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De l’éducation en littérature

Article publié le mercredi 16 janvier 2019
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Parfois on l’a sous le sapin, parfois on l’a lu avant qu’il ne le devienne, parfois il nous fait découvrir un écrivain, parfois il couronne un écrivain qu’on aime déjà, parfois il met en lumière une histoire du présent, parfois il est historique, et parfois il nous parle de nous et même de notre monde professionnel…..De qui s’agit-il ?….  LE GONCOURT !

Si on a entendu et vu  Nicolas Mathieu, médiatisé car lauréat du Goncourt 2018, on sait que son roman « leurs enfants après eux » (Actes Sud, août 2018) est classé dans la famille « roman social ». C’est à dire qu’il nous plonge dans la société actuelle du côté de ses ratés : ses dysfonctionnements, et ses citoyens.  Ceux qu’on oublie ou qu’on ne veut pas voir, les pauvres, les ruraux, les banlieusards provinciaux, mais aussi ceux qui ont de l’argent gagné honnêtement ou en trafics, ceux qui veulent s’échapper par l’ascenseur social ou tout oublier grâce à l’alcool et la drogue, …. Dans ce roman, l’auteur nous parle également d’éducation, et de reproduction sociale. Steph et Clem sont deux amies en 1994, elles passent le bac, l’une est fille de concessionnaires de voiture, l’autre est fille de médecin et d’inspectrice d’académie. Steph est élève moyenne, Clem est très bonne élève.
«  A la maison, il fallait remettre ça, bosser jusqu’à 21 heures, voire pire. Clem venait potasser en binôme. Les filles passaient pas mal de temps à dépiauter les filières universitaires. Parce que Steph ne s’était pas véritablement intéressée à son orientation. Elle découvrait une nébuleuse, cursus royaux, voies de garage, parcours en cul-de-sac, vaines licences ou BTS conduisant à des jobs bien rémunérés mais sans espoir de progrès. A l’inverse. Clem maîtrisait admirablement cette tuyauterie des parcours. Depuis toujours, elle se préparait. Et Steph soudain découvrait que le destin n’existait pas. Il fallait en réalité composer son futur comme un jeu de construction, une brique après l’autre, et faire les bons choix, car on pouvait très bien se fourvoyer dans une filière qui demandait des efforts considérables et n’aboutissait à rien. Clem savait tout ça sur le bout des doigts. Son père était médecin, sa mère inspectrice d’académie. Ces gens-là avaient presque inventé le jeu. (…)
Avec Clem, elle découvrait le tableau dans son ensemble. Les décideurs authentiques passaient par des classes préparatoires et des écoles réservées. La société tamisait ainsi ses enfants dès l’école primaire pour choisir ses meilleurs sujets, les mieux capables de faire renfort à l’état des choses. De cet orpaillage systématique, il résultait un prodigieux étayage des puissances en place. Chaque génération apportait son lot de bonnes têtes, vite convaincues, dûment récompensées, qui venaient conforter les héritages, vivifier les dynasties, consolider l’architecture monstre de la pyramide hexagonale…. 
»
« Leurs enfants après eux », c’est-à-dire que ce sera pour leurs enfants la même tuyauterie… et c’est malheureusement encore vrai aujourd’hui. Quand la littérature nous donne à voir un pan des inégalités sociales, scolaires, elle nous éclaire et nous conforte dans l’engagement de nos métiers d’éducateurs. Un engagement qui s’inscrit aussi dans l’action syndicale telle que celle portée par l’Unsa Education   avec un projet de transformation  sociale, d’émancipation citoyenne par l’éducation. Un idéal qui donne sens et perspective à notre quotidien d’acteurs éducatifs, pour que d’autres enfants et pas que les nôtres puissent aspirer à grandir, progresser ici, maintenant et demain.


Ivry, le 16 janvier 2018, Béatrice Laurent.




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