Rentrée scolaire : derrière les mots du ministre, la réalité des personnels
« Ne jamais baisser la garde sur l’exigence »
Fallait-il vraiment rappeler aux personnels leur devoir d’exigence ? Le ministre doute-t-il à ce point du sérieux et de l’engagement des enseignants ?
Depuis des années, les personnels font face à des classes plus chargées, plus hétérogènes, à l’augmentation des besoins éducatifs particuliers, à des situations sociales et scolaires toujours plus complexes. Ils adaptent leurs pratiques, innovent, se forment et tiennent l’École à bout de bras, souvent avec des moyens insuffisants.
L’exigence ne se décrète pas depuis un bureau : elle se construit avec des personnels formés, accompagnés et suffisamment nombreux. À force de demander toujours plus sans donner davantage de moyens, les gouvernements successifs ont surtout fragilisé les conditions permettant aux enseignants d’exercer cette exigence, pourtant toujours intacte.
« Protéger »
Le ministre parle de protéger les élèves. C’est évidemment indispensable. Mais qui protège les personnels ?
Qui protège les enseignants, les CPE, les AESH, les chefs d’établissements et tous les agents confrontés aux violences de certains élèves ou de certaines familles ? Qui protège celles et ceux qui, lorsqu’ils rencontrent des difficultés, se retrouvent parfois seuls face à une institution qui leur demande toujours davantage d’adaptation, sans formation suffisante, sans moyens et sans accompagnement ?
Et qui protège les personnels lorsqu’ils deviennent les boucs émissaires d’une société traversée par de profondes fractures, alors que l’École accueille et absorbe une grande partie des difficultés sociales ?
Protéger l’École, c’est aussi protéger celles et ceux qui la font vivre. Le soutien aux personnels ne peut pas rester une déclaration de principe.
« Unir »
L’École doit effectivement rassembler et faire société. Mais comment ne pas relever le paradoxe lorsque ce même camp politique a défendu hier les groupes de niveaux, dispositif qui risquait précisément de renforcer la séparation entre les élèves ?
L’École ne peut pas être à la fois sommée d’unir et organisée pour trier. L’égalité républicaine ne se construit pas en séparant davantage les élèves, mais en donnant à chacun les moyens de progresser au sein d’une École réellement inclusive.
Une cérémonie pour les « Morts pour la France »
La transmission de l’histoire et le devoir de mémoire ont toute leur place à l’École. Mais alors que les personnels demandent prioritairement des moyens, de la reconnaissance, de la formation et du soutien face aux difficultés quotidiennes, faut-il faire de nouvelles cérémonies une priorité ?
Le patriotisme et la célébration de la mort sont-ils vraiment les réponses aux défis que rencontre aujourd’hui l’École ?
Nous pensons que l’urgence est ailleurs : donner aux jeunes les moyens de comprendre le monde, de développer leur esprit critique, de construire leur avenir et de vivre ensemble.
Instruire, protéger, unir : oui. Mais cela ne se fera pas avec des slogans. Cela nécessite de faire confiance aux personnels, de les soutenir et de leur donner enfin les moyens d’exercer pleinement leurs missions.
À l’UNSA Éducation, nous continuerons à le rappeler : une École qui veut protéger et faire réussir ses élèves doit commencer par respecter et protéger celles et ceux qui la font vivre.
