IA à l’École : les parcours Pix une ressource utile, pas une réponse universelle
Une évolution importante du cadre national des compétences numériques
Une note de service parue au BO du 5 février 2026 redéfinit les modalités de formation, d’évaluation et de certification des compétences numériques des élèves de l’école élémentaire au lycée. Elle confirme l’inscription du numérique et désormais de l’intelligence artificielle dans un continuum éducatif adossé au Cadre de référence des compétences numériques (CRCN), lui-même aligné sur le cadre européen DigComp, avec le GIP Pix comme opérateur public central.
À partir de l’année scolaire 2025-2026, un parcours Pix dédié à l’intelligence artificielle devient obligatoire pour les élèves de 4e, de 2nde toutes voies confondues et de 1re année de CAP. Ce parcours est strictement formatif. Il ne donne lieu ni à attestation ni à certification, mais constitue un jalon intermédiaire entre l’attestation de sensibilisation en 6e et les certifications obligatoires de fin de cycle 4 et de fin de lycée.
Cette évolution marque une reconnaissance institutionnelle de la nécessité de former les élèves à l’IA, non seulement comme outil, mais comme objet de compréhension critique.
Des parcours Pix IA de bonne qualité
Les éléments présentés par Pix, ainsi que les tests que nous avons réalisés sur les parcours déjà disponibles, montrent un niveau de qualité réel des contenus proposés. Les parcours IA reposent sur une ingénierie pédagogique cohérente, structurée et progressive, combinant diagnostic initial, modules courts, personnalisation des apprentissages et feedbacks immédiats.
Les deux volets du parcours, compréhension du fonctionnement et des enjeux de l’IA d’une part, usages éclairés de l’IA générative d’autre part, permettent d’aborder des notions essentielles comme les biais, les hallucinations, la propriété intellectuelle, les impacts environnementaux ou encore les bases du prompting. Les modules sont accessibles, clairs, et globalement bien calibrés pour des élèves du second degré.
Pix est un outil public de qualité, qui continue de constituer un point d’appui solide pour la formation aux compétences numériques. Les parcours IA actuellement prêts témoignent d’un travail sérieux et d’une volonté de ne pas réduire l’IA à une approche purement utilitariste.
Il est possible de tester à cette adresse le module “Elles hallucinent, ces IA génératives !” pour se faire une idée.
Des parcours, même bien conçus, ne remplacent pas des usages réels en situation d’apprentissage
Pour autant, un point de vigilance majeur doit être clairement posé : des parcours Pix, même très bien faits, même accompagnés au sein de l’établissement, ne remplaceront jamais des usages réels de l’IA en situation d’apprentissage.
Former à l’IA ne peut pas se limiter à expliquer ce qu’est une IA générative ou à apprendre à formuler des requêtes dans un environnement simulé. L’enjeu éducatif est bien celui de situations pédagogiques construites, intégrées aux disciplines, inscrites dans des projets ayant du sens, où l’IA est mobilisée comme un outil parmi d’autres au service d’objectifs d’apprentissage clairement identifiés.
Or, aujourd’hui, plusieurs conditions essentielles ne sont pas réunies.
D’abord, l’absence d’IA génératives réellement utilisables en contexte scolaire pose un problème de fond. Former les élèves à l’usage critique de l’IA sans leur donner accès à des outils encadrés, sécurisés, respectueux du RGPD et adaptés à l’école crée un décalage fort entre discours institutionnel et réalité de terrain. Ce décalage favorise mécaniquement des usages non accompagnés, de contournement, hors du cadre scolaire.
Ensuite, la formation des enseignantes et enseignants reste largement insuffisante, tant sur les dimensions techniques de l’IA générative que sur ses enjeux pédagogiques. La maîtrise d’un outil ne suffit pas. L’enjeu est celui de la scénarisation pédagogique, de l’évaluation, de la place de l’IA dans le travail intellectuel de l’élève, et de la construction de situations qui développent le raisonnement plutôt que la simple délégation cognitive. Le fait notamment que Pix+ Édu IA, qui devrait proposer des parcours destinés aux enseignants, ne soit pas encore disponible, fragilise la crédibilité du calendrier de généralisation à destination des élèves. De même, il est regrettable que le guide pédagogique associé aux parcours ne soit pas encore publié.
Enfin, les conditions matérielles et organisationnelles ne peuvent être ignorées. La généralisation des parcours Pix IA repose sur la disponibilité de terminaux numériques fonctionnels, alors même que l’usage des smartphones des élèves est désormais fortement restreint, y compris au lycée. La question des salles équipées, de leur disponibilité, du renouvellement du matériel, de la maintenance et du temps réellement dégagé dans les emplois du temps reste largement sans réponse dans la note de service.
Autonomie cognitive et vigilance pédagogique
Former à l’IA à l’École pose une question centrale pour les professionnels de l’éducation. Quel type d’autonomie voulons nous développer chez les élèves ?
L’enjeu n’est pas seulement l’autonomie technique ou l’efficacité immédiate, mais bien l’autonomie cognitive, c’est-à-dire la capacité à comprendre, questionner, vérifier, douter, croiser les sources, expliciter ses raisonnements et assumer ses choix intellectuels.
Sans un cadre pédagogique clair, l’IA générative peut tout aussi bien renforcer la dépendance cognitive que soutenir l’apprentissage. C’est précisément pour cette raison que des usages réels, accompagnés, réfléchis collectivement par les équipes, sont indispensables. Les parcours Pix peuvent préparer, alerter, donner des repères. Ils ne peuvent pas, à eux seuls, garantir cette autonomie cognitive.
L’avis de l’UNSA-Éducation
Pour l’UNSA-Éducation, le numérique et l’intelligence artificielle ne sont ni des solutions miracles, ni des menaces en soi. Ils doivent être pensés comme des outils au service des apprentissages, de la réduction des inégalités et de l’émancipation intellectuelle des élèves.
Les parcours Pix, y compris ceux consacrés à l’IA, constituent des ressources utiles et de qualité. Ils ont toute leur place dans le paysage éducatif, mais ils ne doivent pas devenir un alibi pour une politique éducative déconnectée des réalités du terrain.
Un numérique éducatif émancipateur suppose des personnels formés et reconnus, du temps pédagogique dégagé, des équipements adaptés, des outils publics ou open source maîtrisés par l’institution, et des projets construits collectivement dans le respect de la liberté pédagogique.

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