Accueil > SOCIÉTÉ > Non à l’extrême droite ! > Moins BPLFN, moins BPMLP

Moins BPLFN, moins BPMLP

Article publié le mercredi 12 novembre 2014
  • Version imprimable

Nouveau sigle ou nouvel acronyme dans le paysage médiatique, le BPLFN -ou son équivalent le BPMLP- est plutôt un triste indice de mesure qui analyse les événements politiques et sociétaux du quotidien à l’aune de ce qui est « Bon pour le front national » ou « Bon pour Marine Le Pen ».

Et le constat est alarmant.

Pas une semaine sans qu’une nouvelle péripétie – parfois de nature très diverse- ne vienne faire progresser l’indicateur.

Prenons ces derniers jours.

Petits règlements de compte entre amis, vraisemblablement, à la CGT et voici épinglé le coût exorbitant des travaux réalisés dans l’appartement de fonction  du secrétaire général de la centrale syndicale. De fait, il ne pourrait s’agir que d’une situation mineure, davantage liée à un manque de rigueur de gestion qu’à de la malversation (tel semble être le cas au vu des informations actuellement diffusées). Mais comment sera-t-il retenu dans l’opinion publique ? Comme un diffus renforcement du « tous pourris »  -qui associe dans un même désamour grandissant- l’ensemble des institutions de la démocratie représentative au premier rang desquels se trouvent les partis politiques et les syndicats.

Cela profite uniquement à ceux qui se présentent (certes de manière fausse et abusive) comme les antisystèmes et donc c’est BPLFN, BPMLP, bon pour le parti d’extrême droite et sa présidente.

Mensonges autour d’un déjeuner –dont personne ne saura réellement en fin de compte ce qui s’y est réellement dit- et voici un ex-secrétaire d’Etat de droite, devenu secrétaire général de l’Elysée sous un Président de gauche enlisé dans la boue des querelles internes qui agitent l’UMP depuis des mois. Epiphénomène dans une guerre des chefs ? L’opinion retiendra les affaires qui n’en finissent pas, les vérités cachées, la collusion –et donc la confusion- entre droite et gauche. De là, il n’y a qu’un pas pour condamner en bloc (et dans un raccourci de sigle amalgamant) les dérives de l’UMPS, de pointer la priorité des deux partis de gouvernement à se préoccuper davantage de leurs fonctionnements internes qu’à trouver des solutions aux difficultés des Français…

Une telle conclusion –quel qu’en soit le degré de caricature- sert les intérêts de ceux qui se veulent représenter (sans le moindre programme politique cohérent) la seule alternative possible. C’est donc BPLFN, BPMLP, bon pour l’extrême droite et sa candidate.

Raccourcis, caricatures et exagérations gratuites autour du livre –oh combien critiquable– d’Éric Zemmour, le suicide français et voici le « point Godwin » - consistant, à court d’arguments, à traiter son contradicteur de fasciste ou de nazi- atteint. Le polémiste peut ainsi en faire des tonnes sur la manière dont il est ostracisé. Se présentant en victime de l’intolérance de l’« intelligentsia » bien-pensante, il peut développer à loisir son approche passéiste et nostalgique d’une société qui n’existe pas –et n’a d’ailleurs jamais réellement existé de la manière dont il la mythifie et pour laquelle d’ailleurs, il ne voit aucun avenir. L’absence de réels débats sur le fond, le simplisme substitué à la nécessité d’élaborer une analyse de la complexité, la surmédiatisation des petites phrases et des clichés contribuent à faire croire à la « victimisation » de ceux qui oseraient poser les bonnes questions et leur apporter de vraies réponses.

De tels raccourcis apportent de l’eau au moulin de ceux qui ne cessent de s’ériger en rempart contre la décadence française et donc cela est BPLFN, BPMLP, bon pour le populisme et le nationalisme du parti frontiste et de son égérie.

Pour autant, dans cette même période, l’actualité n’a-t-elle pas été quelque peu agitée par des conflits entre élus locaux, des accusations de non remboursement d’argent prêté pour la campagne municipale ou de tension à propos du nom et de l’héritage du parti : et tout cela au FN, le faisant ainsi ressembler étrangement aux partis qu’il critique vivement et desquels il dit se démarquer.

De manière plus importante, ne faudrait-il pas analyser en profondeur ce que signifie la critique acerbe de Madame Le Pen face à la présence de ministres français lors de l’inauguration de l’usine Renault en Algérie. Ne s’agit-il pas là de conduire une politique de coopération qui permet le développement des pays du Maghreb et évite donc ainsi l’émigration économique contrainte ? Le FN concevrait-il uniquement le protectionnisme à sens unique ? S’imagine-t-il encore –comme au « bon temps des colonies »- faire construire  à Boulogne-Billancourt ou à Montbéliard des sous-gammes de véhicules destinés aux pays « développés » ? Aurait-il préféré l’installation d’une usine Ford ou Toyota ?

L’absence de toute vision dynamique, l’enfermement dans une vision erronée d’une société irréelle, le recours à des simplifications pour le moins contradictoires, à des solutions qui n’en sont pas, à des propositions fausses voire dangereuses, voilà ce que les débatteurs doivent mettre en évidence, voici ce que les politiques doivent montrer. Là devraient se forger l’information et la construction de l’opinion et cela serait moins BPLFN, moins BPMLP, moins bon pour la propagande du Front national et l’image de sa patronne.




Suivez-nous








 
| Suivre la vie du site RSS 2.0 | Haut de page | SPIP | ScolaSPIP