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Passer au niveau supérieur

Article publié le mercredi 23 août 2017
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La nouvelle livraison 2017 du classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai dit classement de Shanghai interroge une fois de plus le monde universitaire et la place des universités françaises.

En fait ce classement rend essentiellement compte des résultats quantitatifs de la recherche universitaire puisqu’il s’appuie sur le nombre de prix Nobel, de médailles Fields, de publications dans les revues anglophones « Nature » et « Science »...

Il est donc important puisqu’il est une vitrine révélatrice de la recherche universitaire dans le monde aujourd’hui. Vouloir l’ignorer serait une erreur.
Ce classement par ailleurs ne dit rien de la qualité des enseignements et des méthodes pédagogiques mises en œuvre, de la vie étudiante, du taux d’échec et de réussite, de la sélection, du prix des études…

Il n’est donc pas un outil permettant de travailler à la démocratisation et à la réussite de tous les étudiants dans leurs études supérieures. Vouloir l’utiliser à ces fins serait également une erreur.

 

Que retenir donc ?

Tout d’abord que la recherche et l’enseignement sont indissociables à l’université. Que l’un nourrit l’autre. L’enseignement universitaire est le lieu de transmission des résultats de la recherche et dans le même temps, il est le creuset de « fabrication » des futurs chercheurs. Le fait donc d’insister sur le double caractère des enseignants-chercheurs est une ressource qui doit être renforcée.

Ensuite, il faut certainement regretter que seules les sciences dites « dures » soient prises en compte ici et nullement les sciences « humaines et sociales », alors qu’elles ont tout autant à apporter même si leurs avancées ne se traduisent pas aussi immédiatement en brevets ou en applications « rentables ».

Enfin que différents systèmes universitaires coexistent dans le monde et qu’ils ne conduisent pas tous aux mêmes modèles d’enseignement et donc de société. Si certains systèmes peuvent et doivent (certainement) évoluer, la normalisation ne peut en rien être un objectif.

 

Que cela signifie-t-il pour l’ESR en France ?

Le système français souffre d’un double déficit : celui historique d’une concurrence (souvent déloyale) entre les universités et les grandes écoles qui peine à se résorber et celui d’un échec massif des étudiants en premières années universitaires.

Là encore, une mauvaise approche serait de renvoyer les responsabilités aux autres :
- La faute aux universités qui ne veulent pas évoluer
- La faute aux lycées qui préparent mal les élèves
- La faute à la sélection des grandes écoles
- La faute à l’absence de sélection à l’entrée de l’université
- …
La liste pourrait être longue et certainement inutile.

Si l’objectif à atteindre et de permettre à chaque jeune qui le souhaite de mener avec réussite des études supérieures, alors la solution est une démarche globale, systémique.

Tout commence dès le lycée avec la classe de seconde. Tout commence avec une autre manière d’envisager l’orientation afin qu’elle soit un choix positif. Tout commence avec le renforcement des liens entre lycée et université. Tout commence par des passerelles, du tutorat, des possibilités de réorientation, de remise à niveau… par le droit de se tromper et pas par l’illusion que chacun peut tout réussir toujours…

Le classement de Shanghai invite à mieux réfléchir le système universitaire dont la France veut se doter :
- Celui d’une petite élite qui alimentera quelques universités de prestige
- Ou celui d’une ouverture de l’enseignement supérieur au plus grand nombre dans des universités capables de combiner la production d’un haut niveau de recherche et l’accompagnement au plus près de ses étudiants, en particulier de ceux qui en ont le plus besoin.

Si c’est ce deuxième choix que la France veut faire pour son avenir, il est plus que temps pour l’ambition dans l’ESR, de passer au niveau supérieur, d’entreprendre les évolutions nécessaires et d’y mettre les moyens indispensables.

 

Denis Adam, le 23 août 2017
 




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