Les conséquences pédagogiques de la crise sanitaire sont multiples.il faut d’abord les identifier, puis chercher à les résorber : l’UNSA Éducation recense ici des conséquences identifiées par nos collègues du 1er et second degré, qui impactent les élèves, les familles, les équipes éducatives. Des constats et des propositions que l’UNSA Éducation a relayé à la Dgesco.


Mal être des enfants et des jeunes


Conséquences sur les élèves, en premier lieu, en tant que personnes, enfants et jeunes. Nombre d’entre eux subissent avec des degrés variés d’angoisse la crise sanitaire, les rendant bien peu disponibles pour apprendre. Ce qui se traduit par une sur-sollicitation des personnels de santé et sociaux, qui constatent une augmentation inquiétante des manifestations de mal-être : scarifications, anorexies mentales, dénonciation de violences intra-familiales. Ces mêmes personnels déplorent leur mobilisation sur les tâches Covid au détriment de leur temps de présence dévolu aux élèves.


Le manque d’activité physique concoure également à renforcer ce mal être, la plupart des activités sportives péri-scolaires sont annulées, et l’éducation physique et sportive à l’école est bien perturbée : interdiction de pratique dans les gymnases et autres lieux clos, sur-occupation des cours et non-brassage des groupes qui ne permettent pas à toutes les classes d’une même école d’avoir un créneau quotidien. La sédentarité guette beaucoup plus d’enfants et de jeunes, avec tous les risques pour la santé qu’elle entraîne. Et enfin, conséquence sur leur avenir, leur projet d’orientation, car fragilisés dans leurs apprentissages, l’autocensure s’amplifie, et si cela ne vient pas d’eux, une tendance à la hausse des réorientations pourrait s’observer. Par exemple, des élèves de seconde, déjà identifiés comme faibles en 3ème, ont eu des difficultés à investir les apprentissages de seconde dans un lycée réorganisé en mode hybride. Que va-t-on leur proposer en juin ?


Travail en équipe perturbé


Le fonctionnement des écoles et EPLE et du travail en équipe est perturbé. Les équipes en école, en EPLE, ont beaucoup de difficultés à maintenir les temps de réunions nécessaires à la bonne marche du système. Toutes n’ont pas la même capacité à s’organiser en réunion numérique. Un repli sur soi est constaté de la part des professeurs, notamment du 1 er degré, repli sur sa classe, qui ne peut plus collaborer ou échanger avec les classes voisines. Arrêt des projets avec des partenaires, arrêt des sorties éducatives, arrêt des formations qui permettent aussi de rencontrer des collègues, arrêt des repas partagés en salle des profs. Les métiers deviennent davantage solitaires, et c’est à prendre en compte pour la qualité de vie au travail.


La fin d’année scolaire pour les classes à examens n’est pas vraiment stabilisée, les chefs d’établissements reçoivent des consignes d’organisation qui changent régulièrement. Nous demandons des dates limites anticipées pour sécuriser les personnels, les élèves et leurs familles sur la forme que pourraient prendre les épreuves. Si la date limite arbitrée est le délai de 15 jours permis par l’ordonnance, alors il fait clairement l’énoncer, et surtout annoncer en même temps l’alternative prévue. Pour le bac général et technologique, envisage-t-on un grand oral en visio ou l’annulation de ce grand oral ?


Prendre des mesures exceptionnelles en anticipant la rentrée 21
Enfin, si on se projette sur la prochaine rentrée scolaire, dont on ne peut encore évidemment dire comment elle s’organisera, il nous semble important de prendre en compte ces conséquences pédagogiques pour envisager des aménagements exceptionnels.


Aménagement sur les programmes, pour le lycée notamment, car il est unanimement reconnu par les professionnels que les programmes du lycée sont lourds, difficiles à boucler en temps normal. Cette fois, il est temps de les alléger pour accueillir et s’adapter aux élèves aux acquis fragiles qui auront connu l’hybridation de leur année antérieure. Et ce n’est pas du soutien en plus des cours dont on aura besoin car les choix politiques qui ont été faits sur le second degré (suppression de postes, HSE obligatoires) empêchent de trouver des professeurs volontaires, saturés de travail. Ces choix vont aussi pour la même raison de surcharge, mettre en péril le nécessaire travail collectif d’équipe. Enfin, ces choix entraînent un manque d’investissement qui se traduit par des hausses d’effectifs à contre-courant des besoins d’un suivi plus individualisé.


Aménagements des formations : comme l’an passé, nous demandons de revoir les priorités de formation. Plus que jamais, les plans math et français (développés au 1er degré) ne nous apparaissent pas prioritaires. Plus que jamais, les personnels ont besoin de se former sur les transformations imposées par la crise sanitaire de leurs gestes professionnels. Savoir gérer une hétérogénéité grandissante des niveaux des élèves, évaluer en contrôle continu, savoir mettre de la présence dans les cours à distance, en sont quelques exemples vifs.