Agir contre les enclavements en Guyane
L’étape de cette fin janvier était la Guyane. Terre de contraste, s’il en est, ce territoire est à la fois lieu d’une immense richesse, naturelle (avec la forêt et l’or) et technologique (avec le centre spatial) mais aussi d’une très grande pauvreté. Dans ce département, le plus grand de France, aussi vaste que le Portugal, ce qui frappe c’est le risque d’enfermement, d’isolement. Agir contre l’enclavement était justement le thème retenu par l’équipe locale de l’UNSA Éducation pour la venue de la secrétaire générale de la fédération.
La circulation automobile – digne d’une grande métropole hexagonale – à Cayenne et dans les communes du littoral, qui frappe dès l’arrivée, est révélatrice d’une absence de transports en commun adaptés : ici la voiture est indispensable, là où il y a des routes. Sans véhicule, les Guyanais marchent, ou prennent la pirogue pour se rendre dans les villages sur le fleuve, ou chez les voisins brésiliens et surinamais, mais toujours loin des grandes villes, des aéroports, des centres. A cet isolement géographique, il faut ajouter celui technologique. Alors que des satellites sont régulièrement envoyés dans l’espace à partir de Kourou, l’internet fonctionne mal dans une grande partie de la Guyane et pannes d’électricité ou coupures d’eau sont régulières. Que dire enfin de l’isolement social d’une population jeune et en extension, mais pour laquelle le travail manque, le coût de la vie est chère, le logement est hors de prix. Des quartiers d’habitats informels se multiplient, avec des risques sanitaires, sociaux et de sécurité.
C’est dans ce contexte, mais aussi dans la luxuriance de la forêt, l’indicible beauté sauvage des fleuves et la diversité des langues et des cultures, que nos collègues mènent leur mission d’éducateurs auprès des enfants et des jeunes de cette Guyane aux multiples visages. C’est à la rencontre de leur réalité qu’a servi ce déplacement afin de pouvoir porter des revendications cohérentes et des préconisations inscrites dans la durée, en lien avec les équipes de la fédérations et de ses syndicats sur le territoire.
Avec le recteur et le président de l’université, il a ainsi été question, entre autres, de lutter contre la déscolarisation, des conditions d’exercice et de vie des personnels et de stabilisation des équipes enseignantes, en particulier sur le fleuve Maroni, de formation, de prolongement des études dans l’enseignement supérieur y compris à l’Ouest, des internats, des classes connectées… Un colloque interrogeant les relations entre l’école et la famille a été l’occasion de prolonger les échanges avec la collectivité territoriale de Guyane et le représentant des maires, d’évoquer les coopérations avec les associations, les fédérations de parents et de rappeler l’importance des accompagnements éducatifs et sociaux. Ces sujets ont aussi été l’objet d’une rencontre avec l’UNICEF, organisation avec laquelle nous partageons de nombreux constats et la volonté commune d’agir pour l’éducation en Guyane.
A Kourou, avec l’ensemble des acteurs de la municipalité et de l’État, nous avons mesuré l’ampleur du phénomène des squats, de leur impact sur la vie quotidienne et sur la scolarisation des enfants. A Maripasoula et dans les écarts de Kayodé et Elahé sur le fleuve, l’échange avec enseignant.es et AESH a mis en évidence les difficultés d’apprentissage et d’enseignement ainsi que la nécessité de mieux valoriser l’enseignement des langues et cultures des habitants.
Tout au long de la semaine, l’équipe de l’UNSA Éducation de Guyane avec les militants du SE-Unsa et la présence des représentant.es de ses syndicats (SNPDEN, SNPTES, A&I, SNIES, SNASEN, Sup’recherche, UNSA ITRF BI O) ont permis de nourrir la réflexion du plaidoyer et de l’inscrire dans le concret des réalités locales. D’ores et déjà, l’UNSA Éducation va interpeller les décideurs et le ministre de l’éducation nationale sur les urgences, par exemple en affirmant notre opposition à une carte scolaire en déconnexion totale avec cette réalité territoriale.

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