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Le principe de laïcité dans les établissements français de l’étranger : Dissolution programmée ou refondation nécessaire ?

Article publié le mercredi 27 janvier 2021
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Le réseau des écoles et lycées français à l’étranger est en plein développement. Rien que pour l’année scolaire 2019/2020, ce sont dix-neuf nouveaux établissements qui ont été homologués par l’éducation nationale française pour rejoindre le réseau d’enseignement piloté par l’AEFE. C’est la conséquence de l’engagement pris par le Président de la République de doubler les effectifs d’élèves d’ici 2030.

Malheureusement un risque existe aujourd'hui que les valeurs de l’enseignement français et notamment la laïcité ne soient progressivement sacrifiées sur l’autel du développement de ce réseau, passées à la trappe face à la logique du nombre. Nous ne pouvons nous résoudre à la dilution ou à l’affaiblissement d’un principe républicain fondamental. L’enseignement français c’est la laïcité. Sans laïcité il n’y a plus d’enseignement à la française.

Pour être homologué un établissement partenaire doit, entre autres principes et critères, respecter «les principes, programmes et valeurs du système éducatif français ». Il doit donc certes s’engager à suivre le programme français et enseigner en français mais aussi à appliquer pleinement le respect du principe de la laïcité, qui est donc, un préalable incontournable entendu dans son acception la plus large comme valeur positive d’émancipation.

Enseigner ses principes et valeurs dans les classes permet d’assurer aux élèves l'accès à une culture commune et partagée. La neutralité des personnels et des enseignements laïques garants de la diversité des visions du monde en sont la contrepartie. Au nom de la liberté de conscience les croyances demeurent une affaire privée dans les salles de classe des écoles françaises de Tunis comme de Stockholm, de Washington ou de Hong Kong.

Les établissements étrangers restent néanmoins soumis aux lois locales. C’est pour cette raison que les lois françaises ne s’y appliquent pas, mais cela ne signifie pas qu’ils doivent s’affranchir de l’obligation de transmettre aux élèves qu’ils scolarisent le sens et la valeur de la laïcité.

Ainsi l’affichage de la charte de la laïcité dans un lieu visible est une règle, même si des dérogations peuvent être sollicitées avec l’accord du poste diplomatique, dans des environnements et contextes très spécifiques.

Ces convenances témoignent d’aménagement au principe de laïcité qui doit se concilier avec le respect des cultures et lois locales. Mais son esprit et ses valeurs demeurent car au cœur de l’identité éducative à la française. Car la laïcité garantit la liberté de conscience, permet la libre expression de ses convictions dans le respect de celles d’autrui. Elle offre donc l’exercice d’une citoyenneté en actes, et permet aux élèves d’exercer leur libre arbitre en leur assurant l’accès à une culture commune et partagée. Il ne peut donc avoir d’enseignement français homologué sans engagement à faire vivre et partager les valeurs qu’elle véhicule.

Des indices viennent pourtant nous faire craindre des aménagements coupables du principe, son affaissement voir, pire, sa mise sous le tapis.

Parmi les nouveaux établissements récemment homologués plusieurs d’entre eux ont d’emblée préféré ignorer le principe de laïcité devenu, dans l’esprit de ses responsables, une simple option dispensable. Ce qui n’est pour l’heure qu’une série de constats isolés et limités à certaines zones géographiques aura-t-elle vocation à s’étendre ?

Pire, quelques enseignants, fort heureusement très minoritaires, ont pu également adapter leurs enseignements aux impératifs anti-laïques portés, notamment, par des États du Golfe ou d’Arabie et offrir une version tronquée de la laïcité en évitant certains sujets ou contenus de cours. Ne les blâmons pas, car livrés à eux-mêmes, leur attitude n’est que la conséquence d’une dilution complète des valeurs de l’enseignement dans certains de ces établissements. Plus grave et inquiétant est la totale impunité dont jouissent ces établissements pourtant homologués par l’éducation nationale française.

Nous avons pu constater clairement au dernier conseil d’administration de l’AEFE le 24 novembre 2020 que la laïcité est entourée de tabous à l’AEFE : La direction s’est avérée incapable de communiquer la liste des établissements du réseau n’affichant par la charte de la laïcité comme de localiser au plan géographique les incidents ayant suivi les propos d’Emmanuel Macron sur les caricatures de Mahomet et l’hommage à Samuel Paty.

Où s’arrêtent les impératifs diplomatiques et la nécessité d’enseigner dans la sérénité ? Où commencent la compromission et l’abandon programmé de nos valeurs et principes ?

L’UNSA est à ce stade la seule organisation syndicale à aborder le sujet de la laïcité directement. Nous ne voudrions pas être les témoins d’une dissolution annoncée. Nous formulons donc, au-delà de la mise en actes de plans de formation pour les personnels, une proposition forte : Que soit créé un référent laïcité auprès de la nouvelle direction du développement et de l’accompagnement du réseau. Ce référent sera chargé de veiller à l’application pleine et entière de ce principe dans le réseau des écoles et lycées français de l’étranger. Face au risque de dilution, le temps de la refondation laïque est venu.

Boris Faure,
Secrétaire national Hors de France AetI-Unsa

Serge Faure,
Proviseur,
Secrétaire académique étranger SNPDEN

Adrien Guinemer,
Chargé de mission Hors de France UNSA-Éducation

Djamel Souiah,
Secrétaire général Hors de France SE-Unsa




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