En 1987, au théâtre des Amandiers à Nanterre, se jouait Dans la solitude des champs de coton et ce fut, pour beaucoup, un choc. Choc des mots, de la mise en scène et des acteurs. Ce fut aussi, grâce à Patrice Chéreau, la découverte d’un auteur de génie : Bernard-Marie Koltès, un auteur vivant!

Car Chéreau ne nous donnait pas seulement à vivre le théâtre, mais à rencontrer des auteurs et des acteurs. Sur scène, ce soir-là, il y avait Laurent Malet et Isaac de Bankolé, plus tard ce sera Pascal Greggory et Patrice Chéreau…

Il aimait les acteurs et les sublimait sur scène, en leur offrant des rôles à leur démesure : Casarès, Piccoli, Greggory, Ogier, Desarthe, Grimberg et Blanc… sans oublier le cinéma, qui viendra plus tard, après la mort de Koltès. « A sa mort, l’envie de théâtre, du coup, s’est un peu éteinte », écrit Chéreau en 2003. Ce sont ces rencontres sur scène comme sur la toile qui nous restent et qu’il faut revoir.

Quand Patrice Chéreau parlait de Koltès, article à lire ici.

«Je ne sais pas, moi, vivre ou fabriquer un objet, spectacle, film autrement qu’à la première personne.

C’est sûr. Je suis absolument partout, dans tous les personnages, démultipliés, et ceux qui ne sont pas moi ce sont des êtres que j’ai connus. Je ramène tout à moi et c’est ce qui me donne l’énergie de travailler. Je n’en connais pas une autre. Et aussi le plaisir de m’adresser aux autres, car j’ai toujours fait un théâtre et un cinéma où je ne me sépare pas du public : je veux lui dire ce qui, pour moi, compte le plus. Je pense qu’on existe toujours, contre ou avec, par rapport aux gens à qui l’on parle. Pour y arriver, il s’agit de trouver en soi cette nécessité qui fasse que les gens, à leur tour vont la trouver aussi

Patrice Chéreau, J’y arriverai un jour, Actes Sud, 2009