Enseigner à produire autrement : peut encore mieux faire
Un dispositif engagé depuis 2014
Lancé en 2014, le plan « Enseigner à produire autrement » confiait à l’enseignement agricole un rôle clé dans la diffusion de l’agroécologie et la prise en compte des enjeux environnementaux à travers la formation des futur·es professionnel·les du secteur.
Le premier plan (2014-2018) a favorisé l’implication des exploitations et ateliers pédagogiques des établissements agricoles dans des démarches de conversion à l’agriculture biologique. Il a également permis l’introduction de l’agroécologie dans les référentiels de formation. Toutefois, sa mise en œuvre est demeurée très hétérogène selon les régions.
EPA 2 : des avancées mais des limites persistantes
Le deuxième plan (2020-2024) a davantage mis l’accent sur la participation des apprenant·es afin de les rendre acteur·rices de leur formation. Plusieurs atouts propres à l’enseignement agricole ont facilité cette évolution : l’enseignement pluridisciplinaire, propice à la pédagogie de projet, la découverte de pratiques innovantes ou encore les stages collectifs consacrés à la santé, au développement durable ou à l’étude des territoires.
Cependant, les rapporteur·ses soulignent plusieurs difficultés : un rôle des référent·es EPA souvent trop administratif, des insuffisances dans la formation des équipes pédagogiques et une transformation encore inégale des pratiques au sein des établissements.
EPA 3 : vers un pilotage renforcé
Le troisième plan doit être l’occasion d’un pilotage national plus ambitieux afin d’impulser, dans tous les territoires, des actions impliquant l’ensemble des établissements agricoles, y compris les établissements privés.
Pour répondre aux besoins de formation des équipes pédagogiques, les rapporteur·ses encouragent le recours aux « expert·es associé·es » prévus par la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA), notamment des chercheur·ses spécialisé·es en agroécologie.
A nouveau, l’accent est mis sur la place de l’agroécologie dans les référentiels de formation afin que les apprenant·es appréhendent mieux les enjeux environnementaux, économiques et sociaux qui lui sont associés. Le rapport insiste aussi sur le renforcement des enseignements en sciences économiques, dont les volumes horaires n’ont cessé de diminuer ces dernières années, au risque de fragiliser la compréhension globale du secteur agricole par les futur·es professionnel·les.
Des exploitations pédagogiques à soutenir
Le rapport rappelle enfin l’importance des exploitations agricoles des lycées, qui doivent être à la fois exemplaires sur les plans environnemental et pédagogique, pleinement mobilisées au service du dispositif EPA et économiquement viables.
Les député·es proposent que le surcoût lié à leurs missions pédagogiques fasse l’objet d’un financement spécifique de l’État ou des régions.
Garantir l’autonomie pédagogique
Lors de la présentation du rapport, les député·es ont également alerté sur l’influence que peuvent exercer certains syndicats agricoles et acteurs de l’agroalimentaire dans les formations agricoles, notamment lorsque leurs représentants président les conseils d’administration d’établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles.
Ils soulignent que les pressions et conflits d’intérêts ne sont pas rares au sein du secteur agricole. Dans ce contexte, la neutralité des différents acteurs ainsi que le respect de l’autonomie pédagogique des établissements et des enseignant·es doivent être pleinement garantis.
Une ambition en phase avec les attentes de la société
Produire autrement répond aux attentes croissantes des consommateur·rices, qui souhaitent se nourrir autrement et de manière plus durable. Cette évolution engage l’ensemble de la filière agroalimentaire, au sein de laquelle l’enseignement agricole a un rôle majeur à jouer.
Le développement de l’éducation au développement durable et à l’écologie afin de préserver la planète fait partie des préoccupations constantes de l’UNSA Éducation et de son syndicat de l’enseignement agricole public, le SEA-UNSA.

Analyses et décryptages