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Le service public d’Éducation a besoin des investissements à la hauteur des défis et des besoins des élèves et des personnels

Le comité social d'administration du ministère de l’Éducation nationale s'est réuni, ce jour, le 26 janvier 2026, en présence du Ministre, avec pour ordre du jour les répartitions des moyens de l’enseignement scolaire et des moyens « soutien de la politique de l’éducation nationale » à la rentrée 2026. À cette occasion, l’UNSA Éducation a pris la parole en ouverture de séance pour rappeler que le service public d’Éducation a besoin des investissements nécessaires pour relever les défis qui sont les siens au profit de élèves, des usagers et des personnels.

L’UNSA Éducation souhaite ouvrir cette instance en exprimant son plein soutien au collègue AED victime d’une insupportable et injuste agression par un élève de 4ème, au sein du collège Saint John Perse en Guadeloupe jeudi 22 janvier dernier. Nous apportons également tout notre soutien à tous les personnels de l’établissement ainsi qu’à toute la communauté éducative de Guadeloupe. Nous ne pouvons que condamner une telle violence qui touche une fois de plus les personnels de l’éducation nationale mais nous déplorons aussi l’absence criante de moyens du territoire de Guadeloupe pour faire face à une violence croissante et insuffisamment considérée.

L’UNSA Éducation souhaite ensuite faire part de son inquiétude quant à la préparation de la rentrée scolaire 2026. Ce sentiment est largement partagé et cette véritable chape de plomb anxiogène ne fait que s’aggraver. Les incertitudes budgétaires qui entourent la rentrée à venir pèsent déjà sur les services et interrogent plus largement le fonctionnement du service public d’éducation. Alors que le premier ministre s’était engagé, en octobre à ne pas y recourir lors des discussions budgétaires, le recours à l’article 49.3 ce vendredi est une nouvelle illustration de l’état de tension extrême qui traverse notre pays. À 19 voix près, le pays aurait vu une nouvelle fois un gouvernement renversé.

Ce contexte d’instabilité est connu mais n’en reste pas moins préoccupant. En effet, le cadre budgétaire national est dans une situation de blocage inédite. Une seule chose est certaine : les moyens consacrés à l’éducation seront contraints. Les arbitrages à venir ne pourront donc que fragiliser un peu plus un pilier essentiel de notre pacte républicain. Une nouvelle fois, l’Éducation nationale fera les frais de la politique d’austérité fidèle au credo du président de la République.

Cette situation inacceptable illustre parfaitement le décalage persistant entre des déclarations qui affirment que l’éducation est une priorité et des décisions effectives qui actent des investissements à la baisse. Cet écart se traduit concrètement sur le terrain via la dégradation des conditions d’apprentissage et des élèves et des conditions de travail des personnels. L’école se retrouve dans une tension quasi permanente qui rend plus difficile sa capacité à assurer pleinement ses missions fondamentales.

À travers l’école, c’est l’avenir même des services publics qui se trouve remis en question. Affaiblir nos services publics, c’est fragiliser la cohésion sociale mais c’est aussi déstabiliser notre démocratie. Elle ne peut fonctionner sans institutions solides et dotées des moyens nécessaires pour remplir leurs missions.

C’est dans ce contexte que l’UNSA Éducation souhaite alerter solennellement. Les choix budgétaires actuels ne relèvent pas d’un simple exercice technique. Ils engagent des orientations lourdes de conséquences pour l’avenir du pays. Notre fédération dénonce donc la situation de blocage actuelle ainsi que les orientations qui semblent se dessiner.

Les annonces concernant la rentrée 2026 vont dans ce sens. La suppression envisagée d’au moins 4 000 postes suscite une réelle inquiétude dans les différentes académies. Sur le terrain, chacun mesure l’écart entre ces décisions et la réalité des établissements, les besoins des élèves et le quotidien des équipes. Ces choix accentuent les difficultés d’un système déjà en tension.

Par ailleurs, des interrogations importantes demeurent concernant le gel de 8 000 postes de stagiaires dans le cadre de la réforme de la formation. Cette situation crée de l’instabilité dans les services. Elle nourrit aussi un sentiment d’insécurité chez celles et ceux qui envisagent de s’engager dans les métiers de l’éducation. Elle pose, enfin, la question de la cohérence d’une réforme qui affiche l’ambition de refonder la formation et de renforcer l’attractivité des métiers, tout en laissant planer une incertitude sur l’accès même au métier.

L’UNSA Éducation s’inquiète également de la poursuite du plan de requalification de la filière administrative pour lequel vous vous êtes engagés en 2021 dans ce contexte budgétaire.

Malheureusement, ce constat n’est pas étonnant, quand on sait que le quotidien s’avère souvent difficile pour nos collègues, et ce quel que soit leur champ d’exercice. À ce titre, la dernière édition du baromètre de l’UNSA Éducation a mis en exergue cet épuisement des personnels. Car c’est bien l’ensemble des personnels de l’éducation nationale qui est aujourd’hui touché. En effet, tous les métiers de l’éducation voient leurs conditions de travail se dégrader progressivement. La multiplication des missions, les injonctions contradictoires, la réduction des marges de manœuvre et le manque de reconnaissance finissent par peser lourdement sur les collectifs de travail.

Inutile de rappeler ici que ce flou dans lequel nous sommes va rendre particulièrement complexe la tâche des agents des services académiques pour ce qui relève de la gestion des concours, de la constitution des berceaux de stagiaires, de l’organisation des opérations de mouvement ou des ajustements permanents liés aux contraintes budgétaires.

Pourtant, à tous les étages, les personnels continuent d’assumer leurs missions avec un engagement exemplaire. Mais ce dévouement est sérieusement entamé par des conditions qui se dégradent faute de moyens et de politiques éducatives pérennes.

En outre, en cette période où l’orientation est devenue l’un des sujets centraux pour les familles, l’UNSA Éducation affirme que les élèves et leurs parents méritent mieux que :

• des coupes budgétaires au nom d’une logique strictement comptable ;

• des débats de second plan (téléphone dans les lycées) qui occupent le devant de la scène sans répondre aux enjeux éducatifs essentiels ;

• une gestion à court terme qui fragilise durablement l’école publique.

D’ailleurs le budget alloué à l’Éducation nationale ne doit plus être envisagé comme une simple dépense à perte mais plutôt comme un investissement et comme l’a mis en exergue l’Institut des Politiques Publiques dans son étude « Taille des classes et inégalités territoriales : quelle stratégie face à la baisse démographique ? » : la réduction du nombre d’enseignants n’est pas une opération rentable sur le long terme, puisque pour 1 euro économisé́ sont perdus 9 euros pour la société́.

D’ailleurs, pour l’UNSA Éducation, l’argument de la baisse démographique ne peut suffire, car ces variations démographiques, aussi importantes soient-elles, ne sauraient, à elles seules, déterminer une politique éducative. Le budget de la nation est avant tout le produit de choix politiques assumés.

D’autres pays européens ont fait des choix différents, à contre-courant des orientations libérales qui régissent nos sociétés. Si la France a accusé, d’après l’OCDE, une baisse de la Dépense intérieure d’éducation depuis 2020, ce n’est pas le cas de tous les pays. Le Portugal, pour ne citer que cet exemple, a suivi une autre voie. Malgré une baisse des effectifs et un contexte budgétaire difficile, les moyens ont été stabilisés, entraînant une augmentation ciblée de la dépense par élève.

Cette trajectoire n’est donc pas une fatalité ! La baisse démographique pourrait être l’occasion d’améliorer les conditions d’enseignement (et donc d’apprentissage).

Enfin, l’UNSA Éducation souhaite rappeler les limites d’un pilotage fondé principalement sur des indicateurs comme le H/E ou le P/E. Or, même si ces outils ont leur utilité, ils ne suffisent pas à rendre compte de la réalité du terrain. Ils peuvent être trompeurs et ne donnent qu’une vision parcellaire des situations auxquelles sont confrontés élèves et personnels. Au fond, les besoins réels des acteurs, la mise en place d’un véritable accueil de tous les élèves sans exclusive, ou encore la qualité des conditions d’enseignement sont des éléments cardinaux dont il faut tenir compte pour l’amélioration du climat scolaire.

Comme le rappelle souvent l’UNSA Éducation, l’école ne peut devenir une variable d’ajustement. Faire ce choix aujourd’hui, ce serait fragiliser durablement le service public d’éducation et compromettre de facto l’avenir du pays.

En effet, c’est l’essor de l’école publique laïque qui est au cœur de ces arbitrages. C’est une évidence de le rappeler, mais l’École joue un rôle central dans la cohésion sociale, dans la construction des parcours et dans l’émancipation des élèves. Or, notre école publique laïque subit déjà la concurrence déloyale d’établissements privés qui bénéficient d’un lourd financement public. Par conséquent, il ne s’agirait pas de l’affaiblir davantage en la privant des investissements et du soutien qu’elle mérite.

Monsieur le Ministre, un changement de cap est encore possible. L’enjeu est de taille et, pour tracer les perspectives d’un horizon désirable, il est indispensable de restaurer la confiance et d’investir massivement dans l’École publique laïque. C’est l’ambition que l’UNSA Éducation veut porter au sein de ce CSA, pour les personnels et les familles.

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