Rentrée scolaire : derrière les mots du ministre, la réalité des personnels

Dans son message de rentrée adressé aux personnels de l’Éducation nationale, le ministre Édouard Geffray place trois mots au cœur de son propos : instruire, protéger, unir. Des missions que l’UNSA Éducation ne peut que partager. Mais derrière les mots, il y a les réalités du terrain. Avec la valse des ministres et après des années de réformes, d’injonctions et de moyens insuffisants, le décalage entre les discours et le quotidien est devenu criant.

« Ne jamais baisser la garde sur l’exigence »

Fallait-il vraiment rappeler aux personnels leur devoir d’exigence ? Le ministre doute-t-il à ce point du sérieux et de l’engagement des enseignants ?

Depuis des années, les personnels font face à des classes plus chargées, plus hétérogènes, à l’augmentation des besoins éducatifs particuliers, à des situations sociales et scolaires toujours plus complexes. Ils adaptent leurs pratiques, innovent, se forment et tiennent l’École à bout de bras, souvent avec des moyens insuffisants.

L’exigence ne se décrète pas depuis un bureau : elle se construit avec des personnels formés, accompagnés et suffisamment nombreux. À force de demander toujours plus sans donner davantage de moyens, les gouvernements successifs ont surtout fragilisé les conditions permettant aux enseignants d’exercer cette exigence, pourtant toujours intacte.

« Protéger »

Le ministre parle de protéger les élèves. C’est évidemment indispensable. Mais qui protège les personnels ?

Qui protège les enseignants, les CPE, les AESH, les chefs d’établissements et tous les agents confrontés aux violences de certains élèves ou de certaines familles ? Qui protège celles et ceux qui, lorsqu’ils rencontrent des difficultés, se retrouvent parfois seuls face à une institution qui leur demande toujours davantage d’adaptation, sans formation suffisante, sans moyens et sans accompagnement ?

Et qui protège les personnels lorsqu’ils deviennent les boucs émissaires d’une société traversée par de profondes fractures, alors que l’École accueille et absorbe une grande partie des difficultés sociales ?

Protéger l’École, c’est aussi protéger celles et ceux qui la font vivre. Le soutien aux personnels ne peut pas rester une déclaration de principe.

« Unir »

L’École doit effectivement rassembler et faire société. Mais comment ne pas relever le paradoxe lorsque ce même camp politique a défendu hier les groupes de niveaux, dispositif qui risquait précisément de renforcer la séparation entre les élèves ?

L’École ne peut pas être à la fois sommée d’unir et organisée pour trier. L’égalité républicaine ne se construit pas en séparant davantage les élèves, mais en donnant à chacun les moyens de progresser au sein d’une École réellement inclusive.

Une cérémonie pour les « Morts pour la France »

La transmission de l’histoire et le devoir de mémoire ont toute leur place à l’École. Mais alors que les personnels demandent prioritairement des moyens, de la reconnaissance, de la formation et du soutien face aux difficultés quotidiennes, faut-il faire de nouvelles cérémonies une priorité ?

Le patriotisme et la célébration de la mort sont-ils vraiment les réponses aux défis que rencontre aujourd’hui l’École ?

Nous pensons que l’urgence est ailleurs : donner aux jeunes les moyens de comprendre le monde, de développer leur esprit critique, de construire leur avenir et de vivre ensemble.

Instruire, protéger, unir : oui. Mais cela ne se fera pas avec des slogans. Cela nécessite de faire confiance aux personnels, de les soutenir et de leur donner enfin les moyens d’exercer pleinement leurs missions.

À l’UNSA Éducation, nous continuerons à le rappeler : une École qui veut protéger et faire réussir ses élèves doit commencer par respecter et protéger celles et ceux qui la font vivre.