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Des villes conçues par des hommes pour les hommes ?

Article publié le mercredi 2 avril 2014
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Deux fois plus de garçons que de filles profitent des équipements publics culturels ou de loisirs pour les jeunes.
Comment expliquer que, si la pratique sportive des garçons reste stable tout au long de l’adolescence, ce n’est pas le cas des filles ?
C’est ce que tente d’expliciter une enquête menée dans plusieurs villes par des chercheurs du CNRS.


« Canaliser la violence des garçons »
En se penchant sur la place des femmes dans l’espace urbain, et en étudiant  les structures subventionnées par les mairies, leur usage par sexe et par âge, Yves Raibaud, du laboratoire « Aménagement, développement, environnement, santé et sociétés  du CNRS», à travers plusieurs enquêtes, a mis en lumière la valorisation du sport masculin et un certain désintérêt de la collectivité pour les activités dites « féminines » telles la danse ou la gym.
Il ressort des entretiens menés avec des animateurs(trices) et des élu(e)s ou responsables des politiques de jeunesse que : « les filles sont plus mûres, elles savent mieux s’occuper, elles préfèrent rester chez elles » ; « ce qui est important, c’ est de s’occuper des jeunes les plus difficiles, en échec scolaire, avant qu’ils ne tournent mal » (sous-entendu des garçons !).
Les filles décrochent à partir de la classe de 6è des activités de loisir sportif, culturel ou généraliste proposés par les municipalités. En effet, l’offre de loisirs qui se met en place, sous couvert d’être « neutre » est, de fait, en réalité destinée aux garçons ; ce que les élus et responsables municipaux, justifient par un fort souci de canaliser la violence des « jeunes ». « Ils ne précisent jamais le sexe des jeunes incriminés, mais personne ne s’y trompe » commente Yves Raibaud. Cette démarche entraîne en réalité une plus grande appropriation de l’espace public par les garçons, reléguant de fait les filles à l’univers domestique.
Autre effet, « l’hypersocialisation des garçons par le sport et les cultures urbaines valorise le modèle d’une masculinité hégémonique, et, avec elle, les conduites viriles et leurs avatars, le sexisme et l’homophobie, lesquels sont en général moins prégnants dans des groupes mixtes ».

En janvier 2014, un rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective: « lutter contre les stéréotypes filles-garçons », (voir l’article 877) soulignait, lui aussi, l’opposition qui existe encore très souvent entre « la compétition sportive », essentiellement masculine et les loisirs « sérieux », surtout féminins, comme la lecture par exemple.  Il précisait qu’au niveau des pratiques éducatives, les filles ont intériorisé très tôt qu’on leur attribuait : respect de l’autorité, calme, obéissance alors que les garçons savent qu’on les juge agités, rebelles voire agressifs et les éducateurs ont encore tendance à s’adapter à ces stéréotypes au lieu de les combattre.

Une conception « genrée » de l’espace urbain
Une autre étude du CNRS démontre que ces inégalités se retrouvent dans le mode de gestion des villes. La présence des femmes aux postes clés y est faible ; les architectes, urbanistes, directeurs des services d’équipement et concepteurs des programmes urbains sont presque exclusivement des hommes. La participation citoyenne est souvent dominée par les hommes. L’étude ajoute que « des ‘marches exploratoires de femmes ‘ organisées dans quelques villes de France, permettent de faire connaitre une autre vision de la ville, qui surprend toujours en ce qu’elle est radicalement différente de celle qui est généralement préconisée ».
Une étude en cours sur « les bonnes pratiques de la ville durable sous l’angle du genre » révèle par ailleurs que la pratique du vélo est majoritairement masculine. De même pour la marche, le covoiturage et les transports en commun (qui évoquent pour les femmes un risque de harcèlement).
Dans son rapport, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective soulignait également « les contraintes matérielles et logistiques qui pèsent lourd, notamment sur les filles dont la mobilité physique est beaucoup plus contrainte et encadrée : absence ou rareté des transports en commun pour se rendre à un entraînement –zones rurales ou périurbaines-, absence d’encadrement ou de créneaux horaires pour les filles ou absence d’équipe féminine –en particulier dans les sports dits ‘masculins’ ».

Des pistes de remédiation
L’étude d’Yves Raibaud préconise la mise en place de dispositifs d’observation et d’évaluation des politiques publiques sous l’angle du genre ce qui permettrait aux municipalités de prendre conscience de l’injuste redistribution de l’offre publique de loisirs. Elle invite également les municipalités à réfléchir aux lieux d’accueil collectifs pour adolescents afin que les filles en retrouvent l’usage.
Elle propose enfin la création d’un « observatoire des inégalités de genre » qui  exerceraient une fonction de veille sur ce que produisent les politiques publiques d’habitat, de transport, d’équipement et d’aménagement.


L’Unsa Education se réjouit que ces différents rapports s’intéressent à  la problématique de l’égalité par l’entrée des territoires. Un projet de société qui prend en compte les territoires avec comme finalité une meilleure réussite de toutes et de tous est, en effet pour nous, indispensable.

Lire le dossier dans le journal du CNRS ici




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