[Bordeaux] Quand l’École oublie de prendre soin de ceux qui la font vivre

En 2025, la santé mentale est déclarée grande cause nationale. Mais derrière cet affichage, les personnels de l'Éducation nationale — enseignants, AESH, agents administratifs, personnels de santé et de vie scolaire — continuent de s'épuiser dans un silence institutionnel assourdissant. Les chiffres du baromètre académique sont sans appel : 45 % en situation de souffrance au travail, 53 % sous un stress jugé insupportable, 43 % victimes d'agressions. L'UNSA Éducation tire la sonnette d'alarme : on ne peut pas demander aux personnels de porter le bien-être des élèves quand l'institution elle-même les place dans des conditions pathogènes.

Les chiffres de nos baromètres — Rectorat et UNSA Éducation — ne sont plus de simples statistiques. Ils sont le pouls d’une profession à bout de souffle. Le constat de cette souffrance est documenté par une explosion des risques psychosociaux (RPS).

53 % des personnels estiment leur niveau de stress « trop lourd » et la surcharge de travail est jugée excessive par plus d’un agent sur deux. Localement, le baromètre académique révèle que 45,3 % des agents déclarent avoir été en situation de souffrance au travail cette année. 43 % des répondants ont subi des agressions physiques ou verbales, une situation particulièrement critique dans le premier degré et pour les personnels de vie scolaire. Enfin, 74 % des agents — et jusqu’à 88 % des directeurs d’école — se sentent obligés de consulter leur messagerie hors temps de service, rendant le droit à la déconnexion totalement inexistant.

 

Une incohérence institutionnelle majeure

Le ministère déploie une feuille de route sur les compétences psychosociales (CPS) pour les élèves, visant leur bien-être et leur réussite. On demande ainsi aux enseignants de devenir les vecteurs de l’empathie et de la gestion émotionnelle. On demande aux personnels de santé et sociaux de porter cette stratégie CPS alors qu’ils sont eux-mêmes en sous-effectifs chroniques et mal rémunérés. On demande aux enseignants et aux AESH de porter une inclusion scolaire sans évaluation des conséquences, générant une souffrance partagée entre l’élève et l’adulte. On demande aux agents des services administratifs, sous-dotés, de gérer toute notre organisation à travers le seul prisme de la performance, au détriment de leur équilibre vie privée-vie professionnelle et de toute forme de reconnaissance.

Comment l’institution peut-elle exiger des personnels qu’ils enseignent le bien-être alors qu’elle les place elle-même dans des conditions pathogènes ?

 

Un désengagement massif qui menace l’école publique

Cette absence de cap produit des effets dévastateurs : 67 % des personnels estiment manquer de reconnaissance et de respect. 37 % souhaitent quitter l’Éducation nationale pour une autre fonction publique, et 25 % envisagent de rejoindre le secteur privé. Ce rejet de la méthode et de la vision politique de l’institution est un signal d’alarme pour l’avenir.

L’école publique est le ciment de la démocratie. Si ce ciment se fissure parce que ses artisans — tous les personnels — s’effondrent, c’est toute la formation de la société de demain qui se fragilise. On ne forme pas les citoyens de 2037 avec des personnels épuisés, méprisés et instrumentalisés par une logique de gestion purement comptable, dont le seul indicateur à l’horizon 2035 est la baisse des effectifs.

 

Ce que nous exigeons

L’UNSA Éducation ne se contentera plus de mesures de prévention tertiaire : cellules d’écoute, guides sur l’alerte suicidaire intervenant une fois le mal fait, pôles ressource, redéfinition des organisations de services pour faire toujours plus avec toujours moins.

Nous exigeons une politique de prévention primaire agissant sur l’organisation même du travail, incluant la mise à jour réelle des Documents Uniques d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) et des programmes annuels de prévention.

Tant que l’institution n’engagera pas une politique ambitieuse à la hauteur de la souffrance documentée, elle restera comptable de la dégradation de la santé de ses agents et de l’affaiblissement du service public d’éducation.

contact : bordeaux@unsa-education.org