Un glissement qui ne dit pas son nom…
La séquence récente autour de l’inspection en est l’illustration la plus nette. Après l’affaire Bétharram, l’État a enfin renforcé les contrôles dans le privé sous contrat. Mais au lieu de soutenir clairement celles et ceux qui exercent cette mission, le Secrétariat général de l’enseignement catholique a engagé une offensive publique contre les inspections et leurs méthodes. Dans le même temps, le ministre a publiquement mis l’accent sur des « problèmes de positionnement » de certains inspecteurs, renvoyant ainsi une part de la difficulté sur ceux qui contrôlent. Et c’est dans ce contexte qu’un syndicat du privé s’est félicité de l’ouverture annoncée de l’accès au concours d’IA-IPR aux enseignants du privé sous contrat.
D’autres signaux vont dans le même sens : la contestation de cadres nationaux pourtant obligatoires comme l’EVARS, ou encore des épisodes de dénigrement de l’école publique et de ses personnels qui fragilisent la confiance dans le service public au moment même où il devrait être soutenu. Une frontière claire distingue pourtant le service public d’État des établissements privés. L’effacer progressivement revient à confondre des modèles qui ne relèvent ni des mêmes obligations, ni des mêmes principes, ni de la même finalité. Défendre l’école publique ne consiste pas à opposer des personnes ou des parcours, mais à exiger un État clair sur ses principes, loyal dans le dialogue social et exigeant, voire intransigeant, avec tous ceux qui bénéficient de financements publics.
L’UNSA Éducation, qui s’exprimera également dans le cadre du CNAL, demande le retrait immédiat de cette mesure. Plus largement, si l’objectif affiché est de répondre aux difficultés de recrutement des corps d’inspection, alors la vraie question mérite d’être posée : l’enjeu n’est-il pas d’abord celui de l’attractivité du métier, de sa reconnaissance et de ses compétences, plutôt que l’élargissement artificiel des viviers ?
L’école publique mérite mieux que des glissements silencieux. À l’heure où les repères se brouillent, nous faisons un choix simple : tenir la ligne de l’école publique, laïque et exigeante, sans détour et sans renoncement.
