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Projet de loi sur les portables au lycée : une très mauvaise solution

Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) du 7 janvier s’est prononcé contre l’article 2 du projet de loi relatif à la protection des jeunes face aux écrans, qui prévoit l’interdiction des téléphones portables dans l’enceinte des lycées. Dans l’attente de l’examen de ce projet de loi par le Conseil d’État, l’UNSA Éducation et ses syndicats réitèrent leur position: ce texte est inapproprié au problème de société que pose l’usage excessif et mal accompagné des portables par les élèves.

Après le collège, le lycée. L’annonce d’une interdiction de l’utilisation par les élèves du téléphone portable aura fait l’actualité de la fin d’année 2025, et marque le début de 2026. Pour l’UNSA Education, une décision unilatérale et précipitée, en dépit des engagements de concertation préalable du ministre lors de sa prise de fonction. S’y ajoute un projet de loi adopté lundi 26 janvier par les députés, qui substitue une interdiction radicale et punitive au caractère éducatif de la réglementation actuelle.

Certes, face aux multiples arguments de la contestation collective présentés par les organisations présentes au CSE, et pas seulement syndicales (parents d’élèves, lycéens, collectivités…), le ministère a tenu à faire valoir le caractère dérogatoire de cette loi afin qu’elle puisse s’appliquer de manière réaliste aux situations de terrain.

Mais alors pourquoi donc une loi, puisque « le cadre actuel permet déjà d’agir intelligemment, de réguler les usages et de dialoguer avec les lycéens », avance le SNPDEN-UNSA. Et de renvoyer au texte de 2018 déjà largement suffisant pour faire appliquer en lycée un usage raisonné et préventif du portable selon la situation locale.

La réglementation actuelle fait bien du portable en classe et au lycée un enjeu pédagogique, avec des élèves considérés comme de jeunes pré-adultes en capacité de réguler leur comportement pour peu qu’ils soient accompagnés comme il se doit par les personnels d’éducation. La loi « zéro portable au lycée » apparaît donc « hors sol » au regard des finalités, mais aussi des pratiques en cours comme l’ont dénoncé les membres du CSE : accès à la cantine, prêt d’un ouvrage au CDI, consultation de Pronote ou de Parcoursup, SMS d’information concernant les cours, les stages ou les examens, les exemples de communication par smartphone proposée par les lycées eux-mêmes et les administrations académiques ne manquent pas. S’y ajoute une numérisation continue des moyens d’enseignement : tablettes, livrets et manuels numériques…

Dès lors, la loi engage les personnels d’éducation dans une justification intenable de ces contradictions vis-à-vis des élèves, inciter à utiliser d’une part, interdire de l’autre, compromettant ainsi l’objectif visé. Le sujet en question n’est donc pas le lieu d’usage des portables mais bien l’approche de l’outil et de ses contenus, comme l’a clairement exprimé le SE-UNSA : « Quand bien même vous réussiriez à interdire l’utilisation du téléphone portable au lycée, si la pratique de certains lycéens ne change pas en dehors des établissements, votre interdiction sera vaine pour résoudre certains problèmes comme le harcèlement ».

Le SNIA-IPR UNSA, le syndicat des inspecteurs pédagogiques régionaux, a tenu à rappeler lui aussi la nécessité d’une réponse à ce problème sociétal. Pour autant, le texte comme la situation actuelle ne sont pas satisfaisants. Et de plaider pour en débattre et y travailler en profondeur.

L’UNSA Éducation et ses syndicats siégeant au CSE (A&I, SE, SIEN, SNIA-IPR, SNPDEN, SNPTES) appellent donc le gouvernement à revoir  sa partition, autant sur le fond que sur la forme. Le dialogue du ministère avec les personnels d’éducation confrontés chaque jour à la question des portables en classe et au lycée est un préalable indispensable ; la démarche pédagogique et le dialogue avec les élèves conformes au principe « éduquer plutôt qu’interdire » sont des modalités à retenir, plutôt qu’une contrainte par la loi, quel que soit son degré dérogatoire. Ainsi, il est indispensable de renforcer l’accompagnement des élèves dans cette éducation à la fréquentation des médias au sens large, quel que soit le support utilisé, qu’il s’agisse du téléphone portable ou non. L’outil doit être clairement distingué de l’usage des contenus véhiculés.

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