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Pas de place pour la chance

Article publié le mercredi 1er novembre 2017
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On ne les aura pas beaucoup entendus, les partisans de « l’égalité des chances ». Ils auraient pourtant dû se féliciter du tirage au sort pour l’entrée à l’Université…

Car c’est justement ça l’égalité des chances. Le lièvre et la tortue sur la même ligne de départ. Les mêmes possibilités pour tous de remporter le gros lot au loto. Les mêmes probabilités pour chacune et chacun d’être tiré au sort pour la filière demandée…ou pas.

L’aberration de ce système s’est révélée à la dernière rentrée. Surtout parce que de brillants élèves, venant d’obtenir leur baccalauréat avec mention n’ont pas été retenus. Système inique et injuste.  Certes oui. Mais il l’était depuis longtemps déjà pour d’autres.

Il ne peut en effet y avoir de la place à la chance, ou au hasard, dans la manière de construire les parcours d’Education des jeunes d’un pays.

Le droit doit être la règle.

Et en l’occurrence le seul droit qui doit prévaloir est celui de permettre à toutes et tous de réussir.

Permettre au lièvre et à la tortue d’avoir comme objectif et comme but atteint la même ligne d’arrivée, nécessite certainement que le chemin soit adapté à l’un et à l’autre. Que le lièvre puisse courir. Que la tortue puisse aller à son rythme. Que l’un comme l’autre soient accompagnés pour franchir les obstacles, alors qu’ils ne seront pas confrontés de manière identique aux mêmes difficultés tout au long de leur cheminement.

L’égalité des droits c’est d’abord un accès identique à l’information. La reproduction sociale est fortement favorisée par la connaissance que les élites ont du système scolaire et universitaire. Ils sont à l’aise avec son fonctionnement et peuvent donc y guider sans de peine leurs enfants. A l’inverse, les familles les plus éloignées de la culture scolaire et universitaire ont plus de mal à s’y repérer et donc à aider leurs enfants à bien s’y orienter.

Une meilleure lisibilité des formations, des parcours, des attendus, des contenus, des débouchés, accessible à tous est donc indispensable. Elle est la première condition de la réussite.

Evidemment, elle ne peut suffire. D’autant plus dans un monde du travail en pleine mutation et dans lequel une grande partie des métiers de demain n’existe pas encore. Raison de plus pour donner à chacune et chacun un bagage permettant d’évoluer, de continuer à apprendre et à se former, de s’inscrire dans une éducation tout au long de la vie.

Permettre à chaque jeune de réussir et de s’épanouir dans son cursus de formation, c’est également lui permettre de maitriser les compétences indispensables dans la voie choisie. Et pour cela il doit être évaluer, aider et accompagner.

C’est cette exigence qui doit présider à la réforme du baccalauréat et donc à la reconstruction d’un lycée davantage modulaire, permettant d’engranger des acquis, de choisir une orientation en toute connaissance de cause, d’enrichir son parcours en le personnalisant.

C’est cette même exigence qui doit conduire à proposer des remises à niveaux ou des modules d’accompagnement sur des bases identiques quel que soit l’établissement (ce ne peut être variable d’une université, d’un IUT, d’une classe de STS à l’autre).

Enfin, une telle exigence impose un nouvel investissement pédagogique. On peut citer aujourd’hui des enseignants qui, de leur propre initiative, ont établi un lien entre lycée et enseignement supérieur. Des professeurs de lycée qui favorisent la transition du passage dans le supérieur à leurs élèves. Des enseignants-chercheurs qui s’investissent dans l’accueil et l’accompagnement des nouveaux étudiants.

Pour autant cela ne peut reposer que sur la bonne volonté de quelques-uns, fussent-ils déjà nombreux. Là encore, la réussite ne peut être une question de chance. L’égalité des droits impose que les mêmes possibilités soient disponibles partout et pour tous.

Et c’est bien là l’enjeu de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur. Au-delà des bonnes intentions, il dépend essentiellement des volontés et des moyens qui seront investis pour sa mise en œuvre.

Construire ce parcours qui va du bac-3 au bac +3 et au-delà, est une véritable mutation de notre modèle éducatif. Il doit être un chantier ambitieux et efficace, opérationnel et mobilisateur, impliquant tous les acteurs et modifiant les pratiques en profondeur.

Alors seulement, il sera une chance. Celle pour la nation d’avoir une jeunesse ayant réussi à atteindre un haut niveau d’éducation et de formation.

 

Denis Adam, le 1er novembre 2017
 

 




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