Crise lycéenne, crise de l’École : une gestion politique et un dialogue social défaillants
Des lycéens qui réclament de meilleures conditions d’études. Des personnels qui alertent, se mobilisent et parfois tiennent les établissements à bout de bras. Et un pouvoir qui semble découvrir, dans l’urgence, des difficultés dénoncées depuis des années. Cette crise révèle autant l’état de notre École qu’une (triste) manière de gouverner.
Écrivons-le sans ambiguïté : les violences contre les personnes et les biens sont inacceptables. L’UNSA Éducation l’a affirmé dès le début de la mobilisation : entendre la colère et assurer la sécurité sont deux exigences indissociables. En cela, l’État a failli, c’est une évidence.
Le mépris : une habitude face aux revendications légitimes
Habitué à ignorer les revendications de ses agents, l’État a naturellement méprisé celles des élèves, et tenté d’assimiler leur contestation à des violences urbaines (ce qu’elle n’était pas, à la différence du 17 octobre). Faute de crédit politique, la tenue de quelques réunions, de vagues promesses et un énième dispositif de consultation ont échoué à désamorcer le mouvement. Le 26 octobre a vu des annonces plus concrètes, dont il n’est pas certain qu’elles suffisent à apaiser les mécontentements.
Car derrière cette crise, c’est bien le bilan éducatif de 10 ans de « Macronie » qui est en cause. Le focus mis sur les conditions d’apprentissage dégradées des lycéens et leurs inquiétudes, légitimes et partagées par les équipes éducatives, met en lumière la crise profonde dans laquelle se trouve notre École. Résultats PISA, creusement des inégalités, manque d’enseignants, inadaptation ou vétusté des locaux, mal-être des élèves, précarisation et surmenage des personnels… la liste des problèmes est bien longue et l’UNSA n’a cessé d’alerter sur la gravité d’une situation que le gouvernement feint de découvrir.
Ce qui éclate aujourd’hui dans la rue se disait depuis longtemps dans les établissements, les services et les instances. Encore fallait-il écouter. Il est navrant de constater que l’actualité donne raison à ceux qui affirment que le « pouvoir de nuisance » est le seul moyen de se faire entendre.
Une démocratie affaiblie ouvre la voie aux violences, la faute à qui ?
Le gouvernement a bien entendu dénoncé les violences, de manière pour le moins sélective, malheureusement. Face à l’urgence, il a ensuite martelé que la sécurité était la priorité, que la désorganisation n’était pas acceptable, n’hésitant pas à réduire certains droits démocratiques et libertés : tout a été fait pour limiter le nombre de manifestations, pour dissuader les citoyens d’y participer, y compris en invoquant une catégorie de citoyens seuls « légitimes » à le faire. Spectacle d’une démocratie bien abîmée. Mais à qui la faute ?
Le président et ses gouvernements n’ont eu de cesse, pendant 10 ans, de tenter d’affaiblir les organisations syndicales, d’ignorer les manifestations massives comme les millions de signatures de pétition, de mépriser les sondages d’opinion. Ils ont torpillé et dévoyé la démocratie participative en faisant peu de cas de leurs propres consultations (Grand débat et les cahiers de doléances, Convention citoyenne pour le climat, CNR Éducation, Convention sur les temps de l’enfant, remarques des enseignants sur les programmes…). Hier encore, le président fustigeait les réseaux sociaux mais donnait la primeur de ses annonces à des influenceurs « choisis » plutôt qu’aux représentants (élus) des organisations lycéennes.
Le problème n’est pas l’absence ou la fragilité d’organes d’expression ou de canalisation des revendications et des mécontentements. Le problème est que, depuis des années, leur parole se heurte à un pouvoir qui ne souhaite pas entendre. Du moins, tant qu’elle est portée dans le calme. Dès lors, comment s’étonner aujourd’hui de la vivacité de la colère et de la radicalisation de son expression ?
Quand on se refuse à considérer les corps intermédiaires et à tenir compte des vecteurs et médiateurs de l’expression démocratique, la colère, les débordements et les violences, toujours inexcusables, deviennent à terme inévitables.
Le 5 novembre, donnons davantage de voix à nos exigences
Pour l’UNSA Éducation, la réponse passe par la protection des personnels et des élèves, la reconnaissance des revendications et un investissement durable dans l’École. Elle passe aussi par un dialogue social qui engage réellement ceux qui gouvernent. Les lycéens, mais aussi les collégiens et les écoliers, ont droit à des changements concrets. Le temps est venu d’une reconnaissance véritable des personnels, lesquels s’épuisent depuis des années à tenter de compenser, par leur engagement, toutes les insuffisances du système. Notre École tient grâce à eux. Leur dévouement ne constitue pas une politique éducative.
La crise de l’École rejoint une colère plus large : des rémunérations insuffisantes, des services publics fragilisés et le sentiment que les efforts sont toujours demandés aux mêmes.
La mobilisation interprofessionnelle du jeudi 5 novembre doit permettre de porter ensemble des exigences concrètes : augmenter les salaires et les pensions, renforcer les services publics et obtenir davantage de justice fiscale, sociale et environnementale. L’UNSA appelle à une participation massive et pacifique à cette journée.
Dans les établissements et les services, préparons cette mobilisation avec nos collègues. Faisons de la grève et des manifestations un moyen de rendre nos exigences incontournables.
Le 5 novembre, mobilisons-nous ensemble. Nos alertes sont connues. Nous attendons des actes.
Caen, le 27/10/2026
Mathieu DEFORGE – SR Normandie de l’UNSA-Éducation
