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Responsabilités complémentaires

Article publié le mercredi 27 septembre 2017
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Que diraient les membres du Medef si demain une organisation syndicale de l’Education organisait une campagne de réflexion et d’action pour faire évoluer l’entreprise ?

Comment réagiraient-ils si en marge de cette démarche, dans une plaisanterie reconnue nulle, un slogan du type « nos élèves s’inséreraient dans la vie professionnelle si les patrons changeaient d’attitude » émaillait les réseaux sociaux ?

Trouveraient-ils cela normal et patienteraient-ils avant de recevoir des excuses officielles ?

Les leurs, vis-à-vis des enseignants et des personnels d’éducation ont fini par venir, certes après que le ministre de l’éducation nationale se soit déclaré scandalisé…mais on peut certainement considérer que cet événement est clos.

Pourtant, au-delà de l’anecdote, il est révélateur d’un comportement : chacun en France se pense légitime pour émettre des avis sur ce que devrait être ou faire l’Ecole. Parce que nous sommes tous des anciens élèves et que nous avons dans notre entourage des jeunes qui sont élèves à leur tour… Un peu comme les supporters de l’équipe de France de football, s’imaginant pour la plupart des compétences de sélectionneur et d’entraineur…

Inversement, la critique selon laquelle, les professionnels de l’Education ne connaitraient rien au monde de l’entreprise, les disqualifie presque systématiquement pour participer au débat de son évolution.

Alors certes, il est vrai qu’une partie des professeurs ne quitte jamais vraiment l’Ecole, passant du statut d’élèves et d’étudiants à celui d’enseignants sans détour par le secteur privé et marchand. Mais beaucoup font ce détour, ne serait-ce que par les jobs d’étudiants. Nombreux sont ceux qui travaillent avec des entreprises, suivent des stagiaires, construisent des partenariats. Un établissement scolaire a des prestataires, autant d’entreprises avec lesquelles les personnels (administratif, de gestion, de direction, les « chefs de travaux »…) ont l’habitude de travailler et dont ils connaissent le fonctionnement.

A contrario, combien de patron du CAC 40 ont étudié dans un collège relevant de l’éducation prioritaire, ont été orientés en baccalauréat professionnel, ont suivi la voie de l’apprentissage, ont subi une orientation contrainte, ont galéré en premier cycle universitaire ?

Chercher la faille qui discrédite l’autre est aisé. Dans tous les sens. Mais n’apporte rien.

Cela peut donner l’illusion d’avoir déniché les coupables. Et, par là même, empêche de prendre ses propres responsabilités et d’agir.

Oui, notre système scolaire, plus largement tout notre système éducatif, doit évoluer. S’il est performant pour une grande partie des jeunes, il peine à tous les faire réussir, en particulier ceux qui familialement, socialement, culturellement, économiquement sont déjà les plus fragiles.

Oui, le monde de l’entreprise, doit, lui aussi, évoluer. Il peine trop à jouer la carte de la diversification des profils dans ses recrutements, à développer son rôle formateur, à promouvoir les évolutions internes, à reconnaitre et à développer l’expertise acquise.

L’entreprise ne peut, ni ne doit, se substituer à l’Ecole.

L’Ecole n’a pas vocation à travailler sur la seule employabilité de ses élèves.

Mais toutes deux ont à travailler ensemble -et pas uniquement dans le cadre de la voie professionnelle ou dans le cadre de l’alternance- pour construire le parcours qui forme l’humain, le citoyen, le travailleur de demain.

Sortir des oppositions stériles, dépasser les querelles inutiles, cesser de renvoyer les fautes sur l’autre serait un bon début pour entreprendre un travail conjoint sur l’évolution de l’Education, de la formation et du monde du travail en cohérence avec la société plus juste et plus solidaire à construire dès aujourd’hui et pour demain.

Un formidable objectif pour engager la responsabilité des professionnels de l’Education et celle des patrons dans une démarche complémentaire.

 

Denis Adam, le 27 septembre 2017
 

 




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