,6 milliards d’euros, soit une baisse de 59 % à périmètre constant par rapport à 2024 — une diminution sans précédent pour l’APD. Lors de l’examen du projet de loi de finances, de nombreux parlementaires de sensibilités variées ont pourtant souligné l’importance de préserver ces crédits, en particulier ceux destinés aux organisations de la société civile. Leurs mobilisations n’ont pas été entendues.

Cinq mois après cette adoption, nous, organisations de solidarité et parlementaires, souhaitons exprimer notre plus vive inquiétude face au blocage persistant des crédits de l’APD, et plus particulièrement de ceux destinés à la société civile. Cette inquiétude est encore renforcée par votre instruction adressée le 16 juin dernier aux ministères et agences en charge de cette politique, annonçant une « revue stratégique » ainsi qu’une centralisation des arbitrages relatifs à tout nouvel engagement financier de l’État. Ces blocages à répétition depuis l’adoption du budget prolongent les incertitudes entourant l’engagement de crédits pourtant votés et font craindre de nouveaux arbitrages défavorables.

La mission APD a déjà très largement contribué à l’effort budgétaire, plus que toute autre. C’est pourquoi nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’elle fasse l’objet de nouveaux blocages et d’ajustements, qui se feraient au détriment des populations les plus vulnérables et du tissu associatif français. Ce dernier est déjà fortement fragilisé : en 2025, 1 282 projets ont dû être réduits ou abandonnés, et plus de 10 000 emplois supprimés. À ce jour, 75 associations voient leurs actions directement menacées par le blocage des financements, compromettant parfois leur existence même, malgré les engagements pris le 6 juin dernier par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères quant au déblocage des crédits inscrits en LFI.

Ces évolutions sont à rebours des engagements internationaux de la France. À l’occasion du sommet du G7 à Évian, les chefs d’État et de gouvernement ont rappelé le rôle stratégique de l’aide publique au développement et de la société civile. Ces positions s’inscrivent dans l’esprit de la loi du 4 août 2021 relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, adoptée à l’unanimité par le Parlement. De plus, vous rappeliez vous-même, dans votre courrier du 16 juin, que « l’aide publique au développement constitue un engagement majeur de la France pour le soutien au développement des pays les moins favorisés ».

Dans ce contexte, nous vous appelons à procéder au déblocage des crédits votés, en particulier ceux destinés à la société civile, et à clarifier dans les plus brefs délais les orientations et les modalités de pilotage de la politique d’APD.

Nous souhaitons vous rappeler que l’aide publique au développement doit, avant toute autre considération, répondre aux besoins des populations les plus vulnérables, conformément aux engagements nationaux et internationaux de la France. Dans ces conditions, elle joue également un rôle essentiel pour notre sécurité collective face aux crises humanitaires, sanitaires et climatiques.

Nous vous exprimons par ailleurs nos attentes concernant la préparation du budget 2027, afin que la mission APD soit dotée des moyens adéquats pour permettre à la France de prendre sa juste part dans l’effort collectif de solidarité internationale.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.

Signataires :

Olivier Bruyeron, Président de Coordination SUD

Sélectionnés pour vous
+ d’actualités nationales