4 années sous les bombes : être enseignant en Ukraine
En quoi le système éducatif est désorganisé par la guerre ?
De différentes manières, par exemple sur la ligne de front, des écoles ont été enterrées, elles sont construites en souterrain. Cela concerne une zone à 40 kilomètres de la zone de front où les attaques sont constantes. On s’est inspiré de ce qui avait été fait de manière improvisée dans le métro au début du conflit.
Beaucoup d’élèves sont aussi partis à l’étranger. Par exemple à Tallinn on avait une école ukrainienne. Mais les effectifs de cette école sont passés de 600 à 400 élèves car les familles choisissent de plus en plus de scolariser leurs enfants dans les systèmes éducatifs des pays qui les accueillent.
En effet beaucoup d’habitants ont quitté le pays, plusieurs millions de personnes.
Dans le reste de l’Ukraine, les destructions d’écoles entraînent une pénurie de locaux, à certains endroits on doit fonctionner avec plusieurs services scolaires : On reçoit une partie des élèves de 8h30 à 11h, puis de 11h à 14h, puis de 14h à 17h. En effet les écoles qui continuent à fonctionner sont surpeuplées du fait des déplacements de population.
Plus de 4000 écoles ont été touchées par les bombardements et 400 totalement détruites.
Le budget ne permet pas de les reconstruire.
Quelles sont les difficultés majeures auxquelles sont confrontés les personnels éducatifs en Ukraine ?
Les collègues sont épuisés. Ils vivent sous la menace et l’instabilité constante depuis 4 ans. Il est impossible de planifier quoi que ce soit, les nuits sont courtes avec les bombardements. On change de plan constamment, y compris dans la pédagogie. On a été obligé de réduire les programmes scolaires de ce fait. Il est important de soutenir les élèves qui sont stressés, épuisés par 2 ou 3 réveils par nuit. Le soutien psychologique ne suffit pas car avec la fatigue accumulée tant les élèves que les personnels ont du mal à se concentrer. 80 % des élèves souffrent de traumatismes après 4 années de guerre.
A quels défis faites-vous face en tant qu’organisation syndicale ?
La pénurie d’enseignants est de plus en plus grave en Ukraine, notamment en sciences. Beaucoup de collègues ont quitté la profession pour exercer d’autres métiers. On est passé de 500 000 à 360 000 enseignants. L’inflation est galopante et les salaires sont de plus en plus insuffisants pour y faire face. Ils sont au niveau du salaire minimum.
Le dialogue social porte souvent sur cette question des salaires. D’autant plus que les enseignants travaillent encore plus depuis le début du conflit, ils font du soutien scolaire notamment.
Notre syndicat revendique des salaires plus compétitifs pour lutter contre cette pénurie. La loi sur l’éducation n’est pas respectée, alors qu’elle indique que les salaires des enseignants doivent être au moins égaux à 3 fois le salaire minimum. Or le salaire d’entrée d’un enseignant ukrainien est aujourd’hui à 200 dollars mensuels ! Et le gouvernement demande en plus aux enseignants restants de travailler plus en exigeant une augmentation de 18 à 22 heures de cours ce qui aggrave la pénurie !
Nous nous sommes battus pour obtenir une augmentation de salaire, et ils augmenteront de 30 % au 1er janvier 2026 et encore 20 % au 1er septembre 2026 mais c’est insuffisant pour revaloriser la profession. Une prime de « prestige » du métier a été annoncée mais elle est à la charge des provinces qui n’ont pas les moyens de verser les 30 % de salaire annuel qui était prévue.

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