Analyses et décryptages

Education nationale : explosion des violences contre ses personnels !

Enseignants frappés par des élèves, personnels menacés par des parents, violences filmées dans les établissements : ces faits divers se multiplient dans l’actualité. Bien que parfois isolées, ces agressions traduisent une véritable dégradation du climat scolaire. Depuis dix ans, le nombre d’accidents de service augmente régulièrement dans l’Éducation nationale. Parmi ceux-ci, le nombre des agressions a explosé, jusqu’à devenir aujourd’hui un phénomène inquiétant.

Les rapports annuels en matière d’accidents de service et de maladies professionnelles présentées en CHSCT puis à partir de 2023 en formation spécialisée nous permettent d’avoir une vision objectivée de cette évolution.  Ces données, issues notamment de l’application nationale ANAGRAM, permettent de suivre précisément l’évolution des accidents de service.

Entre 2021 et 2024, les accidents de service reconnus par l’employeur passent de 12 346 à 14 286, soit +15,7 % en trois ans. Toutefois cette augmentation doit être relativisée si on la compare à l’explosion du nombre des agressions.

En effet, en 2016, on comptait 631 accidents de service pour agression. En 2023, elles atteignent 1 600, avant de se stabiliser à un niveau très élevé en 2024 avec 1 494 cas. Cela représente une augmentation de plus de 136 % en moins de dix ans.

Leur représentation dans l’ensemble des accidents de service a doublé : de 4,8 % en 2016 à plus de 11 % en 2023, et 10,45 % en 2024.

Cette hausse s’accompagne d’un impact direct sur la santé des agents. En 2023, les agressions reconnues ont entraîné 29 671 jours d’arrêt de travail. Ce chiffre grimpe à 33 126 jours en 2024, alors même qu’il y avait moins d’accidents reconnus pour agression.

La légère baisse du nombre d’agressions en 2024 pose d’autres questions : le taux de reconnaissance des agressions imputables au service a diminué, passant de 76,3 % en 2024 contre 79 % en 2023.  Il faut également s’interroger sur les délais de traitement qui concernent plusieurs milliers de dossiers.

Ainsi, les chiffres confirment que l’augmentation des agressions n’est pas un phénomène ponctuel mais une tendance de fond. Toutefois, les agressions médiatisées, ne représentent que la partie visible. Elles cachent les autres incivilités qui se multiplient au quotidien : insultes, menaces, tensions et parfois même coups avec des élèves ou des parents, notamment à l’entrée des écoles dans le premier degré.

Cette dégradation du climat scolaire s’inscrit dans un contexte plus large : perte de reconnaissance de l’institution scolaire, discours publics critiques, et contraintes budgétaires qui limitent les moyens humains.

Les dispositifs présentés par le gouvernement comme le plan visant à déployer un bouclier autour de l’école en avril 2024 ou bien encore un plan ministériel pour la tranquillité scolaire en décembre 2024 n’ont pas réussi, 2 ans après leur mise en place, à inverser la tendance.

Les procédures en matière de reconnaissance d’un accident de service ou même de protection fonctionnelle restent trop souvent longues et complexes. Au-delà des décisions ministérielles, leur application dans les rectorats ne se fait pas toujours dans l’intérêt des personnels.

L’UNSA Éducation considère donc que l’augmentation des agressions constitue un signal d’alerte qui engage la responsabilité légale de notre employeur.  En matière de sécurité, l’UNSA Éducation défend une approche globale. Cela passe par une série de mesures complémentaires, comme :

  • renforcer la prévention et le climat scolaire ;
  • améliorer la formation des personnels à la gestion des situations conflictuelles ;
  • garantir des moyens humains suffisants dans les établissements ;
  • simplifier et accélérer les procédures de reconnaissance des accidents de service ;
  • assurer un accompagnement réel et durable des victimes,
  • rendre effective l’automaticité de la protection fonctionnelle en cas d’agression.

Au-delà des chiffres, c’est bien la question des conditions de travail et de la sécurité des personnels qui est posée. Sur ce point, les chiffres sont clairs, la situation se dégrade : l’UNSA Éducation demande donc au Ministère de se saisir pleinement de cette question et d’y apporter les réponses nécessaires dans le cadre du dialogue social.

 

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