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Cancer du sein : soigner sans sacrifier sa carrière

Le cancer du sein est une question de santé publique. C’est aussi une question de santé au travail, d’égalité professionnelle et de maintien dans l’emploi. Chaque année en France, 61 214 femmes reçoivent ce diagnostic, parmi elles, des milliers d’enseignantes, CPE, AESH, personnels administratifs. A l’UNSA Éducation, nous refusons que des collègues se battent seules contre la maladie ET contre l’institution. Notre fédération s'engage dans le cadre de la campagne annuelle "Octobre rose".

Santé au travail, égalité professionnelle et maintien dans l’emploi

Les chiffres à retenir

  • 61 214 nouveaux cas de cancer du sein en France en 2023, 12 765 décès
  • 70 % des agent-es de l’Éducation nationale sont des femmes
  • 1 femme sur 8 développera un cancer du sein au cours de sa vie
  • 45,7 % de participation au dépistage organisé sur 2024-2025, en baisse par rapport à 2022-2023 (46,6%)

Un risque qui nous concerne toutes et tous

Dans l’Éducation nationale, où les femmes représentent plus de 70 % des effectifs, cette maladie n’est pas une abstraction. L’âge moyen de diagnostic, 60 ans, correspond à une période où beaucoup d’entre nous sont encore en pleine activité professionnelle, et le report de l’âge de la retraite ne fera qu’aggraver cette réalité.

Certaines conditions de travail propres à nos métiers peuvent aggraver les facteurs de risque : le stress chronique lié à la charge mentale des classes et aux réformes à répétition, la sédentarité devant les écrans et en réunion, ou l’exposition à des perturbateurs endocriniens (produits d’entretien, matériel scolaire) dont les effets à long terme rentent mal connus.

Une maladie qui ne s’arrête pas à la fin des traitements

Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie : les traitements peuvent être longs et leurs conséquences se prolonger bien après la période des soins les plus lourds. Fatigue chronique, douleurs, troubles du sommeil, « chemobrain » (troubles de mémoire et de concentration), rendez-vous médicaux réguliers ou effets secondaires peuvent modifier durablement les conditions d’exercice d’une agente.

La reprise du travail ne peut donc pas être réduite à une date inscrite sur un arrêté. Reprendre, c’est parfois retrouver progressivement ses capacités, son rythme et ses repères professionnelles, ce qui peut nécessiter une adaptation des horaires, du poste, des déplacements ou de l’organisation du travail.

Les effets visibles du cancer au travail

  • 60 % des agentes déclarent une baisse de productivité
  • 40 % subissent un isolement ou une forme de stigmatisation
  • 1 contractuelle sur 3 craint un non-renouvellement de contrat

Beaucoup reviennent pourtant trop tôt : par peur de perdre leur poste, par culpabilité envers leurs collègues, ou parce qu’on leur laisse entendre que « l’Éducation nationale a besoin d’elles ». Travailler malade, c’est s’exposer au burn-out, à la dépression ou à des erreurs professionnelles. L’objectif n’est pas de placer l’agente dans une situation privilégiée : il est de lui permettre d’exercer son activité dans des conditions compatibles avec son état de santé.

Cancer et carrière : quand la maladie devient un frein

Le maintien dans l’emploi ne peut pas se limiter au maintien physique sur un poste : la question est aussi celle de l’avenir professionnel. Une maladie grave peut fragiliser une trajectoire : interruption de l’activité, difficultés à reprendre le même rythme, renoncement à certaines missions, mobilité différée, formation interrompue, responsabilités qui ne sont plus proposées.

Témoignage — Sophie, 55 ans, ancienne CPE

« J’étais en lice pour un poste de directrice d’école. Après mon cancer, on m’a dit que je n’avais plus le profil’. Aujourd’hui, je suis en bibliothèque. J’ai perdu 20% de mon salaire, mais au moins, je suis en vie. Mais je ne peux m’empêcher de me demander : et si j’avais été un homme ? »

Ces situations ne sont pas nécessairement constitutives d’une discrimination. Mais elles doivent être regardées avec attention : le Code général de la fonction publique interdit les distinctions directes ou indirectes entre agents publics fondées notamment sur leur état de santé (article L.131-1). Adapter le travail ne signifie pas déqualifier le travail.

Un enjeu d’égalité professionnelle

Le cancer du sein touche très majoritairement des femmes. Sa prise en compte dans le monde professionnel constitue donc aussi un enjeu d’égalité entre les femmes et les hommes, un sujet que nous portons plus largement dans nos autres articles sur la santé des femmes au travail.

L’égalité professionnelle ne s’arrête pas lorsque survient la maladie. Une agente doit pouvoir continuer, lorsqu’elle en a les capacités et qu’elle le souhaite, à accéder à la formation, préparer un concours, exercer des responsabilités, participer à des projets, demander une mobilité, bénéficier d’une promotion, construire son parcours professionnel.

Des droits qui existent – encore mal connus

Heureusement, des dispositifs existent pour protéger les agent-es. Mais les connaître, et surtout les obtenir relève souvent du parcours du combattant. Voici les principaux dispositifs disponibles :

Dispositif Ce qu’il permet
Congé maladie ordinaire 3 mois à 90% du traitement, puis 9 mois à demi-traitement (50%)
Congé de longue maladie (CLM) — titulaires Jusqu’à 3 ans : 1 an à plein traitement puis 2 ans à demi-traitement
Congé de longue durée (CLD) — titulaires Jusqu’à 5 ans par affection : 3 ans à plein traitement puis 2 ans à demi-traitement. Le cancer figure dans les 5 groupes d’affections ouvrant ce droit
Congé de grave maladie (CGM) — contractuel-les Jusqu’à 3 ans : 1 an à plein traitement puis 2 ans à demi-traitement
Temps partiel thérapeutique (TPT) Mi-temps minimum, traitement intégral conservé, jusqu’à 1 an
Temps partiel de droit 50% à 80% du temps, sans perte de droits à la retraite
RQTH Aménagement de poste, accès prioritaire à la mobilité
Allocation temporaire d’invalidité (ATI) Complément de revenu si inaptitude > 6 mois

 

Le TPT n’est qu’un des outils disponibles. Selon les situations, une adaptation des conditions de travail (horaires, déplacements, équipements) peut aussi être nécessaire. Le dispositif doit être adapté à la situation de l’agent, et non l’inverse.

La médecine de prévention : un acteur essentiel

La médecine du travail ou de prévention occupe une place centrale. Son rôle n’est pas de contrôler la maladie : il intervient pour prévenir les atteintes à la santé liées au travail et permettre à l’agent d’exercer son activité dans des conditions adaptées.

Dans la fonction publique de l’État, l’agent peut demander une visite auprès du médecin du travail sans que l’administration ait à en connaître le motif, une garantie essentielle pour pouvoir demander de l’aide avant que la situation professionnelle ne se dégrade. Or, les difficultés d’accès à la médecine de prévention constituent encore un obstacle réel à l’effectivité de ces droits.

Confidentialité : la maladie n’a pas à devenir publique

On peut avoir besoin d’un aménagement sans avoir à raconter sa maladie. Le diagnostic et les informations médicales relèvent du secret médical.

L’employeur doit connaître les conséquences professionnelles nécessaires à l’organisation du travail, mais l’agente n’a pas à exposer à sa hiérarchie le détail de son diagnostic, de ses traitements ou de ses examens. Les encadrants doivent être formés à accueillir une demande d’aménagement, respecter cette confidentialité, et éviter toute pression pour obtenir des informations médicales non nécessaires.

Ne pas faire porter à l’agente la désorganisation du service

Une absence pour maladie grave peut avoir des conséquences sur un établissement ou un service. Mais l’agente malade ne doit pas porter la responsabilité de cette désorganisation : l’organisation du remplacement et la répartition de la charge de travail relèvent de l’employeur, pas de la solidarité forcée des collègues. C’est aussi une question de santé au travail pour l’ensemble du collectif.

Après la reprise : ne pas disparaître des radars

Le retour au travail ne doit pas être considéré comme la fin de l’accompagnement. Il faut rester attentif aux situations où, sous couvert d’une adaptation, une agente serait durablement écartée d’une responsabilité, d’un projet, d’une formation, d’une mobilité, d’une promotion ou d’une évolution professionnelle. Lorsque l’état de santé devient le motif, explicite ou indirect, d’une décision défavorable, la situation doit pouvoir être questionnée car potentiellement discriminatoire.

Pour l’institution : vers une Education nationale plus humaine

A l’UNSA Éducation, nous demandons :

  • La garantie d’un accès effectif et rapide à la médecine de prévention pour permettre de préparer la reprise suffisamment tôt avec les professionnels de santé,
  • Des campagnes de dépistage ciblées :

– Mammographie mobiles dans les rectorats

– Ateliers de sensibilisation toute l’année

  • Garantir la confidentialité et former les encadrants à la gestion des maladies grave,
  • Mettre en œuvre les préconisations médicales d’une part et d’autre part, dans des délais compatibles avec la santé,
  • Développer une véritable politique de maintien dans l’emploi,
  • Préserver les collectifs de travail par une organisation du remplacement adaptées,
  • Sécuriser les parcours : la maladie ne doit pas freiner l’accès à la formation, au concours, à la mobilité et à la promotion,
  • Simplifier et dématérialiser les demandes de temps partiel et de RQTH,
  • Renforcer les droits des contractuel-les face à la précarité liée à la maladie,
  • Faire de la santé au travail un sujet permanent, pas seulement d’Octobre rose

Agir ensemble

Si vous êtes concerné-e, vous n’êtes pas seul-e. Vous pouvez vous informer auprès des services sociaux de votre académie ou d’associations comme Rose Up ou la Ligue contre le cancer, anticiper les aménagements en sollicitant un médecin de prévention, ou vous faire accompagner par l’UNSA Éducation pour monter vos dossiers ou négocier avec votre hiérarchie.

Numéros utiles

  • Cancer Info Service : 0 805 123 124 (gratuit)
  • Numéro vert Éducation nationale : 0 800 22 44 66 (soutien psychologique)

Le cancer du sein est d’abord une épreuve médicale et personnelle. Mais ses conséquences professionnelles ne doivent pas être renvoyées à la seule responsabilité de la personne malade. L’employeur public a une responsabilité dans l’organisation du travail, la prévention, l’accompagnement des reprises et le maintien dans l’emploi.

Maintenir dans l’emploi, c’est aussi permettre de rester actrice de sa carrière. Une maladie peut interrompre temporairement une activité professionnelle. Elle ne doit pas décider de l’avenir professionnel.

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