[Bordeaux] Remplacement : le ministre tente de calmer la colère lycéenne sur le dos des personnels

Le 8 octobre, au journal de 20 h, le ministre Édouard Geffray promet en direct l’affectation de 3 000 professeur·es remplaçant·es dans les lycées « dans les prochains jours ». Il a donc laissé entendre que des milliers de collègues attendaient chez eux sans élèves. Cette annonce a été faite dans l’urgence pour éteindre la colère lycéenne. Elle jette l’opprobre sur l’ensemble des personnels, met la pression sur les TZR et oblige les services et les chefs d’établissement à agir en quelques jours. Au groupe de travail académique du 12 octobre, l’UNSA Éducation Bordeaux a dit sa colère.

Une annonce faite pour la télévision, pas pour l’École

Les lycéen·nes ont raison de réclamer leurs heures de cours. Mais la réponse du ministre est un affichage politique. Il n’a pas fait de diagnostic, et rien n’est prévu dans la durée.

Dans l’académie de Bordeaux, les chiffres donnés par le Recteur parlent d’eux-mêmes : 70 ETP de besoins de remplacement sur 22 000 ETP, soit environ 0,3 %. Ramené à une entreprise de 100 salarié·es, cela ne fait même pas une personne absente une demi-journée. Ce prétendu « vivier caché » n’existe pas.

Le Rectorat le reconnaît lui-même : les trois quarts des besoins non couverts viennent du manque de personnels dans certaines disciplines, en particulier la physique-chimie, les lettres modernes, l’éco-gestion et la technologie. Pour le reste, les collègues existent mais ne sont pas dans le bon secteur géographique.

L’UNSA Éducation a aussi regretté l’absence de la DRH à cette réunion pourtant consacrée aux ressources humaines. Par ailleurs, l’administration n’a présenté aucun chiffre consolidé. On demande aux services de trouver des solutions du jour au lendemain, sans savoir de combien de personnels on parle.

Les personnels ne sont pas les hochets d’un communication politique

La consigne venue d’en haut est claire : mobiliser tous les TZR et les contractuel·les en CDI sur la totalité de leurs obligations de service. Concrètement, le Rectorat envisage :

  • de solliciter des collègues dans des disciplines « connexes », avec l’avis des inspecteurs ;
  • et, si personne n’est disponible dans la discipline, de faire faire les heures par un·e enseignant·e d’une autre discipline. Pour trois heures de mathématiques manquantes, les élèves auraient alors trois heures d’anglais. Le but est que les heures soient faites, même si elles ne correspondent plus au besoin des élèves.

Le Rectorat promet un traitement « cohérent et humain », près de la résidence administrative des collègues, et répète que « proposer n’est pas imposer ». Nous prenons acte de cet engagement, et nous le ferons respecter situation par situation.

Les Titulaires remplaçant expriment depuis longtemps leur souffrance et une perte de sens dans leur métier. Ils et elles l’ont redit dans les instances de santé et sécurité au travail. Ils et elles assurent la continuité du service public tout au long de l’année. Le Recteur l’a reconnu en séance : les TZR ne restent pas sans rien faire. Le ministre, lui, a laissé s’installer l’idée inverse dans l’opinion. C’est inacceptable.

Des services et des chefs d’établissement sommés de réussir en quelques jours

Pendant l’été 2026, les services de gestion ont déjà absorbé une charge de travail considérable. Il leur faut maintenant répondre en quelques heures à une commande médiatique. Les chefs d’établissement doivent aussi recenser leurs besoins et réorganiser les emplois du temps en urgence. Partout, la pression retombe sur les équipes.

Côté moyens, il n’y aura pas d’heures supplémentaires classiques (HSE) : seulement des missions du Pacte. Le Rectorat indique que les frais de déplacement des remplaçant·es (indemnités ISSR) seraient bien financés.

Ce que l’UNSA Éducation Bordeaux exige

Nous avons posé une question simple à l’administration : et quand l’attention médiatique sera retombée ? Que deviendront ces collègues qu’on aura déplacé·es dans l’urgence, parfois malmené·es ?

Nous exigeons :

  • le respect strict des zones de remplacement et des disciplines des collègues, avec un vrai droit de refuser ;
  • la transparence sur les chiffres : combien de personnels, combien d’établissements, quels besoins réels ;
  • des réponses durables : des recrutements, une gestion des remplacements anticipée, des postes là où sont les besoins.

L’École a besoin de moyens durables et de respect pour celles et ceux qui la font vivre. Les coups de communication n’y répondent pas.

Tu es TZR ou contractuel·le et on te fait une proposition d’affectation ? Ne reste pas seul·e : contacte-nous avant de répondre.

Contact : bordeaux@unsa-education.org