Projet de loi sur les portables au lycée : une très mauvaise solution
Après le collège, le lycée. La nouvelle que l’interdiction pour les élèves d’y utiliser leur téléphone portable est tombée un peu avant les fêtes. Drôle de fêtes car gâchées par une décision unilatérale et précipitée, en dépit des engagements de concertation préalable proférés par le nouveau ministre lors de sa prise de fonction. De plus, un projet de loi gravée dans le marbre, qui substitue une interdiction radicale et punitive au caractère éducatif de la réglementation actuelle semble être, dans le cadre d’un établissement d’enseignement, un non-sens complet.
Certes, face aux multiples arguments de la contestation collective présentés par les organisations présentes au CSE, et pas seulement syndicales (parents d’élèves, lycéens, collectivités…), le ministère a tenu à faire valoir le caractère dérogatoire de cette loi afin qu’elle puisse s’appliquer de manière réaliste aux situations de terrain.
Mais alors pourquoi donc une loi, puisque « le cadre actuel permet déjà d’agir intelligemment, de réguler les usages et de dialoguer avec les lycéens », avance Olivier Beaufrère, chef d’établissement et secrétaire national en charge des pédagogies au sein du SNPDEN-UNSA. Et de renvoyer au texte de 2018 déjà largement suffisant pour faire appliquer en lycée un usage raisonné et préventif du portable selon la situation locale.
La réglementation actuelle fait bien du portable en classe et au lycée d’abord un enjeu pédagogique, avec des élèves considérés comme de jeunes pré-adultes en capacité de réguler leur comportement pour peu qu’ils soient accompagnés comme il se doit par les personnels d’éducation. La loi « zéro portable au lycée » apparaît donc « hors sol » au regard des finalités, mais aussi des pratiques en cours comme l’ont dénoncé les membres du CSE : accès à la cantine, prêt d’un ouvrage au CDI, consultation de Pronote ou de Parcoursup, SMS d’information concernant les cours, les stages ou les examens, les exemples de communication par smartphone proposée par les lycées eux-mêmes et les administrations académiques ne manquent pas. S’y ajoute une numérisation continue des moyens d’enseignement : tablettes, livrets et manuels numériques…
Dès lors, la loi engage les personnels d’éducation dans une justification intenable de ces contradictions vis-à-vis des élèves, inciter à utiliser d’une part, interdire de l’autre, compromettant ainsi d’atteindre l’objectif visé. Le sujet en question n’est donc pas le lieu d’usage des portables mais bien l’approche de l’outil et de ses contenus, comme l’a clairement exprimé le SE-UNSA par la voix de son secrétaire national en charge du système éducatif et des conditions d’apprentissage Jérôme Fournier en propos introductif : « Quand bien même vous réussiriez à interdire l’utilisation du téléphone portable au lycée, si la pratique de certains lycéens ne change pas en dehors des établissements, votre interdiction sera vaine pour résoudre certains problèmes comme le harcèlement ».
Le SNIA-IPR UNSA, le syndicat des inspecteurs pédagogiques régionaux, a tenu à rappeler lui aussi la nécessité d’une réponse à ce problème sociétal. Pour autant, le texte comme la situation actuelle ne sont pas satisfaisants. Et de plaider pour en débattre et y travailler en profondeur.
L’UNSA Éducation et ses syndicats siégeant au CSE (A&I, SE, SIEN, SNIA-IPR, SNPDEN, SNPTES) appellent donc à revoir sur le sujet d’interdire les portables au lycée la partition du gouvernement autant sur le fond que sur la forme. Le dialogue du ministère avec les personnels d’éducation confrontés chaque jour à la question des portables en classe et au lycée est un préalable indispensable ; la démarche pédagogique et le dialogue avec les élèves conformes au principe « éduquer plutôt qu’interdire » sont des modalités à retenir, pas une contrainte par la loi, quel que soit son degré dérogatoire. Ainsi, il nous semble indispensable de renforcer l’accompagnement des élèves dans cette éducation à la fréquentation des médias au sens large, quelque soit le support utilisé, qu’il s’agisse du téléphone portable ou non. L’outil doit être clairement distingué de l’usage des contenus véhiculés.

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