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Zèbres et crapauds fous

Article publié le mercredi 17 janvier 2018
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On les a longtemps pris pour des surdoués, puis qualifiés de précoces avant, dorénavant, de les considérés comme à « haut potentiel ». Ils ont des fonctionnements différents des autres.

S’ils ont des facilités dans certains domaines, ils peuvent être en difficulté dans d’autres. Certains sont hyperactifs ou hypersensibles.

Chez les enfants, si la plupart suivent une scolarité sans peine, certains sont très en avance, d’autres inadaptés au système scolaire. Ils peuvent tout autant être en avance ou victime de phobie scolaire.

Plus intelligents ?
Pas forcément, mais différents.

Ils utilisent volontiers le qualificatif de « zèbre ». Pas mieux, ni moins bien qu’un cheval mais agissants, réfléchissants, apprenants autrement.

Autre mode de fonctionnement atypique : les crapauds fous.

L’histoire est de saison.

Chaque année, les crapauds se rendent sur les mêmes lieux pour se reproduire. Leurs déplacements peuvent les obliger à traverser des routes où les dangers d’être écrasé sont énormes. Ce sont donc des populations entières qui sont décimés.

Mais les scientifiques ont observé que certains individus dans les communautés de crapauds avaient des fonctionnements différents. Ils changent le chemin de leur déplacement, prennent les tunnels aménagés à leur intention ou change de territoires de reproduction.

Parce qu’ils se comportement autrement des autres, parce qu’ils entrainent avec eux d’autres membres de leur communauté, ils assurent la sauvegarde de l’espèce.

Thanh Nghiem, réfléchissant sur la manière de réagir et d’agir face aux dysfonctionnements de notre monde actuel, a été inspirée par cette observation scientifique.

Et si les comportements hors-normes, « a-normaux » étaient une piste de solution. Une manière de construire des réponses…

Avec Cédric Villani, elle a animé un collectif qui a rédigé et publié « le manifeste des crapauds fous » .

Zèbres, crapauds fous…

Manière de faire et d’être différente, atypique, anormale…

Penser et agir autrement…

Et si là était la richesse, dans le fait de promouvoir et de valoriser la neurodiversité.

Non dans un souci de compétition, de concurrence ou de comparaison. Il ne s’agit pas de savoir qui a le plus gros… cerveau, Q.I., … (laissons au Président des Etats-Unis et aux boutons nucléaires cette approche stérile). Mais bien dans une recherche d’intelligence collective, d’éclairages différents et complémentaires, de compréhension croisée et d’élaboration diversifiée.

Dans un groupe, l’enrichissement ne vient pas d’un mode de pensée unique et identique. Il nait des approches multiples, du résultat de leurs rencontres, de leurs confrontations, de leurs ajouts.

« Il y a plus dans cent têtes que dans une » affirme un dicton populaire. Encore faut-il qu’il n’y ait pas cent fois la même chose. Mais bien cent manières de ressentir, d’analyser, de réagir, de proposer…

Eloge de la diversité.

Il débute avec l’Education.

Avec la capacité de permettre à chacune et chacun d’être soi-même. Avec l’acceptation du « hors-norme ». Avec la valorisation de toutes les mixités. Avec la recherche de plusieurs manières de résoudre des problèmes, diverses façons d’aborder une nouvelle notion, différents mode de mémorisation ou d’apprentissage…

Avec la reconnaissance que c’est dans les classes, les écoles, les établissements qui savent le mieux développer cette hétérogénéité que le niveau est le meilleur.

Et si c’était nos différences qui faisaient notre force, notre diversité notre avenir.

Et si nous étions toutes et tous de drôles de zèbres ou de crapauds fous…

 

Denis Adam, le 17 janvier 2018

 

Thanh Nghiem et Cédric Villani, Le manifeste du crapaud fou, Massot Editions, 2017




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