L’UNSA Éducation réaffirme le rôle central du dialogue social
Avant d’entrer dans les travaux de ce CSAMEN, nous tenons à témoigner au nom de l’UNSA Éducation notre plus profond soutien à la communauté éducative de Grand-Santi en Guyane après le dramatique accident de pirogue survenu ce 31 janvier sur le fleuve Maroni.
La Guyane est aujourd’hui profondément meurtrie.
La disparition tragique de quatre enseignants dans cet accident a plongé l’ensemble de la communauté éducative dans une douleur immense. Nous pensons avec une infinie gravité à leurs familles, à leurs proches, à leurs collègues et à toute la population de ces communes isolées qui vivent ce drame avec sidération.
Ce drame vient rappeler, avec une brutalité terrible, la dureté extrême des conditions d’exercice de nombreux personnels en Guyane. Des conditions marquées par l’isolement géographique, la précarité des infrastructures, l’éloignement des services essentiels et une exposition permanente aux risques, mais portées malgré tout par des femmes et des hommes engagés, dévoués, profondément attachés à leur mission de service public.
Le CSAMEN de ce jour traitera des élections professionnelles, qui constitue un moment essentiel du dialogue social et, au-delà, un temps démocratique important pour les personnels.
L’UNSA Éducation ne reviendra pas sur le contexte particulier, marqué par une organisation de rentrée pour le moins chaotique. Les nombreux couacs observés, les difficultés de communication, les informations tardives ou parfois contradictoires fragilisent de fait la déclinaison locale et ont contribué à installer un climat d’incertitude, voire d’insécurité, pour les services comme pour les personnels.
Néanmoins, ce contexte ne peut être ignoré lorsqu’on aborde un sujet aussi structurant que celui des élections professionnelles même si l’on peut espérer que ces dernières s’effectueront dans un contexte moins perturbé.
D’abord, l’UNSA Éducation souhaite saluer le travail des services, en particulier dans l’organisation des groupes de travail préparatoires consacrés aux élections professionnelles. Ces groupes se sont tenus dans de bonnes conditions et ont permis de véritables échanges. Nous avons été écoutés, même si nous n’avons pas toujours été entendus. Aussi, nous avons pu constater l’existence d’un certain consensus dans l’étude des textes proposés. Cette méthode de travail mérite d’être soulignée, car elle montre que des espaces de dialogue utiles peuvent exister lorsque les conditions sont réunies.
Le périmètre électoral des CSA n’est pas une question mineure. D’autant plus que certains d’entre eux doivent désormais trouver leur périmètre d’exercice et leur rythme de croisière afin de devenir un véritable lieu de dialogue social. C’est le cas par exemple des CSA de région académique qui disposent d’une légitimité institutionnelle pleinement reconnue mais qu’il faut maintenant faire vivre sur tous les territoires. Cet enjeu est d’autant plus important que l’échelon régional joue désormais un rôle croissant sur des sujets qui concernent directement l’éducation et la formation. Les grandes orientations prises à ce niveau appellent donc un cadre de discussion structuré, lisible et efficace, sans quoi le dialogue social risque de se trouver en décalage avec les autres instances de décisions telles que le conseil régional ou les Comité Régionaux pour l’emploi, pour ne citer qu’eux.
Plus largement, le dialogue social doit être pensé à tous les niveaux, depuis celui du ministre, voire du Premier ministre, dans le prolongement des impulsions données par le Président de la République.
Soyons clairs, ce dialogue ne peut se limiter à un simple principe théorique : il doit avoir un sens et une application concrète perceptibles par nos collègues. Ceux-ci doivent appréhender l’utilité et la portée de ce dialogue dans ce qui les concerne directement, dans leur vie professionnelle au quotidien.
À défaut, le risque est réel de voir s’installer une forme de résignation, voire de désespérance. Il serait préjudiciable de constater un éloignement croissant des élections professionnelles, comme on l’observe déjà pour les élections politiques.
L’UNSA Éducation a fait du dialogue social sa méthode prioritaire pour la résolution des problèmes et pour l’aboutissement de ses revendications. Ce choix repose sur la conviction que les désaccords peuvent être dépassés et que des avancées sont possibles dès lors que les échanges sont francs et respectueux. Mais pour avancer dans une démarche constructive, il faut que chaque partie assume ses responsabilités, y compris l’employeur.
Si les instances ne sont que des chambres d’enregistrement, ou si elles deviennent des plateformes vides de sens et sans objectif d’opérationnalité, nous aurons collectivement perdu beaucoup de temps et vainement investi ces espaces. Or, nos collègues nous attendent précisément sur cet enjeu. Ils espèrent que ces instances contribuent à restaurer un climat de confiance et à redonner des perspectives d’amélioration de leurs conditions de travail et d’enseignement.
Il existe d’autres modes de résolution des conflits moins souhaitables. Dans une société de plus en plus polarisée, où la nuance n’est plus toujours de mise, il serait à la fois dangereux et irresponsable de ne pas saisir les espaces de dialogue. Notre fédération continue à penser qu’il est possible de faire avancer les choses, au-delà des divergences, dans l’intérêt des personnels, des familles et, plus largement, de l’école publique. Mais, pour ce faire, il faut la participation active de tous les acteurs.
C’est à cette condition que les élections professionnelles pourront retrouver pleinement leur sens et que le dialogue social pourra être perçu non comme un rituel purement formel, mais comme un levier réel d’action et de transformation.
PS : Cette déclaration liminaire a été lue avant le drame qui a touché notre collègue poignardée au collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer dans le Var.

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