Déclaration liminaire – CTMEN du 07 décembre 2020

Madame la Présidente,

Monsieur le Directeur général des ressources humaines,

Garantir l’amélioration du fonctionnement de notre système éducatif, c’est sans doute la nécessité de se départir d’une méthode où le pragmatisme affiché dissimule bien mal des choix qui sont a contrario tout à fait dogmatiques. Ainsi, les ateliers incubateurs du Grenelle illustrent davantage l’illusion d’efficacité d’un modèle issu de l’entreprise qu’une lucidité sur les complexités contemporaines dans lesquelles s’inscrit le monde de l’Éducation.

Repenser, projeter sont des caractéristiques essentielles de nos sociétés démocratiques à qui il appartient de donner sens à l’action quotidienne de nos sociétés, des femmes et des hommes qui la composent. Bien sûr, les constats sont nécessaires. Néanmoins quand ils sont connus, partagés, à quoi bon les ressasser quand il s’agit de construire les réponses nécessaires déjà identifiées. Ces réponses ont deux inconvénients majeurs : elles coûtent cher et elles demandent d’avoir le courage de regarder en face la réalité d’une profession en souffrance et d’une partie importante de nos élèves qui, à l’issue de leur parcours scolaire, payent comptant leur origine sociale.

Entendre ce n’est pas écouter ; ne pas se montrer attentif à cette irruptivité du monde de l’Éducation, ne pas voir cette nécessité de sérénité et de stabilité, c’est faire violence au corps social et à tous les professionnels de l’Education qui le composent.

Nier la réalité des spécificités de notre système éducatif en pensant qu’il est possible d’importer les modalités de gestion de l’entreprise dans une Institution pour la faire fonctionner avec plus d’efficacité, c’est un leurre. La réalité de notre système, ce n’est pas de management plaqué dont elle a besoin, c’est du respect de la spécificité de ce qu’est une Institution. Si elle institue au quotidien, c’est par l’inventivité des personnels qui chaque jour, à chaque instant, réfléchissent, adaptent leurs enseignements à leurs élèves afin qu’ils progressent. La réalité de notre système éducatif, ce sont des personnels administratifs qui doivent gérer trois fois plus d’agents que partout ailleurs dans l’administration. Ce sont des personnels d’encadrement qui tentent de donner sens à des instructions successives et souvent contradictoires. Ce sont des personnels médicaux-sociaux, sollicités, mobilisés tous azimuts avec des missions primordiales mais des conditions d’exercice dégradées pour les mettre en œuvre.

Équité, c’est bien de cela qu’il s’agit tant pour nos personnels qui nous disent chaque jour combien ils ressentent l’injustice d’une reconnaissance en actes insuffisante, que pour nos élèves et leur famille qui savent bien que la promesse républicaine n’est pas pleinement tenue.

La Laïcité qui est centrale pour l’UNSA Éducation est chaque jour menacée par ceux qui veulent affaiblir notre système républicain et qui s’engouffrent dans les failles d’un système éducatif où la formation des personnels est insuffisante et l’accompagnement ou la réactivité souvent défaillants.

Lutter contre les inégalités des conditions d’accès aux savoirs et à la culture doit être le cap à tenir tout comme la reconnaissance d’un investissement de la Nation pour son avenir à la hauteur des enjeux contemporains, un investissement qui ne peut plus attendre.

Émanciper est bien cette finalité de l’École que porte consubstantiellement notre syndicalisme réformiste et que nous voulons voir se concrétiser sans plus attendre. Nous renouvelons l’expression de notre impatience à voir une loi de programmation être confirmée et réaffirmons que le Grenelle actuellement en cours ne saurait servir à court-circuiter les travaux de l’agenda social.

Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général des ressources humaines, je vous remercie de votre attention .

Intervention de Jean-Marc Boeuf pour l’UNSA Éducation