Mission flash sur Parcoursup : un outil perfectible qui sert de bouc émissaire
Le rapport complet est disponible ici. Résultat de plus de cinq mois de travail et se basant notamment sur plus de 1600 contributions, il dresse un panorama complet du processus d’orientation, particulièrement du “continuum bac -3/+3” apparu il y a deux décennies.
51 recommandations sont listées. Elles peuvent être regroupées selon différents thèmes ¹:
- Accessibilité numérique et ergonomie de la plateforme
- Calendrier et gestion de la procédure d’admission
- Transparence et méthodes de sélection des candidats
- Information et enrichissement des fiches « formation »
- L’accompagnement à l’orientation au lycée
- Les moyens humains et la formation des personnels
- La régulation de l’enseignement privé et du coaching
- Équité sociale, mobilité et territoires
- L’organisation de l’offre et suivi du système
Attardons nous sur certaines d’entre elles.
“Supprimer la mention du lycée d’origine dans les éléments du dossier communiqué aux formations.”
Il est certain que c’est une question complexe, mais qui revêt un enjeu fort d’équité et d’égalité de traitement des candidatures. Cette mesure a été repoussée jusqu’à présent, faute de consensus social d’après le chef de projet Parcoursup, Jérôme Teillard. Elle aurait le mérite d’obliger les commissions d’évaluations des voeux (CEV) à prendre systématiquement en compte d’autres éléments que la réputation d’un établissement et à se baser davantage sur des critères objectifs (rang dans le groupe, écart à la moyenne pour les individus ; taux de réussite au bac, taux de mentions pour les établissements). Ce dernier point fait d’ailleurs l’objet d’une proposition des rapporteurs.
“Dans le cadre du contrôle continu, instaurer un référentiel unique de notation des devoirs et d’évaluation des compétences.”
C’est une question épineuse qui se heurte à la liberté qu’ont les enseignants de noter comme ils l’estiment, le niveau de leurs élèves. Et les écarts de notations sont souvent plus importants entre enseignants d’un même lycée qu’entre établissements. Cette démarche existe déjà, du moins théoriquement. C’est le projet d’évaluation. Sujet à controverse, il n’en reste pas moins un corollaire indispensable à la proposition précédente de supprimer la mention du lycée d’origine. Encore une fois, les écarts de notation existent entre les établissements mais également en leur sein. Pour plus d’égalité et d’équité, ces deux mesures vont de pair.
“Améliorer la transparence des critères effectivement retenus par les CEV en publiant les algorithmes qui servent à effectuer les pré-classements, et en indiquant expressément les conditions de prise en compte des éléments autres que les bulletins scolaires.”
C’est un des reproches les plus souvent fait à la plateforme, le manque de transparence. Or c’est au sein de chaque formation que l’opacité peut demeurer. En effet, l’algorithme de Parcoursup est totalement transparent. Cette mesure de publicité des algorithmes locaux est la seule qui permettrait de lever tous les doutes sur les potentielles inégalités de traitement entre les candidatures.
“Rendre effectives les 54 heures annuelles d’accompagnement à l’orientation dans chaque lycée général et technologique, de la seconde à la terminale.”
Inscrites dans le code de l’éducation, ces heures ne sont pour autant pas dotées dans les enveloppes données à chaque lycée. Une obligation réglementaire qui est donc pourvue de manière très inégale, en rognant sur les heures de cours, sur les autres projets. Un fléchage des moyens paraît indispensable et permettrait de réduire les inégalités (de genre, dues au milieu d’origine et géographique).
“Garantir un ratio d’un psychologue de l’éducation nationale (PsyEN) pour 600 élèves.”
Aujourd’hui, chaque PsyEN est en charge de 1200 à 1800 élèves. Comment assurer un suivi individuel dans ces conditions ? C’est tout bonnement impossible. Les rapporteurs font d’ailleurs une autre proposition visant spécifiquement les lycées concentrant le plus d’élèves de milieux populaires, ceux des territoires ruraux et ultramarins.
“Organiser dans les lycées la découverte de la plateforme Parcoursup dès les classes de seconde ou de première.”
Le stress généré par l’orientation, l’autocensure genrée, d’origine sociale ou géographique, les erreurs parfois dramatiques dans le processus Parcoursup ont un point en commun. Ils peuvent être réduits par une appropriation plus précoce de la plateforme, mais surtout par une construction du projet d’orientation sur la durée. Ajoutons que cela permettrait par ricochet de couper l’herbe sous le pied à certaines officines privées qui surfent sur l’angoisse des jeunes et de leur famille. La régulation du cadre d’exercice des coachs privés à l’orientation est une autre proposition des rapporteurs.
Les autres mesures proposées sont très souvent tout aussi intéressantes et doivent être envisagées sérieusement. Le travail réalisé par la commission doit être une source d’inspiration et ne surtout pas rester lettre morte. Certaines mesures sont purement techniques et ne nécessitent pas beaucoup de moyens. D’autres au contraire passent par un investissement massif dans l’éducation et la formation. Dans les deux cas, elles sont conditionnées à une volonté politique d’offrir une même chance à chacun de s’orienter selon sa volonté et ses capacités, indépendamment de son origine sociale, géographique, de son parcours scolaire, ou bien encore, en fonction des capacités d’accueil des formations.
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