Analyses et décryptages

Une loi d’orientation agricole encore loin du compte

La loi d’orientation pour la souveraineté agricole et le renouvellement des générations en agriculture (LOA) nous interpelle en tant que citoyen.nes et acteur.rices de l’éducation. L’UNSA Education porte dans sa résolution générale, votée lors de notre dernier congrès à Nantes, des revendications visant à améliorer et défendre un accès à une alimentation saine produite dans le respect des principes du développement durable. Regardons donc de plus près si cette LOA dans ses objectifs généraux, débattue à l’assemblée nationale, est conforme à nos attentes.

Le projet syndical de l’UNSA Education vise « la nécessaire et urgente transformation écologique pour un mode plus juste et solidaire mettant l’humain, le vivant et son environnement au cœur ».

La LOA affiche, quant à elle, deux défis prioritaires. Le premier porte sur le renouvellement des générations d’agriculteur.rices, le second sur les transitions agroécologiques et climatiques. A priori, sur les intentions, l’UNSA Education ne peut donc qu’y être favorable.

Or, au niveau stratégique, nous constatons que de nombreuses orientations ne sont pas à la hauteur du défi environnemental, comme en témoignent deux exemples marquants.

Le premier porte sur la question de la gestion de l’eau ; ce sujet est emblématique du manque de réponse aux attentes sociétales. Ce bien commun, ne fera pas l’objet d’un débat qui aurait pu impliquer l’ensemble des citoyen·nes, des élu·es et des professionnel·les. Son accaparement par certain·es agriculteur.rices, accentué par des procédures facilitatrices, maintiendra des cultures gourmandes en eau, et copieusement traitées chimiquement, ceci en opposition avec le défi affiché de transition agroécologique

Seconde décision néfaste : la LOA refuse le remplacement des molécules chimiques utilisées dans les traitements des cultures s’il n’y a pas d’alternative acceptée par les producteurs conventionnels. Ainsi les néonicotinoïdes « tueuses d’abeilles » sont utilisées sur les champs de betteraves. La LOA aurait pu passer outre le lobbying de ces producteur.rices et inciter d’autres formes de technique de production en accord avec l’agroécologie.

Sur la question de la transmission des exploitations, il est pour nous une évidence que la souveraineté alimentaire ne peut se faire sans agriculteur.rices formé.es pouvant vivre dignement de leur travail. Or, la question des revenus est prépondérante du fait de fortes disparités ; ce sont 16 % des ménages agricoles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté (1,5 point de plus que les ménages en France). Et dans ce contexte, orienter les jeunes vers les métiers de l’agriculture s’avère complexe, et ne facilite pas leur accompagnement.  La nouvelle loi crée un programme national d’orientation et de découverte (PNOD) des métiers avec l’objectif de permettre à chaque jeune et à tou.tes les citoyen.nes de découvrir les métiers du vivant et les formations qui y préparent. Mais elle ne dit rien des perspectives d’avenir d’une agriculture en mutation où des jeunes professionnel.les auront du mal à se projeter positivement.

Aussi, l’UNSA Education défend « un service d’orientation gratuit et neutre pour accompagner les familles, en intégrant la connaissance de soi, une réflexion sur les évolutions sociétales… pour aider dans les choix » à la condition de « poursuivre la réflexion sur un revenu de base destiné à lutter contre la pauvreté et réduire les inégalités ».

Pour l’UNSA Éducation et son Syndicat de l’Enseignement Agricole, certes, la LOA affiche de bonnes intentions quant aux défis majeurs que sont le renouvellement des générations et les transitions agroécologiques, mais les pressions de certains lobbys, importants au sein d’un paysage agricole français sous tension, ne lui permettent pas de déployer pleinement une réponse adaptée et plus volontaire aux changements environnementaux et offrir ainsi de réelles perspectives économiques d’avenir aux actif.ves agricoles présent.es et futur.es.

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