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Tous n’en mouraient point mais tous pourraient être frappés

Article publié le jeudi 20 novembre 2014
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« Comme tout virus assassin, il arrive toujours sans prévenir, il s’étend rapidement, il sème l’effroi et l’incertitude. Il mute, il se cache, il se camoufle derrière mille visages. L’ignorer n’est pas la solution. S’il se propage (et croyez-moi il le fera), il deviendra encore plus virulent, rapide, imprévisible qu’il n’était. Le détecter est possible, certes, mais au moment où vous croirez pouvoir le faire, quand vous penserez pouvoir le contrôler, il aura déjà changé d’aspect et il réapparaitra là où vous vous y attendrez le moins : dans une autre ville, dans un autre pays, dans un autre corps. Et il faudra recommencer.


Vous savez tout ou vous croyez tout savoir sur lui : sa nature, sa composition, sa façon de se multiplier et les voies par lesquelles il se transmet. Vous savez ou croyez savoir, où le trouver, comment le freiner, quand le vaincre. Vous croyez aussi, ou vous voulez croire, qu’il sera toujours temps pour cela, que ce n’est pas notre problème mais celui de quelques malchanceux dont la triste réalité nous est étrangère. (…) Inconscients du danger qu’il entraîne, vous ne percevrez ni sa force ni sa puissance.
Si vous faites partie de ces personnes sensibles à l’esprit avisé, peut-être prêtez-vous quelque intérêt aux nouvelles venues de ces terres lointaines, vous indignez vous devant tant de cruauté, furieux élevez-vous la voix et peut-être même vous demandez vous s’il y a moyen de faire quelque chose. Et, pendant ce temps, le virus, continue sa progression inexorable semant l’angoisse, défrichant les peurs, fauchant des vies ici et là, sans pitié, avec acharnement. (…)


Bien sûr, pour vous, c’est quelque chose de lointain, à tel point que c’est avec difficulté que vous percevez son écho. Et cela continuera ainsi pendant un certain temps. Mais il s’avère que ce virus qui, hier encore vous était étranger, lointain et distant, entre aujourd’hui solidement ancré dans votre vie au point de la faire trembler. Vous tenterez alors de trouver une explication convaincante pour comprendre ce qui a échoué, comment il est possible qu’il soit ici. Vous ne chercherez pas des raisons mais des excuses. Vous savez, celles qui apaisent les paniques et calment les consciences : l’erreur est humaine, la mauvaise gestion, l’imprudence peut-être…. Cela n’aura pas d’importance, parce que lorsque vous l’aurez trouvée le virus sera en vous et vous ne pourrez plus vous en débarrasser. Et pour la première fois, vous aurez peur, une peur ancestrale, atroce, si réelle qu’elle vous en fera mal au ventre. Et tandis que vous vous consumerez en fièvres hémorragiques, vous vous souviendrez de ces gens avec leur triste réalité, et vous vous demanderez pourquoi, alors qu’il était encore temps, vous n’avez pas fait ce qu’il fallait. Et ces angoisses, ces peurs, ces vies que le virus a ôtées dans d’autres lieux, seront alors vos peurs, vos angoisses, vos vies. Il ne servira à rien de s’indigner, parce que ceux qui arriveront à se sauver le feront seulement pour constater leur impuissance. Ce sera alors que le virus imposera ses règles, fixera ses conditions.


Ce virus pourrait être Ébola, mais ce n’est pas lui. Ce virus s’appelle Boko Haram".



Édito du journal Géo, version espagnole, nous avons voulu vous faire partager ce texte que nous avons traduit (et légèrement raccourci) qui nous a semblé illustrer parfaitement la prise de conscience nécessaire face à tous les extrémismes contre lesquels nous devons avoir l’esprit en éveil, contre lesquels il est nécessaire de lutter. Ici ou ailleurs, dans un futur proche ou plus lointain, nous pouvons tous être concernés par ce virus assassin.


Références : Texte tiré du N° 330- de la revue espagnole GEO. L’Edito est signé de Julián Dueñas, directeur de Geo.




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