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Comment éduquer avec tact ? Entretien avec Eirick Prairat

Article publié le lundi 8 janvier 2018
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Eirick Prairat est professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Lorraine. Ses travaux en philosophie l’on conduit à croiser éthique et éducation. Il défend la nécessité de créer une déontologie pour les enseignants et vient de publier Éduquer avec tact*, une réflexion sur cette vertu éthique et pédagogique.

Pourquoi associer le tact à l’Education ?
Le tact est une vertu reconnue comme indispensable dans les métiers de la santé, du soin : agir avec tact est une des compétences à acquérir par ces professionnels. C’est une vertu ignorée des métiers de la relation que sont les métiers de l’Éducation. Et pourtant, c’est la vertu relationnelle par excellence, essentielle pour une vie sociale apaisée. On peut le définir en le distinguant et en l’opposant à la civilité. La civilité c’est le respect des usages et des conventions alors que le tact se manifeste précisément là où les préconisations et les règles viennent à manquer. C’est un talent pédagogique car le tact aide à décider rapidement en situation. Il est à la fois sens de l’adresse et sens de l’à-propos. Sens de l’adresse, car quand je parle à Antoine, je ne parle pas à Younes et quand je parle à Younes, je ne parle pas à Marine. Sens de l’à-propos, car c’est le sens de ce qui doit être dit mais aussi de ce qui doit être tu ou de ce qui sera dit plus tard. Il y a dans le tact, un souci de la manière, et il s’y manifeste une sensibilité à autrui. L’esthétique du tact est celle de l’élégance morale. L’élégance morale, c’est une élégance de la présence, savoir se poser sans s’imposer.
Peut-on apprendre le tact ? Et comment ?
Le tact s’acquière au contact des personnes qui en font preuve, on emprunte énormément à d’autres pour devenir qui on est, professionnellement et personnellement. Etre soucieux de l’autre, ce n’est pas naturel, ça se construit. En formation initiale des enseignants, on peut l’intégrer dans le cadre général de la formation éthique. Je vois trois types d’activités pour éveiller à cette vertu : le cas pratique (cas d’école ou cas exemplaire à étudier et soumettre à la discussion),  les dilemmes moraux et l’écriture (mise en mots de situation ordinaire d’un professeur). Ces trois activités doivent s’exercer selon la même modalité dans la durée : en petits groupes, toujours les mêmes, pour instaurer une confiance partagée et une absence de jugement.

Vous appelez de vos vœux un cadre déontologique pour les enseignants, de quoi s’agit-il ?
On peut définir simplement la notion de déontologie comme un ensemble de normes d’usages auxquelles des professionnels se réfèrent et qu’ils acceptent pour accomplir leur mission. J’y vois trois grandes fonctions : participer à la définition d’une identité professionnelle, donner des point de repères pour agir, et enfin une fonction de moralisation des pratiques professionnelles.
Peut-on étendre ce cadre déontologique au-delà de la profession enseignant à tout personnel d’éducation ou d’encadrement ?
Il pourrait y avoir une partie commune, qui est le dessein de la République de former ses citoyens mais je pense que chacun des métiers de l’éducation a une spécificité qui se doit d’être écrite, formalisée. Aujourd’hui, tout est dispersé dans des circulaires, dans le code de l’éducation, je souhaite une déontologie minimaliste que je qualifie de sobriété normative. Pas trop de recommandations, mais une aide pour exercer les métiers. La Suisse Romande s’est dotée d’un tel outil, en France, les Inspecteurs Généraux de l’Éducation Nationale ont été les premiers à le créer, et c’est encore récent (juillet 2014 ndlr).

*Eduquer avec tact, Eirick Prairat, ESF Sciences Humaines, septembre 2017




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