Analyses et décryptages

Fédération Wallonie Bruxelles : des choix politiques différents pour l’éducation

La CSC-Enseignement est la première organisation syndicale de l’éducation en Belgique francophone et germanophone. Le milieu de l’éducation est très syndiqué en Belgique et fait face à des réformes brutales menées par le nouveau gouvernement MR/engagés. Une politique éducative et sociale qui tente d’affaiblir les organisations syndicales.

La CSC enseignement a pour slogan « notre force c’est vous ». Elle fait partie de la Confédération des Syndicats Chrétiens, la première force syndicale en Belgique (pays où le syndicalisme s’organise à travers les rouges, socialistes, les verts, chrétiens, et les bleus, libéraux). Ils affilient non seulement les enseignants mais aussi les puériculteurs/puéricultrices et les psychologues des CMPP. Le syndicat est en plein essor, ses services attirent beaucoup de collègues, notamment en début et en fin de carrière. Le CSC-E dispose d’une revue mensuelle : CSC éduc (à retrouver ici ).

La marge de manœuvre syndicale est en régression depuis 2019 avec une attitude parfois méprisante envers les syndicats ainsi qu’envers l’ensemble des corps intermédiaires d’ailleurs. Des restrictions budgétaires sont annoncées et le gouvernement réformateurs/engagés a clairement pour objectif de détricoter la fonction publique. Pour autant, le système éducatif belge est en débat, jugé inégalitaire par l’enquête PISA en 2014. Face à cette crise, la méthode gouvernementale a varié selon les majorités au pouvoir dans la fédération Wallonie Bruxelles.

Des négociations inédites pour un pacte éducatif

De 2014 à 2017, le ministère a mis en place des table-rondes pour négocier, qui ont donné lieu le 3 avril 2017 à un pacte pour un enseignement d’excellence dans une démarche qui avait impliqué les représentants des syndicats, de l’employeur, des parents et de l’administration. Des changements importants ont ainsi été négociés pour l’évaluation des enseignants, pour l’investissement public, pour le renforcement du niveau maternelle (232 millions d’euros par an). Tous les jeudis matin, pendant la construction de ce pacte, les organisations se réunissaient le jeudi matin pour discuter avec les représentants du ministère des notes d’orientation et des textes légaux qui allaient être oubliés. Un vrai modèle de concertation sociale à la belge, y compris en partageant un sandwich à midi.

Malheureusement, ce comité de concertation du pacte n’a pas été maintenu par le nouveau gouvernement. Des mesures prises sans concertation ont mis le feu dans les écoles : augmentation du nombre d’heures d’enseignement dans le secondaire supérieur, baisse du nombre de repas gratuits pour les élèves, baisse du nombre de mi-temps thérapeutiques accordés aux collègues, hausse des droits d’inscriptions universitaires…Retrouvez le communiqué de presse de la CSC-E contre ces mesures ici .

Entre les vacances et la rentrée, un mouvement est né avec la « révolution des craies », inspirée d’un mouvement similaire en République Tchèque. Des slogans à la craie sont en effet écrits sur les murs des écoles et même du parlement. Le succès des grèves, mené avec l’association de parents Mars Attacks, est fulgurant.

Quels sujets de négociation aujourd’hui ?

Les débats actuels avec le ministère et les employeurs portent sur le tronc commun, de la maternelle à la classe de 3ème. On peut avoir des dispositifs comparables à la France qui sont en cours de mise en œuvre en Wallonie : évaluation standardisée, priorité aux savoirs fondamentaux, seuils de réussite pour aller à l’année supérieure …

La pénurie d’enseignants est un problème croissant et important, la CSC-E a fait des propositions ambitieuses sur le sujet de l’attractivité des métiers, en utilisant la méthode des focus groupes. Pendant les dernières vacances d’été, la campagne syndicale « on ne vous oublie pas » permettait d’envoyer une carte postale aux parlementaires pour maintenir la pression sur ce sujet (avec le concours de la carte postale la plus « kitsch »). Une action à retrouver ici .Un préavis de grève a été annoncé du 15 août au 1er octobre pour obliger le gouvernement à revoir sa copie.

Une manifestation d’ampleur est prévue à Bruxelles le 24 et 25 septembre, à la veille de la fête de la communauté française. Une campagne de communication a été lancée par le syndicat, avec des actions en « front commun » avec les autres organisations syndicales et des affichages sur les autoroutes pour montrer la colère et mobiliser l’opinion publique. A retrouver par exemple ici .

₁.Le gouvernement mobilise aussi de son côté des juristes pour contrer les fermetures d’écoles, les blocages d’examens et plus largement pour réfléchir à des mesures de restriction syndicale. Des manifestations sont toutefois prévues dans les zones neutres proches du parlement, à Bruxelles.

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