Analyses et décryptages

Pisa 2025 alerte sur les élèves lecteurs hâtifs et encourage la technologie au service de l’esprit critique

Parmi les enseignements du dernier Pisa figure celui d’un doublement des élèves dits « lecteurs hâtifs » entre 2028 et 2025. Les environnements numériques et l’usage grandissant de l’IA invitent à réfléchir sur les réponses pédagogiques à apporter pour endiguer le phénomène.

Pisa est d’abord un état des lieux chiffré ; en matière de lecture et de compréhension de ce qui est lu par ces mêmes élèves, les résultats sont effectivement en baisse. Ou plutôt il y a de plus en plus d’élèves qui s’avèrent être des lecteurs pressés, lecture hâtive qui entraîne des difficultés de compréhension et de discernement.

Réponses hâtives en hausse

En compréhension de l’écrit, le score moyen des pays de l’OCDE a baissé de 14 points d’un Pisa à l’autre, et de 18 points pour la France. Et la différence entre les filles et les garçons est notable : moins 32 points au détriment des garçons en France (- 30 points pour les pays de l’OCDE).

Pour la donnée « Réponses hâtives » qui correspond au pourcentage de données incorrectes et données rapidement par les élèves interrogés sur l’ensemble des questions de compréhension de l’écrit, la moyenne OCDE est de 8,9 % et de 9 % pour la France.

Dans leur avant-propos, les auteurs de Pisa tentent de voir si corrélation il y a entre la forte baisse de la compréhension de l’écrit chez les élèves et l’influence des médias virtuels, et leur commentaire sur ce sujet est éclairant : « La proportion de « lecteurs trop hâtifs » – ceux qui survolent les textes et donnent des réponses rapides mais erronées – a presque doublé entre 2018 et 2025, et dans notre monde de plus en plus saturé d’informations, nos élèves se révèlent moins disposés à mener une vraie réflexion leur permettant de discerner le pertinent de l’accessoire ».

Et l’IA dans tout ça ?

A la question de savoir si l’IA générative encourage aussi cette tendance au superficiel et à l’inattention, le rapport indique : « À première vue, les données du PISA ne sont pas encourageantes : les élèves utilisant des chatbots reposant sur une intelligence artificielle pour des tâches spécifiques, comme la synthèse de textes, obtiennent en moyenne de moins bons scores en sciences que ceux qui n’y ont pas recours ».

Toutefois, les auteurs de Pisa refusent le pessimisme et invitent à saisir l’IA comme une opportunité pédagogique nouvelle, une autre fenêtre de l’apprentissage qui mérite d’être ouverte de manière attentive et sérieuse. « Les dynamiques sont complexes et dépendent largement de la manière dont l’IA générative est utilisée, mais la réalité est limpide : tout comme on n’entretient pas sa forme physique en regardant du sport mais en le pratiquant, on n’apprend pas en consommant simplement des contenus, mais en fournissant un effort cognitif productif pour les assimiler. Lorsque la technologie permet ou renforce cet effort, les élèves progressent ; lorsqu’elle le court-circuite, elle compromet leur développement. Une fois cela acté, l’IA devient un tremplin, et non une béquille. »

Capacité à se concentrer

Autrement dit, pour Pisa 2025, « la maîtrise du numérique ne commence pas par celle des appareils, mais par celle, chez les jeunes, de la capacité à se concentrer, à interpréter, à synthétiser et à raisonner – autant de compétences étroitement liées aux mécanismes de la lecture réflexive. » Et de poursuivre quant à ses conseils d’un bon usage pédagogique de la technologie qui « a tout pour être un puissant levier d’apprentissage, à condition toutefois que les élèves soient dotés des outils cognitifs et méta-cognitifs indispensables pour l’utiliser à bon escient. Un prérequis qui passe par le maintien de temps de lecture quotidiens à l’école, mais aussi par la conception de plateformes d’apprentissage numérique stimulant la réflexion, et pas seulement la réaction ».

L’image précitée de la pratique sportive est suffisamment forte pour être parlante. Et le rapport d’interpeller les décideurs politiques sur le « rôle crucial [qu’ils ont] à jouer dans la mise en place d’une culture éducative favorisant la profondeur de réflexion nécessaire pour réussir ».

Ils sont 62,6 % d’élèves de l’OCDE qui apprennent en classe à évaluer la qualité des informations générées par l’IA contre 46,8 % en France. Et ils sont 39,2 % d’élèves de l’OCDE disant ne pas être distraits par l’utilisation d’appareils numérique contre 44,8 % en France. C’est dire, au regard des écarts importants qu’il existe sur ces deux items entre la moyenne OCDE et la France, ce que nous sommes en droit d’attendre : un changement urgent de nos politiques éducatives.

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