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Que sait-on du projet TED-i et ses robots de téléprésence ?
Que sait-on du projet TED-i et ses robots de téléprésence ?
Publié le 5 janvier 2022
TED-i, pour "Travailler Ensemble à Distance et en interaction" est un dispositif pour les élèves empêchés par des maladies somatiques, graves et de longue durée qui leur permet d'être présents dans leur établissement scolaire via un robot de téléprésence. Le 3 décembre dernier, le ministre a annoncé avec Brigitte Macron le déploiement de 4000 de ces robots sur tout le territoire qui devrait être effectif fin 2022. L'Unsa-Éducation a voulu en savoir plus sur ce projet dont l'annonce a paru soudaine aux acteurs de terrain. En effet, la généralisation des robots de téléprésence n’a absolument pas été évoquée dans le cadre des États généraux du numérique pour l’éducation.

Origines du projet

Contrairement à ce qui est indiqué sur le site du ministère, il ne s’agit pas d’une “première mondiale”, les robots de téléprésence ont commencé à être utilisés de façon expérimentale en Corée et aux États-Unis dès 1998 dans le champ éducatif. Ils arrivent France en 2013 en Auvergne-Rhône-Alpes où est née la première start-up française sur ce créneau, Awabot, qui a importé un robot américain pour développer cette activité. Nous avions dès 2014 évoqué la première expérimentation dans des lycées de l’académie de Lyon, suivie par l’IFé, sur notre site “École de demain”. En 2014, l’université de Pau et le SAPAD (Service d’assistance pédagogique à domicile) des Landes ont commencé à développer et étudier des usages pour les élèves empêchés.

Le principe

Le robot de téléprésence ne sert pas seulement à assister aux cours, comme le permettrait n’importe quel moyen classique de visio-conférence. En effet, la capacité de se mouvoir (se déplacer dans l’espace, tourner la tête) augmente très significativement les possibilités d’interaction et de participation, non seulement dans le cadre des apprentissages, mais aussi dans le lien avec les pairs. Le robot de téléprésence peut aller en récréation, bavarder pendant les déplacements, être présent à la cantine… Il permet à l’élève d’être présent dans son établissement en restant membre de son groupe de pairs.

Il apparaît évident que proposer cette possibilité aux élèves éloignés physiquement de l’école pour des raisons de longue maladie ou de handicap est quelque chose de fort intéressant et que vouloir le généraliser est une très bonne idée.

La réalité

Nous avons depuis 2013 du recul suite à des expérimentations accompagnées par des chercheurs, nous connaissons les conditions nécessaires, les écueils à éviter et les points d’attention sont identifiés : l’extension et la généralisation du dispositif est donc envisageable dans de bonnes conditions sauf que…

L’objectif central affiché est erroné

La confusion entre maintien du lien social et dispositif pédagogique est entretenue jusque dans le nom du projet. Or c’est bien le maintien du lien social avec les pairs qui est central et premier (sinon de la visio suffirait pour un coût bien moindre), ne pas être clair sur ce point donne une impression de gâchis d’argent public et/ou d’une simple opération gadget !

L’éparpillement sur 3 types de robots

TED-i prévoit l’utilisation de 3 robots différents : Beam, Buddy et Edmo.

Concernant le robot Beam d’Awabot, on a du recul et il existe des études, peut-être aurait-il fallu le déployer en priorité et tester les autres à petite échelle d’abord.

Le robot Buddy, conçu initialement pour des personnes âgées isolées, est petit, il doit être posé sur une table en classe ce qui retire une partie de l’intérêt de la mobilité. De plus, son aspect “mignon” risque de gêner l’effacement du robot au profit de l’élève et augmente le risque que le robot devienne une “mascotte”. Dans les documents du ministère il est précisé que “de par son apparence, il est principalement destiné aux élèves du 1er degré, de 5 à 11 ans” ce qui témoigne d’un point aveugle sur ce sujet, au moins dans la communication officielle.

Quant au robot Edmo, il est bon marché mais son équipement est low cost, sa caméra notamment donne une image de piètre qualité qui risque de rendre vaine toute tentative de lire ce qui est écrit sur un tableau. De plus, il ne peut pas se déplacer, juste orienter sa caméra, il est donc peu adapté pour les échanges informels entre pairs.

Le manque d’anticipation opérationnelle

Les conditions techniques nécessaires au déploiement massif de ces robots sont loin d’être partout réunies : il faut une connexion adaptée, un port wifi dédié ouvert… ce n’est pas toujours possible, notamment dans le 1er degré !

Il semblerait que seul le financement des robots ait été prévu, les volets formation et accompagnement, indispensables à la réussite du projet, ont été confiés à des personnels existants sans création de postes supplémentaires ou allègement d’autres missions. Même quand ils sont intéressés et volontaires, les collègues concernés nous ont confié avoir du mal à envisager sereinement cette surcharge de travail.

La prise en main technique des robots est loin de suffire ; la connaissance des freins et les accompagnements nécessaires des élèves, des familles, des équipes et des enseignants concernés est essentielle.
Il faut organiser la présence et la gestion du robot dans l’établissement : comment est-il connecté ? rechargé ? stocké ? transporté d’un endroit à un autre ? relancé s’il buggue ?… Il faut rassurer les enseignants qui, à juste titre, s’inquiètent de la présence d’une caméra dans leurs cours qui devient potentiellement visible par d’autres que l’enfant empêché (ses parents, des soignants…).
Le cours doit être adapté en termes de volume sonore, de traces écrites (certaines couleurs sur tableau blanc ne seront pas visibles…) et la téléprésence de l’élève ne dispense pas de la mise à disposition du travail par les moyens habituels (ENT…).
Il faut aussi prévoir des rôles remplis par des élèves volontaires pour gérer le robot (son transport, son positionnement…) en veillant à ce que ce ne soit pas pesant et qu’il n’y ait pas de phénomène de moqueries dommageable pour l’élève empêché.
Enfin la famille et l’élève doivent être accompagnés par le SAPAD dans la prise en main technique, l’organisation (temps de téléprésence possibles en fonction des soins, de la fatigabilité…) et le vécu de cette situation très particulière qui n’est pas évidente.
Il y a par exemple la question délicate du choix de l’enfant de montrer ou non son visage, il peut y avoir des étapes en fonction de son état physique et de son ressenti (avatar, photo, vidéo en direct). Il nous a été rapporté que dans le cadre de TED-i il y aurait eu la consigne d’une interdiction absolue que le visage de l’enfant soit visible ce qui désincarnerait fortement le dispositif lui enlevant une grande partie de son intérêt et de la possibilité pour l’enfant concerné de travailler lui-même sur cet aspect.

En conclusion

Il ne faudrait pas que l’on aille vers un abandon rapide d’un projet aussi utile pour les élèves auxquels il est destiné, faute de réels moyens et d’une stratégie vraiment opérationnelle, progressive et prenant en compte tous les acteurs.
Nous espérons vivement, que TED-i permettra à terme, une réelle amélioration du vécu des élèves en longue maladie.

Pour aller plus loin :

 

Crédit image : Illustration issue de la présentation du projet sur le site du ministère

 

 

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