Groupes Attal au collège : la démagogie engendre le désordre et l’inefficacité
Le principal enseignement de ce rapport de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp).
“Aucune des organisations pédagogiques retenues (groupes hétérogènes ou regroupements fondés sur le profil scolaire des élèves) n’a eu d’effet statistiquement significatif sur les performances moyennes à l’entrée en 4e”.
Bien entendu, le rapport note que les enseignants qui ont pu bénéficier de groupes réduits, ont trouvé cela favorable pour gérer l’hétérogénéité. Et les autres ? Bien sûr que les conditions d’apprentissages ont pu s’en trouver améliorées localement en français et mathématiques pour ces élèves. Et les autres ? Des progressions pédagogiques communes ont pu émerger en français, là où elles n’existaient pas encore, mais ont étrangement disparues à d’autres endroits, particulièrement en mathématiques.
Il n’en reste pas moins que le manque de moyens alloués empêchait de créer des groupes réduits en nombre suffisant, qui ne concernaient, de fait, qu’une petite fraction des élèves en grande difficulté scolaire : effet d’annonce et hypocrisie dénoncés par l’UNSA Éducation depuis l’origine.
Il n’en reste pas moins que le manque de flexibilité dans la composition des groupes et leur évolution dans le temps revient à trier et assigner des élèves autant qu’il fait perdre en efficacité au dispositif : stigmatisation et creusement des inégalités dénoncés par l’UNSA Éducation depuis l’origine.
Par ailleurs, de nombreuses initiatives locales ont dû être abandonnées par siphonnage des moyens ; les projets interdisciplinaires, les groupes réduits dans les autres disciplines ont été sacrifiés : démotivation et sentiment de mépris dénoncés par l’UNSA Éducation depuis l’origine.
De la même manière, les groupes ont impacté négativement le rôle des professeurs principaux, le suivi des élèves en conseil de classe : désorganisation des collèges dénoncée par l’UNSA Éducation depuis l’origine.
Des modalités organisationnelles très diverses qui restent largement à évaluer.
Le cadre réglementaire très rigide, prévu à l’origine, a été allégé devant le tollé et la persévérance des organisations syndicales, au premier rang desquelles l’UNSA Education. Ces marges de manœuvre, même limitées, ont permis une appropriation locale de la réforme : regroupement d’élèves de niveaux homogènes ou hétérogènes ; réduction des effectifs dans les groupes ; ciblée ou non sur les élèves les plus en difficulté ; retours en classe de référence ; réallocations d’élèves entre les groupes en cours d’année.
Si toutes les situations existent, il y a malgré tout de grandes tendances qui se dégagent :
- Près de 9 collèges sur 10 ont eu recours à la réduction des effectifs. Ce qui en fait le levier le plus utilisé pour mettre en place ces groupes.
- La plupart des dispositifs n’ont pas permis une véritable réallocation d’élèves d’un groupe à un autre (un élève affecté dans un groupe avait toutes les chances d’y rester toute l’année). Seule une constitution des groupes par “compétences” permet de limiter ce phénomène, sans le faire disparaître.
- Certains établissements ont mis en place de véritables “classes de niveau” figées sur l’année et, la plupart du temps, sans différencier mathématiques et français. Ailleurs, les groupes d’élèves étaient différents entre mathématiques et français.
Une réforme précipitée, mal encadrée scientifiquement en amont.
Ce qui est assez frappant à la lecture de ce rapport, c’est l’impréparation de l’évaluation de la réforme. C’est la commande politique, en l’occurrence le fait du prince, qui a, sur un trait de plume, décidé de l’avenir de l’ensemble des collèges français. Aucune expérimentation ou concertation préalable. Aucune étude d’impact. Or, pour mesurer les effets d’une action, il est préférable de mettre en place un protocole expérimental, comprenant des groupes de contrôle ou groupe témoin.
La DEPP, mise devant le fait accompli d’une mesure générale sans expérimentation, est obligée d’user de méthodes alternatives et plus complexes, pour tenter d’évaluer à posteriori les effets des groupes. Au final, des incertitudes et aucun lien de cause à effet significatif. Elle continue néanmoins son travail sur les données recueillies et annonce d’autres études à venir.
Qu’en pensent nos collègues ? Les enseignements du baromètre UNSA Education
À propos des réformes des dix dernières années :
- 65 % considèrent qu’elles ne correspondent pas aux besoins du terrain ;
- 20 % considèrent qu’il y en a eu trop ;
- 8 % les trouvent difficiles à mettre en œuvre ;
- 3 % difficiles à comprendre ;
- 1 % seulement estime qu’elles ont amélioré les choses.
La comparaison entre 65 % et 20 % est capitale. Si le problème principal était simplement la lassitude face à la réforme, « il y en a eu trop » arriverait en tête. Ce n’est pas le cas.
D’autres réponses confortent cette lecture : 46 % se sentent exposés à des consignes inadaptées et 86 % ne sont pas en accord avec les choix politiques concernant leur secteur professionnel.
L’UNSA Education pointe, une fois de plus, les conséquences prévisibles et prévues, de mesures démagogiques, prises contre l’avis de l’ensemble des professionnels, qui n’ont eu pour effets significatifs que de déstabiliser les collèges et d’accentuer la perte du sens de nos métiers.
Pour aller plus loin sur le sujet :
Groupes Attal : le coup de grâce porté par l’inspection générale

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