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Instituts des jeunes sourds et aveugles : une réforme risquée qui avance à bas bruit

Le Syndicat National des Jeunes Sourds et Jeunes Aveugles (SNJSJA-UNSA) vient de lancer un mouvement dénonçant le projet de réforme des instituts nationaux publics en charge de ces élèves (INJ). Avec ce projet, les INJ sont menacés de démantèlement, ce qui ne serait pas sans conséquences sur la scolarisation et l’inclusion sociale des jeunes sourds et aveugles. Si la réforme semble marquer une pause, le syndicat appelle à la vigilance car en réalité, le projet continue d’avancer... à bas bruit

Le 11 mars dernier, la direction générale de la Cohésion sociale et la DRH du ministère de la Santé ont présenté leur intention de réforme des Instituts Nationaux des Jeunes Sourds et Jeunes Aveugles (INJ). « Cette réforme se veut globale, avec la réécriture du décret régissant les INJ. La volonté est d’en faire des établissements spécialisés médico-sociaux accueillant des jeunes ayant des nouveaux besoins », explique Julien Berthier, secrétaire général du SNJSJA-UNSA.

Demande des familles

De fait, selon le rapport des inspections générales de l’Éducation nationale, de la Recherche et des Affaires sociales dressant des scénarios d’évolution, la demande des familles est en forte évolution, « leur souhait prioritaire [étant de plus en plus] une inclusion individuelle en milieu ordinaire ».

Les cinq INJ actuels (Bordeaux, Chambéry, Metz et deux à Paris) passeraient sous tutelle des Agences régionales de santé et seraient alors ouverts à l’accueil de jeunes présentant d’autres difficultés que leur déficience sensorielle de l’audition ou de la vue, comme l’autisme, les troubles psychiques ou les handicaps moteurs. Les élèves ne présentant que des déficiences sensorielles (quelque 1.000 jeunes actuellement inscrits) ne pourraient plus bénéficier d’une scolarisation en INJ et seraient tous orientés vers une scolarisation ordinaire, avec un accompagnement adapté.

Cette réforme impacterait nécessairement les personnels des INJ avec leur intégration à terme dans la fonction publique hospitalière (non enseignant·es) ou l’Éducation nationale (enseignant·es).

Réorientation des INJ

Toutefois, d’autres points de la réforme avancent à petits pas, comme celui de réduire la voilure des effectifs de personnel du fait d’une baisse anticipée du nombre de jeunes pris en charge par les INJ. Concernant la réorientation des INJ en matière d’accueil des publics, Julien Berthier alerte sur l’inadéquation de la réforme avec les besoins réels. « Il va y avoir plein de situations où le jeune aura besoin d’un enseignement spécialisé à certains moments. Les INJ peuvent d’être des lieux de ressourcement pour les jeunes qui marquent le pas en milieu ordinaire, qui ont besoin de préparer un changement de cycle, de souffler ou de reprendre confiance en cas de difficulté. Nous devons raisonner en logique de parcours. »

Ce qui ne sera plus possible avec les nouveaux INJ qui verront la suppression des niveaux de classe et de l’architecture en miroir des enseignements de l’Éducation nationale. « Dans la loi, il est dit qu’il faut laisser le choix aux familles, ajoute Julien Berthier. Là, ce ne sera plus possible. Les élèves déficients sensoriels seront obligatoirement affectés en scolarisation ordinaire, avec des enseignant·es qui n’auront pas notre expertise et peu de temps à leur accorder individuellement. Il risque d’y avoir des découragements chez les élèves, des décrochages et des ruptures de parcours qu’on ne pourra plus rattraper. On aura complètement raté l’inclusion scolaire, sociale et éducative de ces jeunes. » Et de rappeler la mission des INJ actuels : « Nous visons l’autonomie complète et réelle des jeunes accueillis. A savoir, l’adaptation à la société et au monde environnant par la maitrise de toutes les techniques et outils palliatifs ».

L’UNSA Éducation milite pour l’inclusion de tous les élèves en situation de handicap. Pour que celle-ci soit une réussite, il est nécessaire de lui donner les moyens financiers et humains afin d’assurer un véritable accompagnement à la hauteur des enjeux. Pour le SNJSJA-UNSA, les INJ sont des partenaires de l’école inclusive en proposant une des modalités d’accompagnement des jeunes. Le public des jeunes sourds et jeunes aveugles ne saurait déroger à cette exigence d’une scolarisation adaptée aux besoins de chaque élève. La promesse républicaine de l’égalité scolaire a été faite à chaque citoyen, quelque soit son genre, son milieu social ou sa situation face au handicap.

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