Stage en entreprise, bien sûr mais avec beaucoup de « mais »
Le terme de « stage en entreprise » qui s’applique aux collégiens comme à tous les lycéens a refait la Une des actualités éducatives. Peut-être faut-il s’attarder un peu sur cette terminologie et s’intéresser aux enjeux pédagogiques qui se cachent derrière les mots.
Il faut distinguer, pour ce qui est des stages obligatoires, les stages de découverte, pour les collégiens, les stages de 2nde générale et technologique et les périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) des lycéens de la voie professionnelle (Éducation nationale et enseignement agricole).
Contextes différents
Ces dernières sont pleinement justifiées car elles participent au cursus pédagogique. Elles sont attendues par les élèves car elles les motivent et concourent à leur insertion professionnelle. Il ne s’agit pas simplement de découverte d’entreprise mais de formation à un métier, d’acquisition de compétences professionnelles sous l’autorité d’un maître de stage et la responsabilité de l’établissement scolaire.
Pour les stages obligatoires de 3e et 2nde le contexte est différent ; il s’agit de découvrir le monde du travail, préparer son orientation, affiner ses choix de filière et de voie de formation. L’UNSA Éducation et ses syndicats précités considèrent que le stage de 3e a toute sa place, avec l’objectif d’être valorisé au retour en classe pour servir d’appui au choix d’orientation, notamment vers la voie professionnelle et l’apprentissage. Là où le dispositif mérite d’être amélioré, c’est sur sa dimension égalitaire de donner la chance à tous les élèves, quelque soit le milieu socioprofessionnel des familles, de faire un « bon stage », c’est-à-dire de pouvoir être un observateur impliqué dans la vie d’une entreprise et d’en retirer un réel apport.
Précipitation
Le stage de 2nde générale et technologique voulu par le ministre Attal dans la précipitation et mis en place au mois de juin 2024, a lui aussi ces mêmes finalités. Mais au regard de sa mise en œuvre, soit 2 semaines en fin d’année scolaire, il ne répond pas aux attentes. En juin, le conseil de classe a déjà validé le passage en classe supérieure et l’élève a choisi ses enseignements de spécialité. Les enseignants, convoqués aux examens, ne peuvent assurer le suivi des stagiaires. Enfin, ce stage n’est que trop rarement exploité en classe de 1re du fait de sa non continuité pédagogique. Il complexifie donc l’organisation des établissements, alourdit la charge des personnels de direction et des enseignants sans justifier d’intérêt pédagogique. Dans le même temps, la multiplication des stages et des PFMP ne permet plus aux PME d’accueillir et d’encadrer en sécurité ce nouveau flux d’élèves.
La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage Sabrina Roubache a indiqué vouloir revoir la copie en proposant des visites d’entreprise en petits groupes, ce qui favoriserait l’égalité des chances face aux stages et limiterait les risques d’accident, mais ce qui risque aussi de limiter les choix de stage aux grandes entreprises et à celles capables d’organiser et d’encadrer de telles visites collectives. Autre grief contre ce stage de 2nde dans son versant collectif, son caractère bien moins immersif puisqu’il s’agit d’une simple visite à plusieurs élèves, dans une relation professionnelle qui serait davantage pour l’élève celle d’un auditeur que d’un stagiaire. D’où ce sentiment partagé par les équipes pédagogiques de stages « occupationnels », sans valeur ajoutée, qui visent surtout à combler l’emploi du temps de fin d’année.
L’enjeu de la sécurité
Concernant la sécurité des stagiaires, les élèves de 3e et de 2nde ne sont pas censés opérer des gestes professionnels. Pour les PFMP, les élèves de la voie professionnelle sont préparés et formés à leur stage lors des cours et TP. Toutefois, reste l’épineuse question des visites médicales obligatoires pour les travaux réglementés. Beaucoup de jeunes sont accueillis par l’entreprise sans avoir passé la visite du fait d’un effectif de médecins scolaires en forte baisse régulière, ce qui rend impossible de réaliser chaque année une visite par établissement. La loi n’est donc pas applicable en l’état. De plus, les élèves orientés vers la voie professionnelle sont souvent en fragilité, à fort besoin de suivi, voire des élèves ayant des contre-indications.
L’UNSA Éducation a mandat pour défendre l’immersion des jeunes en milieu professionnel dans l’optique d’y faire un travail personnel de découverte du monde du travail et de choix d’orientation. Le stage de 3e créé en 2005 répond à cet axe éducatif reconnu et accepté par les milieux professionnels. Il serait désormais plus utile de concentrer les efforts à améliorer son équité, sa qualité et son efficience que de chercher à développer d’autres stages à d’autres niveaux de manière impréparée et sans visée éducative. La garantie de la sécurité des élèves en stage ou en PFMP demeure par ailleurs la première des exigences que nous revendiquons. Celle-ci passe naturellement par la mise en œuvre des moyens nécessaires pour se conformer à la loi et réaliser toutes les visites médicales obligatoires des élèves des filières à risques.

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