Collectifs opportunistes : l’Éducation n’est pas un terrain à prendre
Des causes auxquelles personne n’a envie de s’opposer
« Faire de l’éducation une priorité », « défendre l’École », « agir pour l’enfance », « rendre les enfants heureux » ou « rassembler les forces éducatives » : qui pourrait s’opposer à de tels objectifs ?
Le problème n’est évidemment pas la cause affichée, mais ce qu’elle peut permettre de rendre moins visible : une stratégie de positionnement, des intérêts particuliers, une orientation politique ou économique, voire une tentative de captation d’un espace déjà travaillé depuis longtemps par les personnels, les syndicats et les associations d’éducation populaire.
C’est précisément ce caractère consensuel qui peut conduire des personnes de bonne foi, y compris des militantes et militants, à rejoindre, soutenir ou relayer une initiative sans avoir identifié toutes ses implications.
Toujours regarder derrière l’intitulé
Avant de soutenir ou de rejoindre un collectif, quelques questions simples devraient devenir des réflexes : qui l’a créé ? Qui le finance ? Qui décide ? Quels sont ses soutiens ? Quelles sont les trajectoires professionnelles et politiques de ses responsables ? Quels intérêts économiques éventuels sont présents ? Quelle place est réellement donnée aux personnels et aux associations déjà engagées sur le terrain ? Comment les propositions sont-elles élaborées et arbitrées ?
La gouvernance, les financements, les garanties scientifiques et les modalités de décision doivent être regardés aussi attentivement que le manifeste ou le nom choisi. Cette exigence est d’autant plus importante lorsque ces éléments restent peu documentés.
Quand l’extrême droite investit le terrain éducatif
Cette vigilance est d’ailleurs nécessaire quand on sait que le monde éducatif n’échappe pas aux stratégies d’influence politique. Tous les collectifs ne sont évidemment pas de même nature et nous ne pouvons pas les confondre. Certains entretiennent cependant des liens directs avec des organisations partisanes. D’autres partagent leurs campagnes, leurs thèmes ou leurs réseaux avec des acteurs situés à l’extrême droite.
Le cas de « Parents Vigilants », créé dans le sillage de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, est à cet égard très révélateur. Reconquête le présente désormais directement parmi ses propres « initiatives ». Autour de sujets comme l’ÉVARS, le genre ou l’autorité à l’École, des convergences se sont également constituées entre différents mouvements conservateurs et des courants d’extrême droite.
Pour comprendre ce qui se joue réellement derrière un collectif, il faut donc aller au-delà de ses déclarations d’intention. Il faut regarder ses responsables, ses soutiens, ses relais, les réseaux auxquels il appartient et les campagnes auxquelles il s’associe. Une formulation consensuelle ou la revendication d’une démarche « citoyenne » ne suffisent pas à garantir son indépendance.
Cette réalité doit aussi nous conduire à examiner avec attention les alliances que nous nouons. Derrière certains collectifs en apparence indépendants peuvent en effet se dessiner des stratégies d’influence de l’extrême droite.
Le terrain éducatif n’était pas vide : l’UNSA Éducation agit dans la durée
L’éducation n’a pas attendu l’apparition de nouveaux collectifs pour être pensée, défendue et transformée. Les personnels, les organisations syndicales, les associations d’éducation populaire, les mouvements pédagogiques et de nombreux collectifs de terrain disposent d’une histoire, d’une expertise et d’un ancrage réel.
L’UNSA Éducation s’inscrit pleinement dans cette histoire. Avec ses 23 syndicats, elle intervient dans l’Éducation nationale, l’enseignement supérieur et la recherche, la jeunesse, les sports, la vie associative, l’éducation populaire et la culture, et défend une conception globale de l’éducation qui dépasse la seule institution scolaire.
Cet engagement se construit au quotidien auprès des personnels, dans les instances de dialogue social, dans les échanges avec les pouvoirs publics, mais aussi par un travail régulier d’analyse et de propositions nourri par le terrain. Le Baromètre UNSA Éducation 2026, auquel ont répondu 42 849 personnels, en constitue une illustration récente.
Nous n’avons donc pas besoin d’inventer aujourd’hui une « grande cause éducative » : elle structure notre action depuis longtemps. Cela n’interdit évidemment ni les nouvelles initiatives ni les nouvelles alliances, mais cela impose de ne pas confondre capacité à occuper rapidement l’espace médiatique avec expertise, représentativité ou légitimité acquises dans la durée.
Renforcer les alliances qui existent et en construire de nouvelles
La réponse ne peut cependant pas être uniquement défensive. La multiplication de ces initiatives rappelle aussi la nécessité de mieux rendre visibles les projets communs, les convergences et le travail déjà mené par les acteurs engagés de longue date sur le terrain éducatif.
Cela suppose de consolider les liens entre organisations syndicales, associations d’éducation populaire, mouvements éducatifs et autres acteurs partageant des principes clairement identifiés, mais aussi de construire, lorsque c’est pertinent, des alliances plus larges capables de porter des propositions communes et de peser davantage dans le débat public.
L’enjeu est donc double : renforcer ce qui existe déjà et créer de nouvelles coopérations sans renoncer à la clarté sur les valeurs, les objectifs et les intérêts en présence. C’est en articulant ancrage de terrain, expertise, capacité de proposition et travail collectif que les acteurs historiques de l’éducation pourront faire entendre une parole plus forte et plus lisible dans les débats à venir.
Dans le même temps, celles et ceux qui agissent depuis longtemps sur le terrain de l’éducation et de l’éducation populaire ont une responsabilité : faire davantage entendre leurs propositions, renforcer leurs alliances et ne pas laisser à d’autres le soin de définir seuls ce que devrait être l’avenir de l’éducation.

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