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Action syndicale : le violentomètre du SNIES-UNSA Education

Les infirmier·ères de l’Éducation nationale exercent un métier essentiel, au carrefour du soin, de la prévention et de l’éducation à la santé. Pourtant, comme tous les professionnels, ils et elles peuvent être confronté·e·s à des situations de mal-être, de violences ou de harcèlement au travail. Le SNIES UNSA Éducation a développé un outil concret : le Violentomètre. Gwenaëlle Durand, Secrétaire Générale, nous explique sa genèse, son fonctionnement et les propositions syndicales qui l’accompagnent.

Qu’est-ce que le Violentomètre des INFENES et pourquoi le SNIES UNSA Éducation a-t-il créé cet outil ?

Le Violentomètre des INFENES, c’est avant tout une réponse à un constat de terrain. Depuis des années, des infirmier·ères scolaires nous contactent parce qu’elles ne savent pas toujours nommer ce qu’elles vivent. Une remarque désobligeante, un dossier consulté sans autorisation, une pression répétée… à quel moment cela devient-il de la violence ? À quel moment faut-il agir ?

Cet outil est une échelle visuelle progressive, de 1 à 23, qui permet à chaque infirmière d’évaluer sa situation de travail de manière objective. Il s’inspire directement de la citation de Michel Khoury que nous avons choisi de mettre en avant : “Le bien-être au travail n’est pas une option, c’est une obligation.” C’est notre boussole syndicale.

Q2 — Comment fonctionne-t-il concrètement ? Quelles sont les différentes zones ?

Le Violentomètre est organisé en trois zones colorées qui parlent d’elles-mêmes :

La zone verte, « Tout va bien » (niveaux 1 à 5), décrit un environnement de travail sain : on respecte ton rôle, ton autonomie, ta confidentialité ; tu es écouté·e et inclus·e dans les décisions ; on te soutient dans tes projets et on te forme selon tes besoins. On devrait toutes et tous être dans cette zone !

La zone jaune, « Vigilance » (niveaux 6 à 15), recense des comportements qui questionnent : on ne te communique pas les informations importantes, on prend des décisions sans te consulter, on t’exige des actes hors de ton rôle infirmier, on fait intrusion dans tes dossiers, on te met en pression pour traiter des urgences… Ces situations ne sont pas anodines. Si elles se répètent, elles basculent dans le danger.

La zone rouge, « Protège-toi » (niveaux 16 à 23), correspond à des situations de danger réel : atteinte à la confidentialité des dossiers de santé, insultes, menaces, dénigrement, harcèlement moral ou sexuel, harcèlement cybernétique, agression physique ou verbale. Là, il faut agir immédiatement.

Q3 — Que conseilles-tu à une infirmière scolaire qui se reconnaît dans la zone « Vigilance » ?

Ne pas minimiser. C’est le premier réflexe à combattre. Beaucoup de nos collègues se disent « ce n’est pas si grave », « je suis trop sensible ». Or, la zone Vigilance est précisément l’endroit où l’on peut encore agir avant que la situation se dégrade.

Concrètement, nous recommandons quatre actions :

La traçabilité est fondamentale. Sans éléments écrits sauvegardés, il n’y a pas de preuve. Le Registre Santé Sécurité au Travail (RSST) est un outil réglementaire que chaque établissement doit mettre à disposition : il doit être utilisé systématiquement. Enfin, le SNIES UNSA Education est là pour vous accompagner et pour se mobiliser pour vos droits.

Q4 — Et en zone rouge, « Protège-toi » ? Quelles sont les étapes urgentes ?

En zone rouge, la priorité absolue est la sécurité de la personne. Il ne faut plus attendre. Dans la zone de danger, il faut se mettre en sécurité et ne pas rester seul. Il faut alerter la hiérarchie et se faire accompagner par des collègues. Voire saisir votre service RH (selon la gravité de la situation). En cas de danger grave et imminent, il faut écrire une déclaration générale d’incident dans le RSST. Et enfin il est possible d’activer la protection fonctionnelle et de demander des mesures conservatoires. Sans parler d’un accès à la médecine de prévention ou au psychologue du travail plus difficile dans notre ministère.

La protection fonctionnelle est un droit souvent méconnu de nos collègues. Lorsqu’un agent est victime d’une attaque dans l’exercice de ses fonctions, l’état employeur a l’obligation de le protéger juridiquement et financièrement. Nous aidons les INFENES à activer ce dispositif.

Q5 — Quelles sont les propositions réformistes du SNIES UNSA Éducation pour améliorer structurellement les conditions de travail des INFENES ?

Le Violentomètre est un outil de diagnostic et d’action individuelle, mais notre ambition est bien plus large. Nous portons des propositions structurelles à destination du ministère de l’Éducation nationale :

▸ Une formation obligatoire de tous les personnels d’encadrement sur les risques psychosociaux (RPS) spécifiques aux INFENES, incluant la reconnaissance du secret médical et de l’indépendance professionnelle de l’infirmier·ère scolaire.

▸ La création d’un référentiel national clair définissant les limites du rôle de chaque acteur vis-à-vis de l’INFENE, pour mettre fin aux injonctions hors périmètre professionnel.

▸ La mise en place d’une instance nationale de veille et de suivi des signalements de violence ou de harcèlement concernés les INFENES, avec publication d’un rapport annuel.

▸ La garantie d’un accès effectif à la médecine de prévention dans un délai raisonnable, et le renforcement du soutien psychologique institutionnel.

▸ L’inscription systématique de la thématique « bien-être au travail des personnels de santé scolaire » dans les plans académiques de prévention.

Ces propositions s’inscrivent dans notre résolution générale : nous sommes un syndicat réformiste, force de proposition. Nous ne voulons pas seulement protéger — nous voulons transformer les conditions d’exercice pour que le bien-être devienne enfin la norme, et non l’exception.

Plus d’informations sur ce dispositif : snies@unsa-education.org

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